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Soudan. Les pays à revenu élevé doivent mettre à profit la conférence de Berlin pour sauver des vies, alors que le conflit entre dans sa troisième année

Les donateurs internationaux participant à la conférence sur l’aide destinée au Soudan doivent augmenter les financements et faire pression sur les parties belligérantes pour qu’elles garantissent un accès humanitaire sans entraves, afin que la population civile puisse bénéficier de services de santé vitaux dans le pays, notamment les victimes de violences sexuelles, a déclaré Amnesty International le 10 avril, à la veille de la Conférence ministérielle internationale sur le Soudan qui se tiendra à Berlin le 15 avril 2026.

Tandis que l’aide humanitaire diminue au Soudan, les besoins ne font que croître. Derrière ces chiffres se cachent des vies, des personnes bien réelles qui ont perdu leur foyer, leurs proches et leurs moyens de subsistance, et luttent pour survivre face à la guerre, mais aussi aux maladies et à la famine qu’elle engendre

Tigere Chagutah, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International

Trois années de conflit entre les Forces d’appui rapide (FAR) et les Forces armées soudanaises (FAS), ainsi que leurs alliés respectifs, ont engendré une crise humanitaire et sanitaire au Soudan, si bien que plus de 33 millions de personnes ont besoin d’aide. Or, les coupes budgétaires dans les aides internationales menacent les initiatives de lutte contre toute une série de graves risques sanitaires, notamment la malnutrition, le choléra, les traumatismes et les blessures.

« Tandis que l’aide humanitaire diminue au Soudan, les besoins ne font que croître. Derrière ces chiffres se cachent des vies, des personnes bien réelles qui ont perdu leur foyer, leurs proches et leurs moyens de subsistance, et luttent pour survivre face à la guerre, mais aussi aux maladies et à la famine qu’elle engendre, a déclaré Tigere Chagutah, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International.

« La réunion de Berlin ne doit pas se résumer à un énième forum de discussion. Les donateurs internationaux doivent saisir cette occasion et s’engager à financer davantage les organisations non gouvernementales (ONG) qui œuvrent en première ligne au Soudan. Ils doivent prendre conscience des terribles souffrances endurées par la population civile et agir de manière décisive en vue d’y remédier.

« En plus de ces financements terriblement urgents, la communauté internationale doit redoubler d’efforts diplomatiques afin de protéger les civil·e·s, notamment les travailleurs·euses humanitaires, le personnel de santé et les secouristes locaux, et d’amener les responsables des violations commises à travers le Soudan à rendre des comptes devant les tribunaux. »

Les conséquences désastreuses d’un financement précaire

Fin 2025, Amnesty International a dialogué avec sept ONG qui fournissent directement des services – allant de la livraison de carburant aux hôpitaux à la prise en charge des enfants victimes de viols au Soudan – ou surveillent les violations des droits humains. Elle s’est également entretenue avec de nombreux habitants ayant fui le pays.

Toutes les ONG ont indiqué que le manque de financement avait nui à leurs activités, les contraignant à fermer leurs portes ou réduire leurs effectifs. Certaines manquaient de médicaments de base, tels que les antalgiques et  antibiotiques. Selon une ONG internationale, l’approvisionnement restreint en antibiotiques l’a amenée à prendre des décisions difficiles quant aux personnes prioritaires pour les soins.

La réunion de Berlin ne doit pas se résumer à un énième forum de discussion. Les donateurs internationaux doivent saisir cette occasion et s’engager à financer davantage les organisations non gouvernementales (ONG) qui œuvrent en première ligne au Soudan. Ils doivent prendre conscience des terribles souffrances endurées par la population civile et agir de manière décisive en vue d’y remédier

Tigere Chagutah

Une ONG internationale a déclaré qu’elle avait besoin d’urgence d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, une pâte nutritionnelle conçue pour soigner les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, car elle est en mesure de répondre à seulement 50 % des besoins. Selon Care International, jusqu’à 80 % des cantines communautaires ont fermé en raison de la réduction des aides, aggravant encore la crise de malnutrition.

Les femmes et les enfants sont touchés de manière disproportionnée

Les services de santé destinés aux victimes des violences sexuelles généralisées commises par toutes les parties au conflit sont fortement limités du fait des coupes budgétaires dans l’aide humanitaire.

D’après une défenseure des droits des femmes et militante, les associations de terrain recevaient déjà très peu de fonds indispensables à leur survie : « Et puis, après les coupes budgétaires et les revirements des donateurs, elles ne reçoivent plus rien. Ce qui contribue au fait que des centaines de femmes et de petites filles sont totalement abandonnées. »

Elle a qualifié de « chaos » l’accès aux soins de santé en matière de sexualité et de procréation, ajoutant que, pour les victimes de violences sexuelles souffrant d’une fistule traumatique, la situation se situe « au-delà de la douleur ».

L’escalade du conflit au Soudan a poussé plus de 4,5 millions de personnes à fuir vers les pays voisins. En février, les Nations unies ont lancé un appel afin de récolter 1,6 milliard de dollars américains pour venir en aide aux réfugié·e·s dans toute la région.

