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Sucre : la taxe soda fait "pschitt"


Publié le 20/04/2026 21:57

Temps de lecture : 4min – vidéo : 4min

Depuis l’instauration de la taxe soda, certains restaurateurs et autres commerçants n’hésitent pas à se fournir dans d’autres pays européens, comme la Pologne ou le Tchéquie. Des importations non déclarées et une fraude qui représenterait 20 à 40 millions d’euros de pertes par an.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

Une canette reconnaissable au premier coup d’œil. Et pourtant, en y regardant de plus près, surprise, tout est écrit dans une langue étrangère. « Les infos nutritionnelles, il n’y en a pas en français », s’étonne une jeune femme. « Je le vois assez souvent maintenant, beaucoup plus qu’avant, dans les restaurants et même dans les épiceries », indique une autre. En tchèque, en danois ou en polonais, derrière ces canettes venues de loin, l’histoire d’une taxe qui fait « pschitt ». La taxe soda aujourd’hui massivement contournée. Nous avons enquêté sur cette fraude fiscale estimée à plusieurs millions d’euros chaque année.

En Île-de-France, un grossiste vend des dizaines de marques de soda. Sur chacune d’entre elles, il doit payer une taxe. « La taxe sucre s’applique par rapport au taux de sucre qu’il y a dans le produit. S’il y a un taux de sucre élevé, il y a une taxe élevée. Sur du Sprite, il y a à peu près la moitié de la taxe sucre de ce qu’il y a sur le Coca-Cola. Mais il y a aussi de la taxe sucre sur le jus de pomme, sur l’Oasis », souligne Laurent Tribouillet, président de C10. Elle est aussi appelée taxe soda. Coca-Cola fait partie des plus concernées. « Alors là, ce n’est pas compliqué. Vous avez 24 boîtes. Sur les 24 boîtes, il y a 2,82 euros de taxes. Sur un total de globalement 19 euros si on fait le prix de vente. Elle a été exponentielle en 2025 et on s’est retrouvé sur une taxe qui aujourd’hui représente 35 centimes du litre. Ce qui est juste colossal », déplore Laurent Tribouillet.

Une taxe française qui a tellement augmenté que certains cherchent à l’éviter. Alors ils se tournent vers d’autres pays d’Europe, car ce soda est mis en bouteille sur tout le continent. En Pologne, en Espagne ou encore en Tchéquie par exemple. En caméra discrète, nous nous rendons dans une dizaine de fast-foods parisiens. Cinq d’entre eux vendent du Coca-Cola étranger. La raison ? Le prix, selon ce restaurateur : « Niveau prix, le Coca classique français est très cher. Sur le pack, il y a une différence de 3-4 euros ». Un autre l’avoue directement, sur une canette venue de Tchéquie, il ne paye aucune taxe.

Concrètement, des importateurs achètent un Coca en Tchéquie ou en Pologne, moins cher en sortie d’usine. Jusque-là, c’est autorisé. Ils traversent les frontières et une fois arrivés en France, ils sont censés déclarer aux impôts ces boissons importées. Ce que certains ne font pas, évitant ainsi de payer parfois plusieurs milliers d’euros de taxes soda. Nous nous sommes fait passer pour un grossiste et avons joint l’un de ces importateurs. Il reconnaît participer à cette fraude et a même une technique pour ne pas être soupçonné : « Moi, je déclare une petite partie pour éviter de la payer. Je pense que tout le monde fait ça, parce que si on commence tous à s’amuser à la payer à 100%, on s’en sort plus ! Si vous trouvez un meilleur tarif et que vous achetez directement en Pologne, faites ça, honnêtement. C’est mon conseil : déclarez au moins un minimum ».

Selon certains experts, cette fraude représenterait entre 20 et 40 millions d’euros de pertes chaque année. Bercy assure avoir connaissance des risques et mener de nombreux contrôles. Mais pour Vincent Durand, syndicaliste des douanes, les moyens déployés sont insuffisants : « L’administration des impôts, l’administration fiscale, va préférer mettre ses effectifs et ce temps d’enquête sur des fraudes dites plus importantes en termes de volumétrie ou de somme à recouvrer. On préfère mettre, je caricature, deux agents sur un dossier pendant une semaine pour récolter 5 millions d’euros que pour en récupérer 50 000 ».

L’État n’est pas le seul perdant dans l’histoire, le consommateur aussi. Car tous les pays européens n’ont pas la même recette. La version tchèque, par exemple, est plus sucrée et contient un sirop déconseillé, absent dans les canettes françaises.


Source:

www.franceinfo.fr

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