Le groupe Hachette Livre a annoncé, mardi 14 avril, le départ de l’emblématique patron des éditions Grasset. Olivier Nora, qui avait été nommé en 2000 président des éditions Grasset & Fasquelle, sera remplacé par Jean-Christophe Thiery, ancien élève de l’ENA et président-directeur général de Louis Hachette Group, précise le communiqué.
Cette décision survient après l’arrivée surprise de Boualem Sansal, chez Grasset, maison du groupe Louis Hachette, détenue par Vincent Bolloré. Mais ni le premier groupe d’édition française ni Olivier Nora n’ont évoqué un lien avec l’embauche de l’écrivain franco-algérien.
L’Express, qui, avec Le Canard enchaîné, a révélé l’information, a avancé qu’Olivier Nora avait « été licencié par Vincent Bolloré », le milliardaire conservateur propriétaire de Hachette, dont Grasset est l’une des principales filiales. Plusieurs sources proches de l’éditeur ont confirmé cette information au Monde. Leur différend est lié à l’arrivée de Boualem Sansal dans la maison d’édition, « imposée par la direction du groupe sans qu’Olivier Nora puisse s’y opposer », écrit, quant à lui, Le Canard enchaîné.
« Figure du groupe et du paysage littéraire français, Olivier a toujours œuvré avec grand talent au rayonnement de nos maisons et de nos auteurs et a ainsi joué un rôle déterminant pour installer Hachette Livre comme leader de l’édition en France. Je suis heureux de voir Jean-Christophe Thiery prendre sa succession à la tête de Grasset », dit Arnaud Lagardère, président-directeur général d’Hachette Livre, dans le communiqué.
Reconnu pour son indépendance
De son côté, Olivier Nora, 66 ans, a simplement exprimé sa « fierté d’avoir pu porter les couleurs » de Grasset « en toute indépendance, depuis vingt-six ans ». Il avait pris la tête en 2000 de Grasset, filiale de Hachette depuis 1981 avant sa prise de contrôle par le groupe de Vincent Bolloré, en 2023.
Fils du haut fonctionnaire Simon Nora et neveu de l’historien Pierre Nora, cet éditeur reconnu pour son indépendance a également dirigé les maisons d’édition Calmann-Lévy, dans les années 1990, et Fayard, de 2009 à 2013.
Son départ, annoncé deux jours avant l’ouverture du Festival du livre de Paris, ouvre une période d’incertitude pour la maison d’édition, qui publie 160 nouveautés (romans et essais) par an.
Dans une déclaration à l’AFP, l’économiste et essayiste Alain Minc a annoncé quitter Grasset, son éditeur « depuis quarante ans », interprétant le départ d’Olivier Nora comme « une mise au pas de cette maison d’édition » et souhaitant que « d’autres auteurs [le] rejoignent dans ce mouvement ».
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Parmi les auteurs ayant réagi, Bernard-Henri Lévy s’est déclaré sur le réseau social X « sous le choc », qualifiant Olivier Nora d’éditeur « scrupuleux et enthousiaste » pour lequel il n’a « qu’admiration et gratitude ».
Olivier Nora, « viré par Vincent Bolloré », était « un éditeur comme il en reste assez peu, dans un milieu où les gestionnaires remplacent, de plus en plus, les créatifs », a estimé le journaliste et éditeur Guy Birenbaum.
« Démarche diplomatique »
Le monde de l’édition avait été surpris par l’annonce, le 13 mars, du transfert de Boualem Sansal de Gallimard – qui l’avait soutenu et accompagné lors de son incarcération d’un an en Algérie – à Grasset.
Boualem Sansal a justifié cette décision par une « divergence », en reprochant à Gallimard d’avoir privilégié « la démarche diplomatique » pour le soutenir, alors qu’il était partisan d’une « ligne de résistance » face « au régime violent et cruel d’Abdelmadjid Tebboune », le président algérien. L’octogénaire a annoncé que son prochain livre, qu’il a présenté comme « un livre de guerre », était « prêt » et pouvait « sortir demain matin ».
Le Journal du dimanche, qui appartient aussi à Vincent Bolloré, a publié dimanche un long entretien croisé entre Boualem Sansal et le souverainiste Philippe de Villiers, dans lequel le nouvel académicien s’inquiète du déclin supposé de la France. Invité de Public Sénat mardi, Boualem Sansal a démenti défendre des idées d’extrême droite. « Pas du tout. Je suis Boualem Sansal, j’ai ma ligne. Je ne suis ni ceci, ni cela. Je peux picorer. (…) Je prends à droite, je prends à gauche », a-t-il dit.
Source:
www.lemonde.fr




