- Advertisement - spot_imgspot_img
AccueilLivres & LittératureAuteurs de BD : le cri d’alarme relancé après un rendez-vous manqué

Auteurs de BD : le cri d’alarme relancé après un rendez-vous manqué

Le ton monte à nouveau dans la bande dessinée. Dans un communiqué publié le 15 avril, l’interorganisation des auteurices de BD dénonce l’absence du Syndicat national de l’édition, du Centre national du livre et de représentants de l’État lors de la présentation, à l’Assemblée nationale, des résultats 2025 des États généraux de la bande dessinée.

Le texte signé notamment par les États généraux de la BD, la Ligue des auteurs professionnels, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, le STAA CNT-SO, le SNAP CGT, l’ABDIL et le SCAA emploie un vocabulaire rarement aussi frontal. Ce manquement constituerait un « signal politique » et une « faute », dans un moment où les auteurs attendent des réponses sur leurs revenus, leurs droits sociaux et leur place dans les manifestations financées sur fonds publics.

Le communiqué élargit aussitôt la critique. Il rappelle la présence des éditeurs indépendants du SEA lors de cette présentation, cite l’accueil réservé à Bruxelles aux résultats de l’enquête, et vise aussi le Festival du Livre de Paris, organisé par le SNE. 

Des chiffres qui étayent la colère

L’enquête 2025 donne en effet une assise statistique à cette protestation. Publiée en mars par les États généraux de la BD, elle repose sur 1 197 réponses exploitables, présentées comme un échantillon très représentatif. Le document met d’abord en évidence une profession plus féminisée qu’en 2015, avec 37 % d’autrices contre 27 % dix ans plus tôt, mais aussi plus âgée : les moins de 40 ans, qui représentaient 56 % de l’échantillon lors de la première enquête, n’en constituent plus que 42 %. L’étude évoque explicitement l’hypothèse d’un recul des vocations.

Le cœur du diagnostic porte cependant sur les revenus. Comme le souligne l’étude des États généraux de la BD, 55 % des auteurs se déclarant professionnels n’atteignent pas le SMIC et 37 % vivent sous le seuil de pauvreté.

Le revenu médian déclaré passe de 19.000 euros en 2022 à 20.168 euros en 2023, puis 20.000 euros en 2024, très en deçà du revenu médian des Français publié pour 2022 et 2023. Le rapport note aussi que les revenus tirés de la bande dessinée ne représentent, pour beaucoup, qu’environ la moitié des ressources totales, ce qui rend le cumul d’activités presque inévitable.

La fracture se creuse encore lorsqu’on observe le genre et l’âge. Les données des États généraux de la BD montrent qu’en 2023 les moins de 40 ans affichent une médiane de revenus à 14 619 euros, contre 24 058 euros pour les 40 ans et plus. Chez les moins de 40 ans, 55,7 % des femmes et 53,1 % des hommes se situent sous le seuil de pauvreté ; après 40 ans, la proportion reste de 31,2 % pour les femmes contre 23,7 % pour les hommes. Le rapport résume sans détour cette asymétrie : les femmes demeurent défavorisées à tout âge.

Des institutions visées, des réformes réclamées

La critique ne se limite donc pas à une absence symbolique. Elle vise un défaut de réponse à une documentation abondante. Le rapport des EGBD décrit des droits sociaux mal connus ou difficiles à faire valoir, une promotion jugée insatisfaisante et un travail qui déborde fréquemment les 35 heures hebdomadaires.

Il relève aussi un rapport ambivalent à l’édition : 52,5 % des répondants disent se sentir mal traités par l’édition, tandis que 86,2 % qualifient de très bonnes ou plutôt bonnes leurs relations avec les responsables éditoriaux.

Dans ce contexte, l’interorganisation annonce le lancement immédiat d’un « plan de sauvegarde des métiers des auteurs du livre ». Le texte précise que ce travail se fera avec l’intersyndicale des artistes-auteurices et avec des acteurs jugés disposés à agir, parmi lesquels des éditeurs indépendants, des festivals et des organismes de gestion collective présents à l’Assemblée. Les signataires demandent en parallèle l’application des dispositions votées dans le cadre du PLFSS sur le statut social des artistes-auteurs.

La dernière donnée du rapport éclaire la tonalité de ce communiqué : 74 % des répondants craignent de voir leur situation se dégrader dans les cinq prochaines années. À ce niveau, le texte diffusé ce 15 avril ne relève plus seulement du rappel à l’ordre. Il marque un changement de séquence : les auteurs de bande dessinée ne réclament plus simplement une écoute, ils exigent désormais des actes datés, identifiables et mesurables. 

Crédits illustration : OpenClipart-Vectors CC 0 

 

DOSSIER – Bande dessinée : enquête 2025 sur une profession sous tension

Par Cécile MazinContact : cm@actualitte.com


Source:

actualitte.com

Annonce publicitairespot_img

Derniers articles

Annonce publicitairespot_img