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TEMOIGNAGES. "Je veux passer à des actions concrètes" : les incendies en Gironde leur donnent envie de devenir pompiers volontaires

Les feux de forêts, notamment dans le Sud-Ouest, ont été un déclic pour certains, qui veulent devenir sapeurs-pompiers volontaires. Entre envie d’aider et quête de sens, ces futurs engagés racontent.

“Je veux aider.” Devant les images des incendies ravageant la Gironde, Antoine*, 35 ans, a ressenti le besoin de s’engager comme sapeur-pompier volontaire. Cet enseignant d’histoire, originaire de Saint-Médard-en-Jalles (Gironde), a vu les flammes menacer la maison de ses parents et de ses proches. En 2022, lors des incendies qui avaient frappé le département, l’idée de rejoindre les soldats du feu lui avait déjà traversé l’esprit. Cet été encore, il s’est retrouvé confronté au sentiment d’impuissance face aux flammes. En Gironde, le mégafeu a dévoré 42 000 hectares en l’espace de onze jours, ravageant notamment Le Porge. Fixé le samedi 1er août, le feu “n’évolue plus”, selon la préfecture dimanche 2 août, mais il n’est “pas éteint”. Cette catastrophe a marqué les esprits, au point de susciter de nouvelles vocations, ou au moins, une envie d’engagement pour ne plus rester simple spectateur.

Des dizaines de personnes ayant répondu à notre appel à témoignages ont confié à franceinfo envisager de devenir des sapeurs-pompiers volontaires, qui représentent 80% des effectifs, d’après le ministère de l’Intérieur. Un intérêt confirmé par Bruno Ménard, secrétaire général du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France (SSPVF), qui dit ne pas avoir observé un tel regain d’intérêt “depuis le Covid”. Le syndicat a organisé un appel à candidatures mercredi 29 juillet. “Nous avions eu près de 10 000 retours en quarante-huit heures pour toute la France”, explique-t-il. Mais il met en garde aussitôt contre une vision idéalisée de cet engagement. “Il faut être conscient que ce n’est pas tous les jours facile d’être sapeur-pompier volontaire”, détaille-t-il. Pour beaucoup de nos témoins, ce n’est pourtant pas l’héroïsme qui motive leur réflexion. Tous racontent le même déclic : le refus de rester les bras croisés, comme Antoine.

L’enseignant, désormais installé à Nantes, revient chaque été. Il garde en mémoire ses années passées avec ses amis entre Le Haillan, Le Porge et Lacanau. Mais aujourd’hui, les souvenirs ont une autre résonance. “Je voyais mon petit pays, la région qui m’a vu grandir, brûler sous mes yeux”, se désole-t-il. Présent sur place, le trentenaire n’a pas hésité à prêter main-forte avec des proches. Mais il garde le souvenir d’une frustration : celle de ne pas avoir été formé pour intervenir. “On remplissait les cuves des citernes des agriculteurs. Au début, nous n’étions pas encadrés par les pompiers et petit à petit, ils sont arrivés. On faisait de la manutention”, raconte-t-il à franceinfo.

Depuis, il s’est renseigné sur les démarches à suivre pour devenir pompier volontaire. Les candidats doivent avoir au moins 16 ans, avec autorisation parentale pour les mineurs. “On peut même devenir pompier volontaire jusqu’à 67 ans. Selon les casernes, il faut aussi habiter à moins de huit minutes d’une caserne et être prêt à faire huit cents heures de garde par an”, note Bruno Ménard. Les personnes intéressées devront suivre une formation avant d’être engagées pour une période de cinq ans reconductible, selon le site du ministère de l’Intérieur. Antoine, au courant de ces critères, a son dossier presque prêt. Il ne lui manque plus qu’à l’envoyer à la caserne la plus proche de son domicile. Malgré l’enthousiasme suscité par cette étape, Antoine garde les pieds sur terre : “Je fais attention au syndrome du héros, je veux accomplir une action citoyenne. Je l’ai vu à Lacanau, certains voulaient en faire trop. J’en faisais même partie au début”, analyse-t-il.

