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"Je suis le premier désolé que Claude Guéant ne soit pas là" : à son procès en appel, Nicolas Sarkozy sommé de s'expliquer après avoir lâché son ex-collaborateur

Mardi, devant la cour d’appel de Paris, l’ancien président de la République s’est retrouvé sous le feu des questions de l’avocat de son ancien directeur de cabinet, absent à ce deuxième procès pour raisons de santé.

C’est un document de trois pages, décliné en neuf points. Lâché par Nicolas Sarkozy lors de son interrogatoire au procès en appel des soupçons de financement libyen de sa campagne électorale de 2007, Claude Guéant a répondu à l’ancien président de la République à travers une attestation. Dans ce document, versé aux débats mardi 14 avril, l’ex-bras droit de Nicolas Sarkozy, lui aussi rejugé après sa condamnation en première instance, donne sa version des faits.

Absent à l’audience pour raisons de santé, il conteste certaines allégations formulées par l’ancien chef d’Etat devant la cour d’appel de Paris. « Je tiens à affirmer que je n’ai jamais de ma vie reçu ni sollicité d’argent de quiconque », écrit ainsi Claude Guéant dans cette attestation, que franceinfo a pu consulter.

L’ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, devenu ministre par la suite, fait référence aux questions posées le 8 avril par le président de la cour. Olivier Géron avait sous-entendu que Claude Guéant, également accusé d’enrichissement personnel dans un autre volet de l’affaire, avait pu profiter de la situation. « Est-ce que vous pensez qu’à ce moment-là, vos intérêts et les intérêts de vos collaborateurs étaient toujours identiques ? », avait demandé le magistrat à Nicolas Sarkozy. « J’en avais la certitude. Depuis que je me plonge dans le dossier, je l’ai moins », avait lâché l’ancien chef d’Etat.

« Tout au long de ma collaboration avec Nicolas Sarkozy, je n’ai jamais été guidé par un intérêt personnel. Je mets quiconque au défi de mettre en doute ma totale loyauté et mon engagement sans faille. Je n’ai jamais fait que servir de mon mieux le ministre puis le président, suivre ses instructions », écrit Claude Guéant.

Le président de la cour reviendra sur cette attestation le 29 avril, au moment d’aborder les personnalités des prévenus. Mais Philippe Bouchez El Ghozi, l’avocat de Claude Guéant, n’a pas attendu cette date pour relayer le contenu de ce document. Car mardi matin, c’était à son tour de poser des questions à Nicolas Sarkozy. « J’aurais bien préféré que monsieur Guéant soit là, je ne peux pas m’expliquer pour tout le monde, entre ceux qui sont morts assassinés, ceux qui ne sont pas là, ceux qui sont malades… », souffle Nicolas Sarkozy, qui se justifie comme il peut.

Philippe Bouchez El Ghozi entame son interrogatoire musclé. « Maître, je vous ai demandé tous les jours des nouvelles de la santé de monsieur Guéant. (…) S’il est capable de parler devant la cour, qu’il réponde. Sinon, vous me posez une question, je réponds », met au point Nicolas Sarkozy. « J’ai été interrogé [le 8 avril] par le président de façon très précise. (…) Ce que j’ai répondu, ça ne visait pas le travail de Claude Guéant quand il était mon collaborateur », insiste-t-il. « Ce que j’ai dit, c’est ce que je pense, je suis le premier désolé que Claude Guéant ne soit pas là, s’il avait été là j’aurais dit la même chose », persiste et signe l’ancien chef d’Etat, en costume cravate à la barre.

L’avocat revient à la charge, en rappelant qu’au premier procès, Nicolas Sarkozy avait qualifié Claude Guéant d' »homme honnête ». « Quel est l’élément nouveau qui vous permet de changer ? » « Ce que je pense de monsieur Guéant, ce n’est même pas qu’il était honnête, c’est qu’il était rigide : c’est ça le Guéant que j’ai connu, rétorque Nicolas Sarkozy. Je crois même avoir employé le mot stupéfait quand j’ai appris certains éléments plus personnels du dossier, pas liés au financement de ma campagne. »

Dans l’attestation produite pour se défendre, Claude Guéant relate notamment un épisode qui date de juillet 2007, lors d’un dîner officiel à Tripoli (Libye) après la libération des infirmières bulgares. « Nicolas Sarkozy m’a fait appeler pour que [Mouammar] Kadhafi répète devant moi la préoccupation qu’il venait de lui exprimer concernant [Abdallah] Senoussi », affirme Claude Guéant, en référence à ce membre de la famille du dictateur libyen, condamné par contumace pour avoir organisé l’attentat du DC-10 en 1989, dans lequel sont morts 54 Français et dont les proches sont aujourd’hui parties civiles au procès.

« Comme il le faisait souvent, Nicolas Sarkozy conclut en me disant ‘Claude, voyez cela.' », complète celui qui était alors secrétaire général de l’Elysée. Ce point est crucial, car l' »association de malfaiteurs », pour laquelle Nicolas Sarkozy a été condamné en première instance, repose notamment sur la « contrepartie du suivi du dossier pénal » du terroriste libyen Abdallah Senoussi, qui voulait obtenir une amnistie.

« J’impose le démenti le plus formel, et je pense que Claude Guéant confond ce qui s’est passé en 2007 avec ce qui s’est passé en 2005, bondit Nicolas Sarkozy. Je suis heureux que Claude Guéant ait retrouvé la mémoire. Mais moi, je vous le dis : ça ne s’est pas passé comme ça. » L’ambiance se tend, l’avocat de Claude Guéant insiste : « Cela veut dire qu’il a la mémoire défaillante, qu’il ment ? » « Cela veut dire qu’on n’a pas les mêmes souvenirs. Moi, c’est mon souvenir et mon souvenir est formel », persiste l’ancien président de la République, qui se défend en disant qu’il aurait été inenvisageable de demander à son collaborateur de trouver un moyen d’intercéder en faveur d’Abdallah Senoussi, a fortiori « devant tout le monde » lors d’un « dîner formel ». « Impossible devant la délégation officielle et des dizaines de dizaines de journalistes ! »

Nicolas Sarkozy reste droit dans ses bottes : « Il n’y a eu aucun financement libyen dans ma campagne, je n’ai pris aucun engagement auprès [d’Abdallah] Senoussi, je le dis très calmement ». Que sa condamnation pour association de malfaiteurs soit fondée « là-dessus, c’est trop pour moi, il y a des limites », insiste-t-il. L’ancien président de la République assure qu’il ne faut voir ni « une décharge », ni « des éléments de langage », ni « une stratégie de défense » dans ses déclarations se distançant de son entourage de l’époque. « Ce que je dis, c’est ce que je pense », s’évertue-t-il à répéter.

« C’est pour noircir monsieur Guéant ? », reprend Philippe Bouchez El Ghozi. « Vous me posez la même question d’une façon différente, alors je vais répondre pour la dernière fois », gesticule Nicolas Sarkozy. Malgré une apparente maitrise, ses tics nerveux reprennent. « Monsieur Guéant a parfaitement le droit de se défendre, il faut respecter sa présomption d’innocence. Et [la mienne] aussi. » Pris en étau, l’ancien chef d’Etat martèle pourtant jusqu’au bout qu’il n’a pas lâché Claude Guéant : « J’ai fait part de mon étonnement envers son comportement, envers un homme en qui j’ai placé ma confiance. »


Source:

www.franceinfo.fr

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