A la fin de l’année, au plus tard début 2027, la prise de pouvoir sera complète. Les géants de l’intelligence artificielle (IA), SpaceX, Anthropic et OpenAI, se seront introduits en Bourse. Après la suprématie technologique, ces trois firmes vont asseoir leur puissance financière, espérant bien ringardiser les géants de la « vieille tech ». SpaceX, qui englobe aussi xAI, la firme d’IA d’Elon Musk, vise une valorisation approchant les 2 000 milliards de dollars [environ 1700 milliards d’euros], ce qui la propulserait à la cinquième place des entreprises cotées à Wall Street derrière Nvidia, Google, Microsoft et Amazon. OpenAI, la firme de Sam Altman qui inventa ChatGPT en novembre 2022, pourrait valoir entre 1 200 et 1 500 milliards de dollars, tandis qu’Anthropic, l’entreprise de Dario Amodei qui n’en finit pas d’ébranler le monde ancien avec son modèle Claude, se situerait entre 850 et 1 100 milliards.
Avec la Bourse, s’imposera la vérité des prix et du pouvoir. Ainsi vont s’installer les nouveaux parrains du techno-capitalisme mondial. Ce carrousel confirme l’extraordinaire force créatrice du capitalisme américain. Ces fortunes ne sont pas celles d’héritiers, de rentes accumulées sur le dos de salariés, mais le fruit d’innovations majeures, brutales. En quelques années, Altman et Amodei ont créé 2 000 milliards de dollars de valeur ex nihilo, plus des deux tiers du CAC 40. Les milliardaires américains et leur fortune, ce n’est pas un stock ni une classe sociale, c’est un flux qui se régénère sans cesse. Ces entrepreneurs sont des créateurs venus le plus souvent de la classe moyenne. Qui pouvait imaginer que Jensen Huang, immigré de Taïwan, transforme Nvidia, l’entreprise de puces pour jeux vidéo qu’il avait créée en 1993, en société faîtière de l’IA et première capitalisation du globe ?
Comme naguère Bill Gates, Jeff Bezos et Mark Zuckerberg, les maîtres de l’IA seront haïs, forcément haïs. Pour leur fortune, mais aussi pour leur transformation de la société. C’est déjà le cas d’Elon Musk, entrepreneur libertarien passé par le trumpisme dont la fortune est estimée par Bloomberg à 658 milliards de dollars. Sam Altman et Dario Amodei disposent pour l’instant des fortunes « modestes » à l’aune des critères américains – 3,5 milliards et 7 milliards, selon Bloomberg. Mais cela peut changer avec les forfaits octroyés lors de l’introduction en Bourse. Ils incarnent la puissance de l’IA qui excite et angoisse à la fois les Etats-Unis : des centres de données qui pompent eau et électricité des collectivités, peur de la disparition des emplois qualifiés, addiction à venir comparable à celle provoquée par Instagram et TikTok.
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Source:
www.lemonde.fr





