Le président américain a violemment attaqué le pape Léon XIV avant de publier une image générée par une intelligence artificielle où son apparence rappelle celle du Christ. Deux séquences qui suscitent de vives critiques, y compris dans le camp conservateur.
Publié le 15/04/2026 17:47
Mis à jour le 15/04/2026 17:48
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Rare sont les chefs d’Etat à s’en prendre frontalement au pape, ou à se mettre en scène sous les traits de Jésus-Christ. En quelques heures, Donald Trump a franchi ce qui est vu comme une ligne rouge par une partie des Américains. Le président a vertement critiqué le souverain pontife, dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 avril, dans une publication sur son réseau Truth Social. Depuis plusieurs mois, le pape Léon XIV multiplie les appels à la paix et défend le droit international, des positions en décalage avec la ligne du locataire de la Maison Blanche. Jusqu’ici, Washington répondait avec retenue. Cette fois, la critique est devenue personnelle.
Dans un long message, il qualifie le pape américain d’homme « faible » et « nul en politique étrangère », en réponse à ses prises de position contre la guerre, notamment en Iran. La réaction de Léon XIV ne s’est pas fait attendre. Dans un avion en direction de l’Algérie, lundi, il s’est adressé directement à Donald Trump : « Je n’ai pas peur de l’administration Trump ni de répandre le message de l’Evangile. Je ne suis pas un politicien, je ne vais pas débattre avec lui. Mais ce message de paix, je le dis à tous les dirigeants », a tranché le pape. Le président américain persiste et signe : « Il a tort ». Une escalade verbale rare entre un président et le chef de l’Eglise catholique.
La controverse a pris une autre dimension à cause d’une image publiée par Donald Trump peu après sa diatribe contre le pape, toujours sur son réseau Truth Social. Générée par intelligence artificielle et reprenant des codes de la peinture religieuse, elle représente le président américain vêtu d’une robe blanche et rouge, la main posée sur le front d’un homme alité qu’il semble guérir. En arrière-plan, un drapeau américain flotte dans l’air, baigné dans une lumière céleste. L’image circule rapidement sur les réseaux sociaux et suscite de vives réactions : difficile de ne pas y voir Donald Trump représenté en Jésus. Face aux contestations, le président finit par la supprimer, sans présenter d’excuses : « C’est censé être moi en tant que médecin, soignant les gens. Et je soigne les gens. Je les soigne beaucoup », a-t-il assuré.
Mais il est trop tard. Le sénateur démocrate Mark Kelly, catholique, dénonce sur X des propos « abjects » sur le pape, et accuse le président de s’en prendre à une institution dans laquelle « des millions d’Américains trouvent foi et réconfort ». Fait plus rare, des républicains expriment eux aussi leur malaise face à des attaques et une image jugées irrespectueuses. « C’est plus qu’un blasphème. C’est un esprit antéchrist », s’est indignée sur X l’ex-élue trumpiste Marjorie Taylor Greene, en rupture avec le président américain. « On ne se moque pas de Dieu », s’est indignée l’ancienne nageuse Riley Gaines, devenue une voix écoutée parmi les chrétiens conservateurs américains.
Le vice-président américain J.D. Vance, converti au catholicisme et connu pour ses réserves au sujet de l’offensive en Iran, a essayé d’apaiser la polémique lundi soir sur la chaîne Fox News. « Je pense que le président publiait une plaisanterie. Et, bien entendu, il l’a retirée car il a compris que beaucoup de gens ne saisissaient pas son humour », a-t-il d’abord expliqué. Avant de reprendre une partie des critiques envers Léon XIV : « Il est salutaire que le pape défende les causes qui lui tiennent à cœur. Cela dit, il nous arrivera d’avoir des désaccords sur des questions de politique publique. (…) Dans certains cas, il vaudrait mieux que le Vatican s’en tienne aux questions morales. (…) En fin de compte, c’est Donald Trump qui définit la politique d’immigration des Etats-Unis. »
Dans la hiérarchie catholique, le ton est tout aussi ferme. Des responsables religieux rappellent que le souverain pontife n’est « pas un acteur politique » mais une autorité spirituelle. Même la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, une alliée du président américain, a estimé que les critiques de ce dernier étaient « inacceptables », affirmant qu’il était « juste et normal » que le pape « invoque la paix » et « condamne toute forme de guerre ».
Les tensions avec le Vatican ne sont pas nouvelles, et les papes ont déjà été en désaccord avec les Etats-Unis par le passé. Jean-Paul II s’était, par exemple, fermement opposé à l’invasion de l’Irak en 2003. Quelques semaines avant sa mort en avril 2025, le pape François avait condamné les expulsions massives de migrants voulues par Donald Trump, qualifiées de « crise majeure ». Mais jamais l’affrontement n’avait atteint un tel niveau.
Au-delà de la polémique, l’épisode pose une question politique. Les catholiques représentent un électorat important aux Etats-Unis, régulièrement courtisé par les présidents. En 2024, lors de l’élection présidentielle, une majorité d’entre eux avait soutenu Donald Trump. En s’attaquant au pape, il prend le risque de détériorer ce lien, déjà fragilisé par des désaccords sur les questions internationales et migratoires.
Source:
www.franceinfo.fr




