Ivan Philippov, journaliste-écrivain analyse une mutation sensible au sein de la mouvance pro-guerre russe connue sous le sigle « Z ». Dans un entretien accordé au Le Monde, il décrit comment ces internautes ultranationalistes, longtemps concentrés sur la promotion d’une ligne belliciste, manifestent désormais une colère tournée vers d’autres acteurs du système politique et militaire à l’approche des élections législatives prévues du 18 au 20 septembre.
La catégorie dite des « Z » regroupe des utilisateurs qui ont relayé depuis le début du conflit en Ukraine des récits et des images soutenant l’effort de guerre et une rhétorique nationaliste. D’après Ivan Philippov, ces réseaux ont commencé à rediriger leurs critiques non plus directement contre Poutine mais contre la chaîne d’encadrement autour du pouvoir : la hiérarchie militaire, l’appareil gouvernemental et les communicants des médias officiels. Cette évolution reflète, selon lui, une désaffection croissante vis-à-vis des relais intermédiaires du discours officiel.
Le chercheur souligne que ce déplacement d’accusation se déroule dans un contexte politique sensible. La période préélectorale offre une fenêtre d’expression et de visibilité aux tensions internes qui, jusque-là, étaient canalisées par les canaux de propagande. Ce réalignement des critiques vers les cadres et les promoteurs du discours public rend plus apparentes des dissensions entre attentes de la base mobilisée en ligne et réponses des institutions chargées de la guerre et de sa communication.
Pour la sphère politique et médiatique, la dynamique mise en évidence par Ivan Philippov comporte des enjeux concrets : elle signale des fragilités dans l’articulation entre mobilisation numérique et direction politique à quelques semaines des législatives. Quelles que soient les répercussions électorales, l’observation de ces fractures illustre la difficulté à maintenir une cohérence de message face à une base militante qui se remet en question et cherche des responsables à défaut d’obtenir les résultats escomptés.






