La multinationale de droit privé EDF SA fête ses 80 ans en revendiquant une identité qui n’est plus la sienne. Derrière la célébration, une réalité s’impose : l’entreprise s’est progressivement éloignée des principes qui fondent le service public de l’électricité. D’abord, elle poursuit une stratégie assumée : pousser les consommateurs à abandonner les tarifs réglementés, héritage de l’entreprise de service public fondé sur un principe d’égalité, au profit d’offres de marché résultant de la libéralisation du secteur.
Dans cet objectif, elle « oublie » régulièrement d’informer les usagers qui souscrivent un nouveau contrat de l’existence même du tarif réglementé. Elle multiplie les communications et publicités pour promouvoir les offres de marché, sans insister sur les risques individuels et collectifs. Elle n’a pas hésité à saisir l’occasion de « ses » 80 ans pour proposer à ses clients de tenter de gagner un an d’électricité à condition de souscrire une de ces offres : pour participer, il faut donc renoncer au tarif réglementé emblématique de l’EDF historique !
Dans le même temps, EDF SA encourage l’autoconsommation en promouvant une offre commerciale associant panneaux photovoltaïques et batterie individuelle. Présentée comme un moyen de maîtriser sa facture, cette solution relève pourtant d’une logique individualiste inefficace à l’échelle collective. Car, derrière les effets d’aubaine, le développement de batteries individuelles constitue une véritable gabegie économique et écologique, à rebours des principes de mutualisation, de solidarité et d’optimisation des coûts qui devraient guider un service public.
Au Sénat après l’Assemblée nationale
Pour l’hydroélectricité, le constat est tout aussi préoccupant. Par une triste coïncidence, l’anniversaire d’EDF coïncide avec le vote par le Sénat, après l’Assemblée nationale, d’une proposition de loi impulsée par EDF SA qui désarme l’Etat dans ce secteur stratégique. Le régime de concession, fondé sur la propriété publique des barrages, est remplacé par un régime d’autorisation transférant aux exploitants un quasi-droit de propriété pour 70 ans.
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Source:
www.lemonde.fr





