« Il est temps de privilégier la diplomatie plutôt que l’escalade », a déclaré mardi António Guterres, alors que la guerre au Moyen-Orient continue d’alimenter les tensions et de mettre à rude épreuve les règles internationales.
Le chef de l’ONU a averti que le droit international est aujourd’hui ouvertement mis à mal, dénonçant des règles « ignorées » et des civils exposés à « des souffrances intolérables ».
« La justice est censée être aveugle. Mais aujourd’hui, trop nombreux sont ceux qui choisissent de fermer les yeux sur la justice elle-même », a-t-il ajouté lors d’un point de presse aux abords du Conseil de sécurité à New York.
Selon lui, « le respect du droit international est piétiné » à travers le monde, « de façon particulièrement flagrante au Moyen-Orient ». Il a également évoqué des obligations humanitaires « bafouées », ainsi que des protections accordées aux Nations Unies « violées ».
« L’absence de droit mène à la destruction »
« Cette attaque généralisée contre le droit international a des conséquences », a averti le chef de l’ONU.
« L’absence de droit engendre le chaos. L’absence de droit alimente les souffrances. L’absence de droit mène à la destruction. »
Dans ce contexte, il a insisté : « Ce n’est pas le moment de se détourner du droit international. C’est le moment de le réaffirmer. »
Nokukhanya Jele, de l’Afrique du Sud, s’adresse à la CIJ, à La Haye, dans le cadre des audiences sur les obligations humanitaires d’Israël envers les Palestiniens.
La CIJ, pilier de l’ordre juridique international
António Guterres a annoncé qu’il se rendrait à La Haye pour marquer le 80e anniversaire de la Cour internationale de Justice.
« La CIJ est l’organe judiciaire principal des Nations Unies et un pilier de l’ordre juridique international », a-t-il rappelé.
Au-delà de la commémoration, le Secrétaire général a voulu envoyer un message sans équivoque : « le droit international s’applique à tous les États, sans exception, et que le respect de ses règles n’est pas facultatif ».
Dans un monde marqué par « une fragmentation accrue » et « une rivalité de puissance plus aiguë », il a ajouté que « le droit international est indispensable ».
Moyen-Orient : illustration d’un droit international fragilisé
Le chef de l’ONU a estimé que cette érosion du droit international se manifeste avec une acuité particulière dans la région.
« Il n’existe pas de solution militaire à cette crise », a-t-il déclaré, appelant à la reprise de « négociations sérieuses » et à la préservation du cessez-le-feu, qui doit être maintenu et « étendu si nécessaire ».
Des négociations sérieuses doivent reprendre. Le cessez-le-feu doit être maintenu – et prolongé si nécessaire.
Il a également rappelé que les « droits et libertés de navigation internationaux », notamment dans le détroit d’Ormuz, doivent être respectés par toutes les parties, plaidant pour « la diplomatie plutôt que l’escalade ».
Interrogé sur les discussions entre les États-Unis et l’Iran, il a jugé « essentiel que ces négociations se poursuivent », tout en avertissant qu’il serait « irréaliste » d’en attendre une solution rapide à un problème « aussi complexe » et « de longue date ».
Selon lui, il est toutefois « hautement probable que ces discussions reprennent ».
Il a en outre précisé que le Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) avait alloué 12 millions de dollars afin de fournir une assistance humanitaire « effective » aux populations en Iran en « besoin urgent ».
Liban : sortir d’une dynamique de déstabilisation
Évoquant les pourparlers entre le Liban et Israël à Washington, António Guterres a tempéré les attentes.
« Personne ne s’attend à ce que ces discussions […] résolvent tous les problèmes », a-t-il souligné, estimant toutefois qu’« il serait très important qu’elles créent les conditions d’un changement dans la manière dont les acteurs ont développé leurs activités ».
Le chef de l’ONU a pointé la dynamique profondément déstabilisante entre Israël et le Hezbollah, qui pèse sur le Liban.
« Jusqu’à présent, la vérité est que le Hezbollah et Israël ont toujours aidé chacun l’autre à déstabiliser le gouvernement du Liban », a-t-il affirmé.
Il a détaillé ce cycle d’escalade, expliquant que chaque action de l’un sert de justification à l’autre, alimentant ainsi une spirale de violence.
Face à cette situation, il a plaidé pour un changement d’approche. « Il est temps qu’Israël et le Liban travaillent ensemble », a-t-il déclaré, afin que le Liban ne soit plus « victime […] de cette conjugaison négative des actions du Hezbollah et d’Israël ».
M. Guterres a conclu en lançant un appel clair : « Il est temps de renouveler l’engagement en faveur du droit international. »
Source:
news.un.org




