Les députés MoDem ont annoncé mardi 14 avril qu’ils ne voteraient pas la proposition de loi Yadan sur l’antisémitisme, examinée à partir de jeudi dans l’Hémicycle, une position qui rend son adoption plus incertaine.
« Aujourd’hui, on a un clivage dans notre pays à propos de ce texte qui, à notre avis, dessert la cause qu’il compte défendre. C’est pourquoi, malgré notre fort engagement à lutter contre l’antisémitisme (…) nous ne voterons pas ce texte », a déclaré en conférence de presse la porte-parole du groupe Les Démocrates, Perrine Goulet. « Nous choisirons entre abstention et [vote] contre, en fonction des débats et des amendements qui pourraient être votés », a précisé la députée.
Le groupe centriste comptant 37 députés, soutien du gouvernement, a demandé la semaine dernière le retrait du calendrier parlementaire de ce texte, fragilisé par une mobilisation citoyenne. Mme Goulet a jugé que la période n’était pas propice pour avoir des « débats sereins » sur un sujet « important pour nos concitoyens, notamment de confession juive ». Une pétition en ligne appelant les députés à voter contre avoisinait mardi les 700 000 signataires.
Les députés du groupe LIOT, autre formation centriste de l’Assemblée, ont également exprimé leur « inquiétude » en conférence de presse. « Tout le monde chez nous, est d’accord pour saluer l’objectif initial de ce texte, mais la façon dont il a été écrit, amené, nous met très mal à l’aise », a déclaré leur président, Christophe Naegelen, appelant également au retrait du texte.
Mobilisation étudiante
Quelques centaines d’étudiants se sont mobilisés à Sciences Po Paris, la Sorbonne et CentraleSupélec pour réclamer notamment « le retrait de la proposition de loi Yadan et la fin de la répression du mouvement étudiant pro-Palestine », a constaté une journaliste de l’Agence France-Presse (AFP).
« Nous occupons actuellement et simultanément les campus de Sciences Po, de la Sorbonne et de CentraleSupélec pour revendiquer la rupture des partenariats de nos institutions avec les universités et entreprises complices du génocide à Gaza et de la colonisation en Palestine, le retrait de la proposition de loi Yadan et la fin de la répression du mouvement étudiant pro-Palestine », ont annoncé dans un communiqué de presse des collectifs étudiants.
« Nous ne céderons jamais face aux intimidations de groupes militants radicaux qui souhaitent s’approprier une institution dont l’objet est la formation, la recherche et – par définition – le respect d’autrui », a réagi Sciences Po Paris, dans une déclaration transmise à l’AFP. « Des actions seront rapidement prises pour rendre Sciences Po à sa vocation : l’étude et la recherche libres. » La communication de CentraleSupélec, sur le plateau de Saclay (Essonne), a affirmé qu’il n’y a eu aucun blocage et que les cours se déroulent normalement.
Atteinte à la liberté d’expression
La proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan (Renaissance), élue de la circonscription des Français de l’étranger incluant Israël, prévoit de renforcer la répression des infractions de provocation et d’apologie du terrorisme, interdisant par exemple de les présenter comme un acte de résistance. Ce texte est dénoncé par ses détracteurs comme attentatoire à la liberté d’expression.
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La ministre déléguée chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a confirmé mardi, lors d’un échange avec la presse, la « détermination » du gouvernement à faire adopter ce texte. Elle a dénoncé des « attaques massives » contre le texte, parlant d’une « campagne de désinformation », et rappelant qu’il a été largement modifié en commission des lois, pour prendre en compte les recommandations du Conseil d’Etat.
La ministre a appelé à ce que « chacun soit extrêmement vigilant » à la tenue des débats, pour « qu’ils soient les plus sereins possible », soulignant qu’ils seraient regardés avec attention « par les Français juifs ». L’examen doit se tenir jeudi et vendredi, avec un vote solennel prévu le 5 mai. Mais des sources parlementaires s’interrogent sur la possibilité d’aller au terme de l’examen cette semaine, en raison d’une obstruction redoutée, mais également d’un agenda parlementaire extrêmement chargé.
Source:
www.lemonde.fr




