La proposition de loi portée par la députée (Ensemble pour la République) des Français établis hors de France, Caroline Yadan, s’appuie sur un constat avéré : la hausse des actes antisémites. Le texte a immédiatement suscité une vive opposition à gauche. En cause, la notion de « provocation indirecte » concernant l’apologie du terrorisme, jugée trop floue et potentiellement instrumentalisable pour faire taire les critiques des politiques israéliennes. Or, cette controverse met au jour un problème plus profond.
Certes, les zones grises, les formulations ambiguës et les discours à double fond auxquels la proposition de loi veut s’attaquer font le terreau de l’antisémitisme contemporain. Mais ce dernier prolifère également à la faveur de la polarisation du débat public, que la proposition de loi vient encore aggraver. Dès lors, s’y opposer est à la fois nécessaire et insuffisant.
Le terme « antisionisme » en est un exemple emblématique : il ne fait l’objet d’aucune définition consensuelle, ni dans le monde académique ni dans les sphères politiques et militantes. Il peut désigner aussi bien une opposition aux politiques de Benyamin Nétanyahou que la vision conspirationniste d’un prétendu pouvoir juif mondial dont Israël serait le quartier général. Ofer Cassif, député communiste israélien, revendique l’antisionisme comme socle de redéfinition du projet national israélien, fondé sur l’égalité entre juifs et Palestiniens, tandis que Robert Faurisson accusait les juifs d’avoir inventé la Shoah pour justifier la création d’Israël. Entre ces pôles, les significations divergent radicalement sans toujours être explicitées.
Il en va de même pour le slogan « De la mer au Jourdain ». Selon les contextes, il peut signifier la négation de la souveraineté israélienne, le projet d’un Etat islamiste, la revendication d’égalité des droits entre juifs et Palestiniens ou encore l’aspiration à un Etat binational judéo-palestinien. Pour beaucoup de manifestants, il est un cri de solidarité face à une injustice manifeste. Cette pluralité de sens rend toute qualification juridique particulièrement incertaine.
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Source:
www.lemonde.fr




