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REPORTAGE. "Il y a de l'appréhension, il faudra qu'on soit vigilants" : dans les coulisses du nouveau quartier de haute sécurité de Réau

Un troisième quartier de lutte contre la criminalité organisée ouvrira en France dans les prochaines semaines, au sein de la prison de Réau, en Seine-et-Marne, un an après l’ouverture du premier dans le Pas-de-Calais. Franceinfo l’a visité.

Voilà un an que les premières prisons de haute sécurité ont vu le jour à Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, et à Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne. Ce dispositif est porté par Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, depuis l’évasion de Mohamed Amra en 2024, qui avait coûté la vie à deux agents pénitentiaires. Son objectif ? Isoler les 200 détenus les plus dangereux de France, en créant des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), au sein d’établissements pénitentiaires. Une troisième « prison dans la prison » s’apprête à ouvrir ses portes, à Réau, en Seine-et-Marne, a annoncé fin juillet l’administration. Elle doit accueillir 20 détenus. Le chantier a coûté près de 4,5 millions d’euros.

Pour rejoindre le nouveau quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Réau, il faut contourner le centre pénitentiaire et s’éloigner des autres détenus. C’est Olivier Pipino, le chef d’établissement, qui nous accueille, fin juillet 2026. À l’entrée, la fouille est obligatoire pour tous, y compris « les soignants, des intervenants ou des enseignants ». « À l’identique, les détenus qui sortent des parloirs sont soumis à un contrôle strict », précise le chef d’établissement. Un contrôle réalisé grâce à deux portiques, dont un à ondes millimétriques.

Olivier Pipino, le chef d’établissement de la prison de Réau, devant un portique à ondes millimétriques, le 30 juillet 2026. (LOU BENOIST / AFP)

« Si vous avez des stupéfiants sur vous ou de l’alcool, etc., vous ne le verrez pas sur un portique à détection de masse métallique, explique Olivier Pipino. Tandis que sur le portique millimétrique, les choses vont apparaître. On pourra trouver beaucoup plus de choses sur le portique à ondes millimétriques que sur le portique de détection de masse métallique qui, par vocation, ne détecte que ce qui est métallique. »

Une fois la fouille passée, nous nous dirigeons vers le fond du bâtiment, où se situent les 20 cellules, réparties sur trois étages. « Chaque étage comporte sept cellules et accueillera un groupe de cinq détenus », détaille Olivier Pipino. Sur les portes, on voit une trappe, « le passe-menotte », explique un surveillant. Il n’y a donc pas besoin d’ouvrir la cellule pour accéder aux mains du détenu. « Dès qu’il est menotté, on ne perd pas l’individu. La cellule c’est ‘son environnement’. Donc, ça permet de le faire sortir en toute en sécurité », poursuit-il.

Dans chaque cellule, il y a une salle de bain. Terminés les allers-retours, affirme Olivier Pipino. Même chose pour le téléphone fixe, accroché au mur. « Le temps de téléphonie pour les familles est limité à 4 heures, explique-t-il. Ce sont des créneaux où on a suffisamment de monde pour écouter en direct ce qui se dit et pour pouvoir interrompre, le cas échéant, une communication si on s’aperçoit que le dispositif est détourné. » C’est ce qui est déjà arrivé à Vendin-le-Vieil, où un des chefs présumés de la DZ Mafia est soupçonné d’avoir préparé son évasion en passant par le numéro de téléphone de son avocat.

Olivier Pipino (au centre), directeur de la prison de Réau, présente une cellule du nouveau QLCO, le 30 juillet 2026. (LOU BENOIST / AFP)

Olivier Pipino (au centre), directeur de la prison de Réau, présente une cellule du nouveau QLCO, le 30 juillet 2026. (LOU BENOIST / AFP)

Pour éviter toute nouvelle tentative, à Réau, les détenus ont aussi accès à des salles de visioconférence, explique Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice. Un dispositif pour « ne pas être obligés de sortir les détenus de la zone détention pour qu’ils puissent assister, éventuellement, à une audience. » Une décision prise après l’évasion de Mohamed Amra, précise le porte-parole du ministère de la Justice : « Les extractions judiciaires sont toujours un point de vulnérabilité. Le but est de les réduire au maximum sur ce type de profil pour éviter ces points de vulnérabilité et d’éventuelles évasions. Encore plus des évasions meurtrières, comme ça a été le cas avec Mohamed Amra. » Parmi ces profils : des narcotrafiquants, des proxénètes ou des hommes impliqués dans la traite d’êtres humains. La liste des détenus est confidentielle, pour des raisons de sécurité.

La mise en place de ce dispositif, il y a un an, permet d’en tirer les premières conclusions et de se rendre compte qu’il y a encore des points sensibles. C’est le cas de la promenade, redoutée par le chef d’établissement, car il s’agit du seul moment où les détenus se croisent, sous l’œil des surveillants. « Ils peuvent y accéder 2 heures par jour, toujours par groupes de cinq », précise Olivier Pipino. « Pour le moment, ce n’est pas tant la promenade qui nous pose souci, confie le chef d’établissement, que les stratégies qu’ils vont développer pour continuer à exercer leur activité. On sait qu’ils ont mis en place des stratégies. On a eu un certain nombre d’informations qui nous ont été communiquées par les établissements qui avaient déjà travaillé sur ces sujets-là. Donc, il y a de l’appréhension, il faudra qu’on soit vigilants. Il faudra qu’on s’adapte à ce public-là qui, lui, a su jusqu’à présent s’adapter à nos pratiques. »

Un surveillant pénitentiaire se tient devant la cour de promenade du futur QLCO de Réau, le 30 juillet 2026. (LOU BENOIST / AFP)

Un surveillant pénitentiaire se tient devant la cour de promenade du futur QLCO de Réau, le 30 juillet 2026. (LOU BENOIST / AFP)

Pourtant, selon Sacha Straub-Kahn, il n’est pas question de changer les groupes de promenade. « Ce sont des groupes qui sont constitués sur la base de renseignements judiciaires et pénitentiaires, pour que vous ayez des profils qui n’ont pas d’intérêt à cohabiter ensemble ou avoir des relations, affirme-t-il. Pour dire les choses clairement, vous n’allez pas mettre deux profils DZ Mafia, par exemple, dans le même groupe de cinq. »

Sur le reste, le ministère de la Justice et son porte-parole sont globalement satisfaits de ces quartiers de haute sécurité. « Il n’y a eu aucune introduction d’objets en détention, que ce soit à Condé ou à Vendin, assure Sacha Straub-Kahn. Il n’y a pas eu d’incident majeur non plus. Vous avez un système qui est très encadré, qui est dupliqué à l’identique, ici, avec évidemment, comme le disait Monsieur le directeur, des aménagements selon l’établissement ». À Réau, cela concerne les deux filins anti-projection équipés d’un système de brouillage. Ils surplombent la cour de promenade. Une sécurité héritée de la spectaculaire évasion de Redoine Faïd, il y a huit ans, quand le braqueur s’est échappé en hélicoptère.

Deux nouveaux quartiers de haute sécurité doivent ouvrir début d’année 2027, à Aix-en-Provence dans les Bouches-du-Rhône et à Valence, dans la Drôme. Un autre est attendu d’ici 2028 en Guyane.


Source:

www.franceinfo.fr

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