L’Afrique fait face à un déficit de financement de plus de 400 milliards de dollars par an. Pourtant, le continent dispose de près de 4 000 milliards de dollars d’épargne. Alors, pourquoi cet argent ne circule-t-il pas suffisamment ? À l’initiative de la Banque africaine de développement (BAD), des banquiers, des assureurs et des investisseurs se sont retrouvés début avril à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, pour repenser en profondeur la manière de financer le développement du continent.
Routes, énergie, PME… En Afrique, les besoins de financement sont immenses. Mais faute de mécanismes adaptés, des milliards de dollars restent encore sous-utilisés. À l’ouverture des discussions, le président de la BAD, le Mauritanien Sidi Ould Tah, a dressé un constat sans détour : l’architecture financière actuelle du continent est, selon lui, « inadéquate et inadaptée ». Il estime que le problème ne réside pas dans la rareté des ressources, mais bien dans leur mobilisation.
Une analyse partagée par le PDG de l’agence de notation Bloomfield. Pour Stanislas Zézé, un changement de paradigme s’impose : « Au niveau de développement où nous sommes, nous avons les ressources qu’il faut pour justement financer nos infrastructures, financer notre développement. Mais comme nous ne sommes pas bien organisés, nous avons l’impression de ne pas avoir l’argent. Le marché des capitaux est fragmenté. Les monnaies ne sont pas convertibles entre elles. Naturellement, ça crée des blocages. Donc aujourd’hui, il s’agit de lever tous ces verrous. »
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Des verrous qui freinent la circulation des capitaux à l’échelle du continent. Autre enjeu : la confiance. Les investisseurs institutionnels, comme les assurances ou les fonds de pension, qui disposent d’une épargne importante, restent prudents. Ils demandent davantage de garanties avant d’investir. Pourtant, ces mécanismes restent encore très insuffisants, comme l’explique Ngueto Tiraina Yambaye, président du Fonds africain de garantie et de coopération économique : « Tous les fonds de garantie africains ne couvrent que 10% du besoin de garantie en Afrique. Et sans garanties, les banques ne peuvent pas financer par exemple les entrepreneurs ruraux. Donc commençons par l’économie réelle, et l’Afrique se portera mieux. Donc notre rôle, c’est d’accompagner les banques, parce que nous sommes une certification de confiance. »
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Lever les verrous financiers
À l’issue de la rencontre, les participants ont adopté un « Consensus d’Abidjan ». Un texte en onze points pour poser les bases d’une nouvelle architecture financière africaine. Le but : « Réorganiser la manière dont le capital et le risque sont mobilisés, structurés et déployés. »
Mais concrètement, qu’est-ce qui change ? Selon le professeur Carlos Lopes, économiste bissau-guinéen, il faut « utiliser l’ensemble des institutions financières africaines comme un écosystème. Elles vont travailler ensemble avec le principe de la subsidiarité, ça veut dire qu’on essaie de multiplier les dollars et les engagements à partir de la difficulté qu’on avait d’isolement. »
Une logique de coopération renforcée, dans laquelle la Banque africaine de développement joue un rôle de catalyseur du système financier du continent. À la clé, une plus grande autonomie financière pour l’Afrique, assure l’ex-premier ministre béninois, l’économiste Lionnel Zinsou : « Une fois de plus, l’Afrique va être victime de l’inflation et des hausses de taux d’intérêt, alors qu’elle a besoin de taux d’intérêt bas parce qu’elle a des besoins d’investissement très importants. Donc, plus on sera endogène, plus on travaillera avec nos propres ressources, moins on sera dépendants des chocs de l’extérieur. »
Reste un défi : le manque de projets réellement viables. Pour y répondre, les acteurs misent sur une meilleure préparation des projets et des outils communs pour connecter investisseurs et opportunités.
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Source:
www.rfi.fr





