Depuis un demi-siècle, une évidence stratégique s’est progressivement imposée : c’est au centre que se gagne l’élection présidentielle. Héritée des années 1970 et consacrée par des précédents historiques – de Valéry Giscard d’Estaing à Emmanuel Macron –, cette thèse repose sur un constat banal : au second tour, la victoire revient à celui qui parvient à agréger au-delà de son camp, en séduisant les électeurs centristes. Elle s’est confirmée en 2012 comme en 2017 : deux candidatures issues du Parti socialiste ont triomphé en occupant cet espace médian.
Il serait absurde de nier la part de vérité contenue dans ce diagnostic. Le système institutionnel de la Ve République, fondé sur le scrutin majoritaire à deux tours, incite à la modération et à l’élargissement. Le second tour ne consiste pas à choisir son candidat idéal, mais à arbitrer entre deux options imparfaites. Dans ce cadre, les reports de voix en provenance du centre ont longtemps constitué un levier décisif.
Mais ce schéma appartient désormais au passé. La configuration politique et sociale a changé. S’y accrocher aujourd’hui, c’est raisonner avec des outils périmés.
Droitisation du centre
D’abord, parce que le centre lui-même s’est désagrégé. Le bloc qui avait permis les victoires de 2017 et de 2022 n’a jamais été homogène. Il reposait sur une coalition fragile. Or, les données d’opinion montrent que cet espace s’est à la fois rétréci et déplacé. Selon le baromètre de la confiance politique du Cevipof, la part des Français se positionnant explicitement « au centre » est en recul sur la dernière décennie, passant de 20 % en 2015 à 12 % désormais. Parallèlement, entre 2017 et 2022, la proportion d’électeurs macronistes se déclarant à droite est passée de 27 % à 45 %, tandis que ceux se situant à gauche ont été divisés par deux (de 38 % à 19 %). Le centre s’incline de plus en plus vers la droite. Enfin, dans le même temps, la confiance dans le pouvoir exécutif s’est effondrée, atteignant un niveau historiquement bas – autour de 11 %.
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Source:
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