Dans son rapport annuel, l’ONG alerte sur les attaques répétées tout au long de l’année 2025 contre le multilatéralisme, le droit international et les droits humains.
Publié le 21/04/2026 05:00
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C’est un rapport au vitriol que publie mardi 21 avril Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde en 2025. L’ONG dénonce la multiplication des attaques contre la société civile, l’impuissance du droit international, l’instauration d’un ordre mondial raciste, patriarcal, hostile aux droits fondamentaux. Agnès Callamard est la directrice d’Amnesty International, l’ONG basée à Londres.
Dans le rapport, vous dites que 2025 restera dans l’histoire comme une « année de prédateurs ». Qui sont les prédateurs ?
Les prédateurs, ce sont tout d’abord ces gouvernements très puissants : les États-Unis de Donald Trump, Israël de Benyamin Nétanyahou, la Russie de Vladimir Poutine, ce sont pour nous des États prédateurs. Ce sont des individus prédateurs qui cherchent à détruire le système qui a été mis en place au cours des 80 dernières années, et qui le font par le biais de des violations répétées du droit international, par le biais des agressions, par le biais du chantage, par le biais des menaces, y compris des menaces au génocide. Et face à ces prédateurs, il aurait fallu des prises de position fortes. Mais on a vu au contraire des concessions, de la lâcheté, et cette lâcheté fait autant partie de 2025 que les carnassiers, les prédateurs qui ont sévi par le biais de la loi du plus fort.
Cela signifie-t-il que le droit international est en train de disparaître ?
Le droit international ne disparait pas comme ça, même si les fossoyeurs se sont précipités pour l’enterrer. On le remarque tout d’abord dans le fait que la Cour pénale internationale, malgré les sanctions de Donald Trump, continue de fonctionner. En 2025, le Conseil de l’Europe a créé un nouveau tribunal pour le crime d’agression de l’Ukraine. En 2025, il y a eu un tribunal spécial en République centrafricaine qui a arrêté cinq personnes coupables des plus grands crimes. Ce qui a manqué en 2025, c’est la détermination, le courage des politiques.
Vous citez Gaza comme révélateur de l’impuissance du droit international et vous n’hésitez pas à utiliser le terme de génocide.
Oui, en effet, le génocide israélien à Gaza, nous le dénonçons depuis décembre 2024. Nous avons continué d’apporter des éléments de preuve sur la continuation de ce génocide. L’intention génocidaire pour nous, elle est très présente. Elle est présente dans les décisions de toujours arrêter l’aide humanitaire, d’empêcher les organisations humanitaires indépendantes de travailler. Donc, il ne fait aucun doute que le génocide à Gaza continue.
2025, c’est l’année où les dictatures ont intensifié la répression, dit le rapport, mais aussi l’année où les démocraties ont basculé vers des pratiques autoritaires.
Malheureusement, les démocraties répriment et elles ont en particulier réprimé en 2025 la société civile, les activistes, ceux qui croient encore en la solidarité internationale, ceux qui veulent se battre pour les réfugiés et les migrants, les personnes LGBTQ, et la société civile en a fait les frais. A l’échelle de l’Europe, en 2025, nous avons dénoncé les pratiques liberticides de la plupart des Etats européens, notamment l’activisme propalestinien, objet d’une répression incroyable en Allemagne, en Angleterre, en France… Les attaques contre les activistes pour le climat se sont intensifiées. Soyons très clairs : l’ennemi, ce sont les États qui répriment, pas la société civile.
Source:
www.franceinfo.fr