Et puis, après les coupes budgétaires et les revirements des donateurs, elles ne reçoivent plus rien. Ce qui contribue au fait que des centaines de femmes et de petites filles sont totalement abandonnées

Une militante

Parmi eux, les enfants et les adultes en situation de handicap comptent parmi les plus vulnérables. De nombreuses personnes vivant dans des camps de réfugiés au Tchad ont fait part de leurs difficultés pour avoir accès à l’éducation et aux soins de santé, et obtenir des fauteuils roulants et autres appareils dont elles ont besoin pour se déplacer.

Yagoub*, 17 ans, se déplace désormais à l’aide d’une béquille et souffre d’une mobilité réduite après avoir été blessé par balle à la jambe par les Forces d’appui rapide (FAR) dans son village, au Darfour septentrional. Il a confié qu’il n’avait pas les moyens de payer l’opération nécessaire pour retirer les éclats d’obus toujours logés dans son corps : « [Le personnel médical] m’a orienté vers un hôpital spécialisé… pour passer une radiographie et une échographie… J’ai besoin de beaucoup d’argent… D’après ma dernière consultation, l’opération coûte environ 5 millions de livres soudanaises (1 250 euros). »

Yagoub a expliqué qu’il ne peut pas aller à l’école car il faut marcher entre 10 et 20 minutes pour s’y rendre et qu’il n’a personne pour l’aider à y aller.

Makawi*, un adolescent de 15 ans qui semble souffrir de paralysie cérébrale, a fui le Darfour septentrional, sur le dos de sa grand-mère. Sans fauteuil roulant, il ne peut pas se déplacer dans le camp de réfugiés, au Tchad, où il vit désormais. Il n’y a ni toilettes ni douches à proximité de la tente qu’il partage avec sa grand-mère : « Si j’ai besoin d’aller [aux toilettes] la nuit, c’est quasiment impossible. »

Makawi rêve d’aller à l’école, mais s’y rendre est à la fois difficile et trop coûteux.

Les engagements politiques doivent se traduire par une augmentation de l’aide

Pour les ONG travaillant au Soudan, mener des actions sanitaires en situation de conflit peut s’avérer complexe et onéreux. Les financements intermittents des donateurs rendent la tâche particulièrement difficile. En outre, il leur faut planifier les programmes plusieurs mois à l’avance, car les systèmes bancaires se sont effondrés et les moyens de transport et la sécurité sont très incertains.

Le tableau qui se dessine est celui d’une situation de pénurie et de violations généralisées des droits à la santé et à la vie. Comme l’a expliqué un responsable d’une ONG internationale : « Vous verrez que les organisations sont toujours présentes sur le terrain. Mais si vous me demandez :  » Êtes-vous en mesure d’obtenir suffisamment de fournitures pour soutenir ces structures ?  » Je vous répondrai non.  » Êtes-vous en mesure d’obtenir suffisamment d’aliments nutritifs pour ces centres de soins ?  » Ma réponse est non.  » Êtes-vous en mesure d’obtenir assez de vaccins pour ces établissements ?  » Ma réponse est non… Nous ne savons pas ce qui va se passer demain. »

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, le financement états-unien du plan de réponse aux besoins humanitaires au Soudan a diminué de moitié entre 2024 et 2025 ; de plus, en 2025, l’ensemble des donateurs en finançait moins de 40 %.

À la suite d’un rapport de la commission indépendante d’évaluation de l’impact de l’aide (ICAI) concernant le financement de l’aide britannique au Soudan, le ministère britannique des Affaires étrangères a récemment pris la décision bienvenue d’accorder la priorité au Soudan et de mettre l’accent sur les femmes et les filles ; toutefois, des questions subsistent quant à la manière dont ces engagements seront mis en œuvre alors que les effectifs et les programmes de développement du Royaume-Uni connaissent des coupes drastiques.

« Il est essentiel que les droits humains de millions de civils, notamment les droits à l’alimentation, à la santé, au logement, à l’éducation et à l’eau, soient respectés malgré le conflit qui s’intensifie. Afin de garantir la réalisation de ces droits, les donateurs doivent d‘urgence sécuriser une aide internationale suffisante pour répondre aux besoins immédiats essentiels, tout en prenant des mesures à plus long terme, telles que l’allègement de la dette, y compris son annulation, pour que le Soudan puisse augmenter ses dépenses en biens et services publics vitaux », a déclaré Tigere Chagutah.

Depuis des décennies, les États à revenu élevé se sont engagés au plus haut niveau politique à allouer au moins 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide internationale et, en vertu du droit international et des normes relatives aux droits humains, de nombreux États ont également des obligations extraterritoriales s’agissant de garantir les droits humains. Ces engagements doivent se traduire par une augmentation de l’aide humanitaire accordée aux ONG soudanaises pour qu’elles puissent faire face aux urgences sanitaires.

Le Soudan, à l’instar d’autres pays fortement dépendants de l’aide internationale et en proie à des conflits prolongés, a besoin que la communauté internationale agisse.

Les prénoms ont été modifiés afin de protéger l’identité des personnes interrogées.

Pour en savoir plus : https://www.amnesty.eu/news/


Source:

www.amnesty.org

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