Ce film bouleversant dit à travers l’histoire de ces deux enfants le destin de millions de migrants qui quittent tout et prennent des risques inouïs pour rejoindre des lieux sûrs où vivre en paix.
Comme de nombreux Rohingyas, membres d’une minorité birmane majoritairement musulmane, Shafi, 4 ans, et sa sœur Somira, 9 ans, orphelins, vivent dans un camp de réfugiés au Bangladesh. Avec leur tante, ils entament un périple vers la Malaisie, pour retrouver une partie de la famille. Parviendront-ils à atteindre leur destination malgré la dangerosité du voyage ? C’est ce que raconte ce film édifiant du réalisateur japonais Akio Fujimoto. Les Fleurs du manguier, Prix spécial du jury Orizzonti à la Mostra de Venise 2025, sort dans les salles le 22 avril 2026.
Minorité musulmane originaire de l’ouest du Myanmar (ex-Birmanie), les Rohingyas ne sont plus reconnus comme citoyens par le pouvoir birman depuis 1982. Apatrides et privés de leurs droits fondamentaux, ils sont l’objet de violences, de discriminations et de persécutions. À partir de 2017, pour échapper aux massacres qualifiés de « nettoyage ethnique » par les organisations internationales, des centaines de milliers de Rohingas fuient le pays vers le Bangladesh, où ils vivent dans des camps de réfugiés. Depuis, nombre d’entre eux tentent de rejoindre la Malaisie ou l’Indonésie. Ils se lancent dans cette épopée jalonnée de dangers, avec l’aide de passeurs mal intentionnés, qui les dépouillent à chaque étape de leur périple.
Le réalisateur japonais raconte cet exode, à la hauteur de deux enfants livrés à la violence de cette vie, ou plutôt de cette survie. Le film est séquencé par jour, comme un décompte dont les protagonistes ne connaissent pas l’issue, chaque épreuve traversée, l’une après l’autre, dans la peur et l’incertitude. S’entasser dans un camion, courir, dans le noir, à travers les champs, passer sous les barbelés, les découper s’il le faut, puis embarquer à bord d’une embarcation, souffrir de la faim, de la soif, traverser les tempêtes, affronter les tirs des garde-côtes, tout perdre, continuer, avec l’aide de ceux qui ont survécu, et avec l’aide de Dieu, qu’ils prient avec ferveur, traverser la jungle, échapper à la violence des passeurs, pour se retrouver dans un pays qu’ils ne connaissent pas, dont ils ne parlent pas la langue…
Dans une forme documentaire, caméra embarquée, éclairage naturel, le film nous fait partager l’enfer de ces exilés, à hauteur d’enfant. « C’est la force du chef opérateur, qui n’a pas posé sa caméra devant eux, comme s’il était spectateur, mais à côté d’eux, comme s’il était avec eux », confie le réalisateur dans une interview à franceinfo Culture.
Sans pathos, le film déroule de manière chronologique et factuelle les étapes de ce voyage, en suivant pas à pas Somira et Shafi, qui se débrouillent pour survivre, seuls, et qui, accrochés l’un à l’autre, trouvent encore la force de jouer, pour conjurer la mort, ou de semer des graines de manguier, l’arbre qui jette un pont entre leur passé leur futur.
S’il est peuplé de figures sombres, le chemin des deux enfants est aussi marqué par la solidarité des Rohingyas, mais aussi par des rencontres lumineuses, avec des hommes et des femmes capables d’humanité, et d’empathie. « La vie de cet enfant passe de mains en mains. Les gens s’entraident pour que cette vie-là puisse continuer à exister, ailleurs », explique le réalisateur à franceinfo Culture.
Avec ce film saisissant, Akio Fujimoto apporte un coup de projecteur sur l’histoire tragique du peuple rohingya martyrisé. Au-delà, il dessine le destin des milliers de migrants du monde entier, soumis aux dangers des traversées interdites, au péril de leurs vies, contraints à l’exil et pour espérer vivre en paix, loin de chez eux.
Tout public avec avertissementTitre original : Harà WatanGenre : DrameRéalisation : Akio FujimotoAvec : Muhammad Shofik Rias Uddin, Shomira Rias UddinPays : Japon, France, Malaisie, AllemagneDurée : 1h 39 minSortie : 22 avril 2026Distributeur : Arizona DistributionSynopsis : Dans l’espoir de retrouver leur famille dispersée, Shafi, 4 ans, et sa sœur Somira, 9 ans, quittent un camp Rohingyas du Bangladesh pour rejoindre la Malaisie. Guidés par leur regard d’enfant, ils entreprennent une traversée périlleuse.
Source:
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