Le candidat Renaissance à l’élection présidentielle se démultiplie, cet été, pour tenter de prendre les devants sur Edouard Philippe, son rival du bloc central. En distillant des propositions beaucoup plus marquées à droite qu’à gauche, fustigent ses opposants, argument que ses proches balaient.
Juillettiste ? Aoûtien ? Ni l’un, ni l’autre. Alors qu’une partie de la France cherche à recharger les batteries durant l’été (le dernier avant l’élection présidentielle de 2027), Gabriel Attal est le seul des principaux candidats déclarés à ne pas avoir vidé son agenda. Au contraire : le patron du parti Renaissance multiplie les déplacements pendant ce moment particulier de l’été. Dans le Finistère et le Morbihan, fin juillet, en Vendée, mardi 4 août, dans les Bouches-du-Rhône, jeudi… L’ancien Premier ministre a pour objectif de rattraper le retard qu’il accuse dans les sondages sur Edouard Philippe, son rival du bloc central et autre ex-locataire de Matignon, qui a décidé de lever le pied jusqu’à la rentrée.
Pour y parvenir, l’ancien Premier ministre sillonne la France sur des thèmes précis, sans oublier de communiquer abondamment sur cette activité estivale. Il en profite également pour formuler des propositions et décliner son programme, dont les contours se dessinent petit à petit. Sur les institutions, il veut « renverser la table » (une expression qu’il emploie souvent) et présenter « la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 » s’il accède à l’Elysée, comme il l’a défendu auprès du JDD, dimanche. Dans le détail, l’élu vante une réforme « en profondeur » du système judiciaire, évoque de nouveau « des quotas limitatifs » pour l’immigration ou encore un plan de départs volontaires de 100 000 fonctionnaires, accompagné d’une prime de départ. « L’attalisme est (…) un autoritarisme subversif et surexcité », lui a répondu Dominique de Villepin, sur X, en fustigeant des propositions qui ouvrent la voie à « une pratique très verticale d’une présidence de la République déjà profondément désaxée par dix ans de macronisme ».
Lundi après-midi, dans les colonnes du Figaro, les installations illégales des gens du voyage se retrouvent dans son viseur, avec l’objectif de « prévenir les installations, faire payer les occupants et prononcer des sanctions fermes et exemplaires. Je respecte tous les modes de vie, mais tous les modes de vie doivent respecter la loi de la République », lance-t-il.
Il y a aussi ces images de lui face à des membres de la communauté des gens du voyage, mardi, à Saint-Jean-de-Monts, en Vendée, dans une atmosphère houleuse. Chahuté, Gabriel Attal tente de défendre ses propositions alors qu’il est alpagué par l’un des représentants de cette communauté, qui lui renvoie la responsabilité de l’Etat dans l’accueil à fournir à ces personnes. « Attal est venu sans solution. Il n’est pas venu régler un problème, mais l’envenimer. A quoi bon ce show ? », dénonce Jean-Luc Mélenchon sur X, alors que les deux candidats à la présidentielle s’invectivent sur le réseau social depuis dimanche. « Ce qui devrait faire la une des journaux, c’est l’antitsiganisme que vous contribuez à répandre et qui est la forme de racisme la plus banalisée », prolonge sur X la députée LFI de Seine-et-Marne, Ersilia Soudais.
Gabriel Attal, un candidat de droite ? David Lisnard ironise sur ce positionnement. Tenant d’une ligne ultralibérale et sécuritaire, le maire LR de Cannes (Alpes-Maritimes) a transmis sur X à l’ex-Premier ministre une « facture de droits d’auteur » pour des propositions que lui-même avait « énoncées notamment à Bayeux en juin ».
Le candidat Renaissance à la présidentielle a rapidement balayé ces reproches. « Pardon, mais vouloir lutter contre les occupations illicites par des gens du voyage, ce n’est pas de droite ou de gauche. Vouloir dire qu’il faut mettre fin à la ‘vetocratie’ et avoir une administration qui répond davantage aux commandes du politique, ce n’est pas être de droite ou de gauche, c’est tout simplement vouloir faire respecter nos règles et répondre aux problèmes des Français », a-t-il répliqué sur CNews, mardi. « Dès qu’on parle de ces sujets, on est de droite…. A propos des gens du voyage, on ne peut pas dire que je suis un vilain droitier », abonde le député de Moselle Ludovic Mendes, soutien de l’ancien Premier ministre et classé à l’aile gauche du parti.
