- Advertisement - spot_imgspot_img
AccueilCulture"Nous l'Orchestre", un voyage documentaire immersif au cœur de la magie symphonique

"Nous l'Orchestre", un voyage documentaire immersif au cœur de la magie symphonique

Une œuvre. Une interprétation. Un chef d’orchestre. Mais 119 musiciens. Trompettistes, hautboïstes, violonistes ou contrebassistes : autant de personnalités différentes, de vies qui se croisent, d’avis divergents sur le tempo idéal ou le bon volume du fortissimo. Comment jouer ensemble ? Comment des dizaines d’individus se fondent-elles en une seule entité ? C’est ce que veut capter le documentaire Nous l’Orchestre de Philippe Béziat, en salles le 22 avril.

Dès la première minute, plongée immédiate au cœur de la musique. Dans la fosse de la Philharmonie de Paris, l’orchestre répète Stravinsky. À la baguette, le jeune chef Klaus Mäkelä. Il transpire abondamment, flamboyant, habité, presque possédé. À l’issue d’une séance qu’on devine intense, un musicien commente : « Hé ben, il n’est pas venu faire de la figuration, celui-là ! » Le ton est donné, le film ne donnera pas plus d’importance au chef qu’au troisième tromboniste. Philippe Béziat ne veut pas seulement raconter ce que font les membres d’un orchestre, il cherche à savoir ce qui fait un orchestre.

Mais comment brosser le portrait d’un puzzle, d’une mosaïque ? Le réalisateur est un habitué des documentaires sur la musique. Mais Traviata et nous ou Indes Galantes racontaient un opéra, avec un nombre de personnages limité et un scénario balisé par les étapes de la création du spectacle. Pour rendre compte de la diversité d’un orchestre, il fallait autre chose, un film symphonique. « J’ai voulu travailler comme un compositeur, confie le réalisateur à franceinfo Culture. »Ne pas trop me poser la question du récit, mais penser en terme de mouvements, comme pour une œuvre musicale. D’abord quelque chose de très puissant, très énergique. Puis un ralenti, plus extatique, qui va nous amener ailleurs. Puis là, tout d’un coup, le petit solo de quelqu’un qui s’exprime… »

Pour que la forme épouse au mieux le fond, « Nous l’orchestre » est donc un documentaire choral, atomisé, à la chronologie volontairement floue. Œuvres et chefs se succèdent dans un tourbillon sans fin: la fougue de Klaus Mäkelä, les mains agiles d’Élim Chan, la calme précision du doyen Herbert Blomstedt… Stravinsky, Rimski-Korsakov, Bruckner… La répétition, haletante, s’arrête brusquement pour laisser place à un petit moment de vie: l’orchestre choisit son deuxième violon. Puis la musique revient, en concert cette fois. Ou accompagnant un soliste qui marche dans la rue. Un chaos organisé: par petites touches impressionnistes, l’orchestre se dessine.

Le documentaire brosse par petites touches le portrait de l’orchestre et de ses musiciens. (PYRAMIDE FILMS)

Pas question, comme dans un film classique, d’interrompre la musique quand il se dit ou se passe quelque chose. Philippe Berda préfère submerger de musique les interviews des musiciens. Le plus souvent, elles se finissent par écrit, en sous-titre. Une dissociation surprenante, parfois dérangeante, que le réalisateur assume : « En fin de compte, les mots ne peuvent pas décrire la création de la musique, ils ne sont pas assez puissants. Les musiciens peuvent dire des choses sur leur vie, pour que le spectateur s’identifie, parce que c’est quand même du cinéma. Mais il n’y a que peu de moments où la parole seule, plein cadre, est indispensable. »

Dans Nous l’Orchestre, la musique doit rester le personnage principal, l’océan mouvant dans lequel baignent tous les protagonistes. « C’est vraiment comme ça » confirme Lusiné Harutyunyan, violoniste, après avoir vu le film. « Entre les répétitions, les concerts, les tournées, les chefs invités, qui ont leur propre programme, on a en permanence de la musique dans la tête. Chez moi, à la fin de la journée, je m’aménage une heure de silence absolu pour avoir du calme et vider un peu tout ça! »

Cette musique symphonique omniprésente est restituée de façon totalement inédite. « Nous l’Orchestre » plonge ses spectateurs non seulement dans la fosse, mais à la place de l’un ou l’autre des musiciens. Un travail d’orfèvre: 90 micros, pour donner à entendre l’ensemble de l’orchestre quand la caméra s’éloigne, et seulement quelques musiciens quand elle s’approche d’eux. On vit le solo de cor anglais au plus près de l’instrumentiste, on ressent l’éloignement du piano qui l’accompagne. Et l’on découvre, stupéfait, ce « mur des cuivres » qui empêche les bassons d’entendre les timbales, ou les violons, dont ils doivent épier chaque geste, chaque coup d’archet. « Imagine quand il faut faire un pizzicato avec les violons, raconte à franceinfo Culture le jeune contrebassiste Lukas Carrillo. « Il y a une distance énorme entre nous, on a juste un chef d’orchestre qui fait le geste, et hop ! D’un coup c’est synchronisé ! C’est incroyable, c’est magique ».

Cette magie que le film réussit à capter, c’est une inébranlable « volonté de jouer ensemble », malgré les dissonances des petites jalousies artistiques, des rancœurs, des inimitiés. Elles ne manquent pas, condensées en quelques phrases anonymes désopilantes: « Comment dieu a-t-il pu distribuer du génie à un con pareil ? » se demande l’un. « Heureusement qu’on fait d’autres trucs par ailleurs », constate un autre, « sinon on se serait entretués ». Mais la musique impose de résoudre vite les conflits de ce mariage forcé pour ne pas perturber le collectif.

« On n’est pas obligés d’être amis, mais on doit être un peu plus que collègues » résume le premier alto. Faire orchestre, faire société, pour servir la musique. Le propos du film en devient politique. Nous l’Orchestre est une grande leçon de vivre ensemble.

Genre : DocumentaireRéalisation : Philippe BéziatAvec : Klaus MakelaPays : FranceDurée : 1h30Sortie : 22 avril 2026Distributeur : Pyramide Distribution et Les Films PelléasSynopsis : Comment jouer ensemble sans se sentir disparaître dans la masse ? Comment cohabiter si longtemps sans que le groupe explose ? Quel rôle joue vraiment le chef d’orchestre ? Pour la première fois, caméras et micros se faufilent parmi les 120 musiciens de l’Orchestre de Paris, à la Philharmonie, sous la baguette de leur jeune chef prodige, Klaus Mäkelä.

affiche du film "nous, l'orchestre" de Philippe Beziat (DR)

affiche du film « nous, l’orchestre » de Philippe Beziat (DR)

Source:

www.franceinfo.fr

Annonce publicitairespot_img

Derniers articles

Annonce publicitairespot_img