Le nouveau livre d’Hélène Vecchiali est un essai remarquable qui pose les questions essentielles et sans détour : Pourquoi les femmes voudraient déconstruire les hommes ? Que signifie : Les hommes face à la déconstruction, Comment devenir un homme initié ? Comment se comporte un homme initié ? La fin du livre est belle par le message qu’elle délivre : initier les hommes au lieu de les affaiblir.
« La déconstruction des hommes » est devenu un rituel langagier, on dirait une formule, ou un slogan qu’on entend partout. Comme si le fait de « déconstruire » les hommes pouvait être la solution aux violences sexistes et sexuelles que les femmes subissent. Tout le mérite de l’auteur est de s’écarter de cet effet de mode pour traiter avec beaucoup de pédagogie l’émergence d’un masculinisme pacifié et humaniste, ou ce qui y ressemble, sans nier en contrepartie les luttes féministes nécessaires.
L’autrice interroge la pertinence de ce projet de déconstruction et dit qu’il n’est pas progrès mais recul. Pourquoi chercherait-on à effacer les hommes ? Où vont se nicher les malentendus ? Dans l’insatisfaction des rapports homme-femme ?
Hélène Vecchiali rappelle que ne peut se déconstruire que ce qui a déjà été construit, c’est-à-dire qui a produit de la virilité. Où est la mue, la transformation ? Certainement pas sur les réseaux sociaux où l’image de l’homme est perpétuellement moquée, abimée, fissurée. Dissoute, et finalement, totalement, déconstruite en dépit de sa volonté d’afficher une image toute puissante.
Avec talent, Hélène Vecchiali, comme dans ses précédents livres, analyse l’intériorité de chacun de nous et tente, sans caricatures et avec justesse, de redorer le blason des « fantômes » masculins mal aimés et mal connus. Psychanalyste de profession, elle n’a aucun mal à tracer une nouvelle voie invitant à la compréhension des êtres et à l’apaisement. Son écriture est fluide, et quasi romanesque.
Je conseille vivement la lecture de ce livre à celles (et ceux) qui accablent les hommes en ne cessant de produire des discours crispés, et de répandre des idées stéréotypées, loin des réalités de terrain. Hélène Vecchiali explore des thèses justes et optimistes pour l’avenir, rêvant à voix haute d’une égalité hommes-femmes devenue enfin possible.
Premier extrait :
« Que se passe-t-il lorsque les femmes envisagent de retirer aux hommes leur faux pouvoir érigé sur des peurs non assumées ? Ce projet de déconstruction vise, non pas à inverser le mécanisme de domination, il cherche à démonter ce qui la rend possible : l’intériorisation collective de normes masculines présentées comme naturelles, le contrôle des corps et des récits féminins, la perpétuation des rapports de pouvoir par la violence, le silence, la culpabilisation, etc… Ce qui est remis en cause, c’est ce mythe d’une supériorité innée masculine. En cherchant à s’attaquer aux fondements mêmes de cette contre-vérité, défendue avec d’autant plus de virulence qu’elle est artificielle, les femmes posent la question de la légitimité de ces positions supérieures.
Elles ne visent pas le trône, mais l’idée même de la légitimité du trône. Ce processus de déconstruction est perçu par les hommes comme une terrible menace, non parce qu’il agresse, mais parce qu’il révèle ! Il montre que le roi est nu et que colosse a des pieds d’argile. Les hommes sont somés de s’interroger sur leur complexe de supériorité et sur leurs rôles dominants, d’affronter leurs failles si longtemps dissimulées sous leur pouvoir. »
Second extrait :
« Un homme, ça s’empêche » est une phrase célèbre, régulièrement reprise pour exhorter les hommes à maîtriser leur capacité à détruire. Afin d’examiner lucidement ce renoncement à sa violence, il semble pertinent de replacer cette affirmation dans son contexte tragique. Dans Le premier Homme, Albert Camus relate un épisode de la guerre au Maroc, en 1905 ; Henri Cormery, le père de Jacques, héros du livre est soldat. Ce jour-là, il est chargé de relever une sentinelle au bas d’un défilé.
Personne ne répond à son appel. C’est au pied d’une haie de figuiers de Barbarie qu’il découvre son camarade, la tête renversée : il avait été égorgé et, dans sa bouche, se trouvait son sexe entier… Face à cette barbarie inouïe que Levesque, son compagnon de guerre, tentait de justifier, Cormery a hurlé : « Non, un homme, ça s’empêche. Voilà ce qu’est un homme, sinon… ». Contrôler ses pulsions, c’est sans doute le premier comportement qu’un homme accompli doit adopter. »
Source:
actualitte.com




