Le bonheur des festivals et salons, c’est cette rencontre du journaliste avec les curieuses et curieux venus à la découverte de quelque chose. À Metz, rien ne change de ce point de vue, bien au contraire. Micro en main, on parcourt les allées, scrute les venues : un reportage à écouter ci-dessous (ou lire juste après)
Anaïs, venue de Colmar avec sa fille, répond du tac au tac : « Être là à l’instant présent. » À ses côtés, Isabelle, également Alsacienne, complète : « Avec toutes les cultures qui existent autour de nous. » D’autres hésitent davantage. Marilou sourit : « Je ne sais pas… la géographie. » Et puis il y a Mavéa, plus directe : « Bah il y a rien qui me vient. » C’est justement ce flottement qui intéresse. Parce qu’une fois le thème révélé – celui de cette édition -, la réflexion se précise.
Les livres deviennent alors une première réponse. « Le livre nous permet de voyager », explique Anaïs. « De par les histoires, les pays, les cultures… on voyage beaucoup à travers la lecture. » Pour Isabelle, c’est presque une nécessité : « Avec l’actualité, on a besoin de s’évader… trouver un endroit où on peut se réfugier. »
Habiter ensemble
Mélodie, 18 ans, propose une autre approche. Plus analytique. « Habiter le monde, est-ce que c’est juste exister ? », interroge-t-elle. Elle voit dans la lecture un outil de compréhension : « Des livres documentaires ou des fictions peuvent modifier notre rapport au monde. » Elle, lit surtout des recueils de poésie ou « des fictions qui parlent des émotions ». Une manière d’habiter le monde par l’intérieur.
Un peu plus loin, Alix assume une réponse simple : « Je suis venue pour la fantasy. Et rien que pour ça. » Mais très vite, elle nuance : « Il y a toujours un rapport avec la réalité. Même dans des mondes imaginaires. » La lecture permet de « s’évader », oui. Mais aussi de reconnaître, derrière les créatures et les pouvoirs, « des thèmes importants de nos jours ». Habiter d’autres mondes, pour mieux comprendre le sien.
Pour d’autres visiteurs, la question est d’abord collective. Catherine évoque « les différentes façons de vivre selon les endroits sur la planète ». Son copain ajoute : « Habiter le monde, c’est le faire ensemble. » Et les livres, dans tout ça ? « Ça favorise l’empathie », répond-il. « On se met à la place de quelqu’un d’autre. » Lire devient alors un exercice concret : comprendre, ressentir, partager.

Par l’image, par le geste
Élise, elle, est venue pour les romans graphiques. Elle dessine, peint, regarde. Ce qu’elle y trouve ?« Ça me permet de me libérer un peu. Ou de me retrouver. » Habiter le monde, ici, passe par la forme. Par le trait. Par ce qui se fabrique entre la main et le regard.
Lucie Germain, qui travaille sur les archives photographiques, propose un autre regard encore. À force de collecter des images de famille, elle observe une chose : « Les gens pensent toujours qu’ils ont des choses très différentes… et au final, pas du tout. » Dans ces photos, dit-elle, « on reproduit tous un peu les mêmes gestes ».

Et puis il y a la voix du poète, Jean-Pierre Siméon. Plus ample, plus radicale. Pour lui, la question est centrale. « Il y a une autre manière d’habiter le monde », affirme-t-il. « Habiter le monde poétiquement. » Ce n’est pas une formule légère. « On a habité le monde en pragmatiste, prédateur… et on voit bien que ça nous mène dans le mur. » Il insiste : « Ce n’est pas une niaiserie. C’est très sérieux. »
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Et va plus loin encore : « Habiter poétiquement le monde, c’est la seule issue pour l’humanité. » La lecture, dans cette perspective, devient un acte à part entière. « Être devant un livre, c’est un arrêt. Une façon de reprendre conscience. » S’arrêter. Respirer. Reprendre pied.

À Metz, les réponses s’enchaînent, se contredisent parfois, se complètent souvent. Habiter le monde, ce n’est peut-être pas une définition. C’est une question. Une question qui circule. Dans les livres. Dans les images. Dans les voix. Et aucune ne se referme vraiment.
Crédits photo : ActuaLitté (CC BY-SA 2.0)
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Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com
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