Antoine n’est pas un cas isolé. Des dizaines de lecteurs ayant répondu à notre appel à témoignages racontent avoir ressenti le même besoin d’agir après les incendies. Devenir sapeur-pompier volontaire est aussi une façon de reprendre les choses en main, comme pour Sophie, 38 ans, chargée d’affaires dans le secteur de l’énergie près de Saint-Etienne. Les vidéos des pompiers mobilisés contre les feux, à la télévision et sur les réseaux sociaux, l’ont profondément marquée. “Malgré la catastrophe, ça donne envie d’y aller. (…) Leurs actions redonnent un sens, ça donne de l’espoir”, confie-t-elle à franceinfo. Pour la première fois, elle s’est renseignée sur les conditions pour devenir sapeur-pompier volontaire et envisage de sauter le pas. “J’ai des doutes sur mes aptitudes physiques, mais je vais me renseigner pour voir s’il y a des besoins dans d’autres services”, explique Sophie. Bruno Ménard, lui, assure que l’engagement ne se résume pas seulement au fait de combattre les flammes. Le secrétaire général du SSPVF rappelle que certaines missions ne nécessitent pas d’intervenir directement sur les feux de forêt.

A plusieurs centaines de kilomètres de Sophie, à Bordeaux, Constance éprouve également ce sentiment. Cette ingénieure, qui travaille à réduire l’empreinte carbone dans le secteur de la santé, réfléchissait à un engagement associatif. Les incendies, survenus à quelques kilomètres de chez elle, ont accéléré sa réflexion. “Je veux passer à des actions concrètes et être proche des gens”, résume la jeune cadre. Elle s’est renseignée auprès du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de la Gironde et envisage de déposer sa candidature dans les prochains mois. Une volonté d’engagement que partage Caroline, 38 ans, qui travaille dans le domaine de la biodiversité marine à La Rochelle. Marquée par les incendies de 2022 sur le bassin d’Arcachon, où elle vivait à l’époque, elle a vu cet été des proches de nouveau évacués. “Il faut agir. Même si ce sont des petites choses, si ça peut être utile, c’est le principal”, estime-t-elle. Pour elle, s’engager est aussi une manière de ne pas laisser son éco-anxiété prendre le dessus.

Pour Guillaume, 32 ans, cette volonté de servir les autres ne date pas d’hier. Installé en Eure-et-Loir, ce père de deux enfants s’est engagé pendant près de deux ans auprès de la Croix-Rouge américaine, lorsqu’il suivait son épouse aux Etats-Unis. Il est notamment intervenu, en 2020, lors des ouragans Laura, Marco et Delta, en Louisiane. Aujourd’hui chargé de la prévention des risques majeurs dans la fonction publique, il côtoie régulièrement des sapeurs-pompiers. “J’ai toujours eu la fibre du service. (…) J’aime me mettre au service (de quelque chose) par l’action”, résume le père de famille. Les incendies en Gironde, mais aussi les inondations et la crise climatique, n’ont fait que renforcer cette conviction. “C’est important de se questionner sur sa place en société et sur ce qu’il est possible de faire à son niveau”, estime-t-il, tout en soulignant que “si ce n’est pas possible, ce n’est pas grave”.

Les incendies ont également renforcé cette envie d’engagement déjà présente chez Augustin, 32 ans, sous-officier de gendarmerie en Côte-d’Or. En pleine reconversion, il envisage de devenir sapeur-pompier volontaire lorsqu’il quittera la gendarmerie. Au fil de sa carrière, l’homme a travaillé aux côtés des soldats du feu, notamment sur les incendies de 2022 dans le Jura et sur ceux survenus cet été près de Dijon. “Sur le terrain, je vois les pompiers à pied d’œuvre et je remarque, selon moi, un réel manque de personnel”, rapporte le gendarme. Au-delà des feux, il voit surtout dans tout cela une façon de prolonger son engagement auprès de ses concitoyens quand il reprendra une casquette de civil. “Je veux garder ce contact avec la population”, souligne Augustin, rappelant que seuls les pompiers de Paris et les marins-pompiers de Marseille sont des militaires.

Pour certains, la réflexion dépasse même le cadre des sapeurs-pompiers. Adrien*, architecte en Seine-Saint-Denis, âgé d’une quarantaine d’années, envisage plutôt de rejoindre la Protection civile. Les incendies, mais aussi les crises qui se succèdent depuis plusieurs années, ont nourri chez lui une profonde remise en question. “J’ai le sentiment que mon travail ne sert pas suffisamment le bien des personnes et de la société”, confie-t-il. Cet été, il devait partir en vacances jusqu’à Bilbao, en Espagne. Finalement, il préfère consacrer son temps à aider les sinistrés dans le Sud-Ouest et se renseigne pour savoir auprès de quelle association il pourrait apporter son aide. “Je ne me sens pas d’aller profiter alors que des gens souffrent. (…) Je préfère aider que de partir en vacances”, explique Adrien. Une manière, dit-il, de retrouver le sentiment d’être utile.

* Le prénom a été modifié.


Source:

www.franceinfo.fr

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