« Personne ne voulait s’emparer du sujet, et plus globalement la gauche ne parle jamais de ces thèmes-là. »
Le député Ludovic Mendes, soutien de Gabriel Attalà franceinfo
Pour le camp de Gabriel Attal, cette polémique ne reflète pas vraiment le positionnement d’un candidat qui se refuse à avoir des tabous dans les questions abordées. « La semaine prochaine, il va parler des mamans solo, des quartiers prioritaires de la ville et des colonies de vacances, donc sur tout un tas de sujets, ce qui nous importe, ce n’est pas que ça soit de gauche ou de droite, c’est que ça soit efficace », a expliqué mardi sur CNews Jad Zahab, porte-parole de Renaissance.
Comme un air d’Emmanuel Macron en 2016, lorsque l’ancien protégé de François Hollande avait construit son aventure présidentielle sur le dépassement des partis et des clivages traditionnels de la politique française. « On n’a pas d’autre choix que de faire des mesures et de gauche et de droite. Les Français sont toujours comme ça : ils veulent que l’on marche sur deux jambes, avec un axe social et un axe répressif », poursuit Ludovic Mendes, présent aux côtés de Gabriel Attal lors de l’algarade de Saint-Jean-de-Monts.
Au-delà du fond, Gabriel Attal se voit reprocher les canaux qu’il utilise pour faire savoir qu’il est sur tous les fronts, cet été. « JDD, CNews, boucs émissaires et relents d’antitsiganisme… Pour son cahier de vacances, Gabriel Attal a choisi l’immersion intégrale dans la galaxie Vincent Bolloré », a dénoncé jeudi sur X la députée Génération.s Sophie Taillé-Polian, soutien de François Ruffin.
« A force de chasser sur les terres de l’extrême droite pour passer l’été, l’ex-Premier ministre démontre que le macronisme n’est qu’un paillasson pour l’empire réactionnaire. »
La députée Sophie Taillé-Polian, soutien de François Ruffinsur le réseau social X
Il y a deux ans, pourtant, des cadres de Renaissance avaient pointé ces mêmes médias, responsables à leurs yeux d’avoir diffusé une fausse information à la fin de la campagne du second tour des législatives. Stéphane Séjourné, alors patron du parti, avait annoncé qu’il saisissait le tribunal judiciaire de Paris d’une action en référé contre Le JDD. « Que Gabriel Attal ait parlé au JDD, c’est son choix. Il a décidé de parler à tout le monde, et on peut aussi critiquer les méthodes des médias comme Mediapart ou Blast », oppose Ludovic Mendes.
Critiqué pour son silence pendant plusieurs jours après l’arrêté d’expulsion visant la chroniqueuse russe Xenia Fedorova, intervenante régulière au sein des médias détenus par Vincent Bolloré et accusée de relayer à de nombreuses reprises la propagande du Kremlin, Gabriel Attal a finalement réagi sur X, jeudi après-midi : « Que ce soit à visage découvert via Madame Fedorova ou via des comptes anonymes, ils multiplient les ingérences. La responsabilité de la France, dans ce contexte, est de défendre sa démocratie. » Et même si son équipe de campagne a alerté, mercredi, sur une opération d’ingérence russe dont il avait été victime, en faisant un « lien entre l’engagement pro-ukrainien [du candidat] et les ingérences qui viennent d’organes officiels », pas question, pour autant, de boycotter les médias cités plus haut : « Son engagement pour l’Ukraine ne fait de doute pour personne. Ce n’est pas sûr que déserter un groupe de médias soit le meilleur service à rendre pour ces combats », a balayé son entourage, mercredi soir.
Source:
www.franceinfo.fr






