A mesure que l’échéance présidentielle de 2027 se rapproche, un paradoxe se fait jour dans la vie politique française. Rarement l’intérêt pour une élection a été aussi élevé – 86 % des Français déclarent s’y intéresser – et ce peu importe les catégories sociales et politiques. Malgré cela, le débat public semble profondément éloigné des grandes questions qui structurent l’avenir du pays.
La nouvelle vague de l’enquête électorale réalisée par Ipsos pour Le Monde, le Cevipof [le Centre de recherches politiques de Sciences Po] et la Fondation Jean Jaurès éclaire ce décalage. Elle montre une société à la fois mobilisée, inquiète et en attente de transformations profondes, tout en révélant un système politique encore largement structuré par des logiques d’affrontement, de positionnement et d’incarnation, au détriment des débats de fond.
Sentiment croissant d’immobilisme
Ce décalage, loin d’être anodin, s’inscrit dans un contexte marqué par un sentiment croissant d’immobilisme politique et pourrait bien constituer l’un des principaux risques démocratiques à l’approche de 2027. Seuls 1 % des Français considèrent qu’il faut laisser la société en l’état, tandis que 74 % estiment qu’elle doit être réformée en profondeur ou transformée radicalement.
Ce chiffre ne dit pas seulement une volonté de réforme. Il traduit l’idée que, depuis plusieurs années, les grandes orientations du pays ne sont plus véritablement débattues, ni tranchées. Surtout, cette aspiration s’est nettement renforcée en peu temps : en 2023, la part de ceux qui souhaitent une transformation en profondeur ou radicale était inférieure de 15 points.
Ce mouvement ne peut se comprendre sans prendre en compte le fonctionnement récent du système politique. Dans un contexte d’absence de majorité stable à l’Assemblée nationale, l’incapacité des forces politiques à construire des compromis durables, à dégager des lignes claires ou à assumer des coalitions a contribué à installer l’image d’un système bloqué, davantage occupé à gérer ses équilibres internes et nourrir les ambitions personnelles des uns et des autres qu’à décider pour le pays.
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Source:
www.lemonde.fr





