Publié le 25/04/2026 21:08
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Ce sont des histoires qui interpellent depuis quelques années. Certaines gardiennes de prison sont devenues complices de détenus, parfois par amour. L’une d’elles a accepté de raconter comment sa vie a basculé. Radiée à vie de l’administration pénitentiaire, elle a été condamnée à deux ans de prison.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
C’est par amour, disent-elles, que des surveillantes pénitentiaires se sont rendues complices de criminels déjà lourdement condamnés. Comme à Villepinte (Seine-Saint-Denis), où l’une d’elles, tombée amoureuse d’un multirécidiviste, se déguise en policière pour le faire évader. Une autre surveillante, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), condamnée à deux ans fermes pour avoir fourni des stupéfiants à un détenu. À Lyon (Rhône), c’est dans un sac à linge que la surveillante fait évader un détenu avec qui elle avait une relation. Comment ces jeunes femmes, qui s’étaient engagées pour servir sous l’uniforme, ont-elles basculé dans l’illégalité ?
Exceptionnellement, l’une d’elles a accepté de rencontrer les équipes de France Télévisions. Erika a 26 ans lorsqu’elle devient surveillante. Jetée, dit-elle, dans la fosse aux lions. Elle est harcelée par les prisonniers et a du mal à faire face. Elle va alors se rapprocher d’un détenu qui se montre particulièrement bienveillant. « Quand j’avais des problèmes avec certains détenus, lui, il allait mettre son grain de sel. Et ça s’apaisait et j’arrêtais d’être harcelée par les détenus », se rappelle-t-elle. « J’étais charmée. Ça faisait du bien, en fait, à ce moment-là. Je ne peux pas le nier. Ça s’est fait naturellement comme ça », poursuit-elle.
Une relation amoureuse va se nouer. Le détenu lui demande alors des petits services. Mais il va aussi l’aider financièrement. « Ça a commencé avec une clé USB pour de la musique. Effectivement, ils n’ont pas le droit d’avoir des clés USB. Et je lui ai ramené. Il m’a prêté de l’argent parce que j’avais besoin d’argent à ce moment-là. Il m’a prêté 1 800 euros », raconte Erika.
La romance tourne court lorsqu’Erika est interpellée. Elle est condamnée à deux ans de prison dont un ferme. Son avocate regrette que l’administration pénitentiaire ne soit pas plus à l’écoute de ce personnel jugé fragile. « Il n’y a pas de soutien psychologique derrière pour les agents pénitentiaires. Donc il n’y a pas d’accompagnement non plus et on reste quand même dans des liens humains, dans un espace relativement clos, avec des habitudes qui se mettent en place, etc. », dénonce Me Hannah Genin-Schmitte, avocate de l’ex-surveillante.
Erika a également été radiée à vie de l’administration pénitentiaire. Elle a coupé tout contact avec le détenu. Aujourd’hui, la jeune femme réalise à quel point les conséquences sont lourdes. « Mon uniforme me manque. Et me dire que je ne pourrai plus jamais exercer, ça frustre. Il n’y a même pas de la colère parce que la colère, je l’ai qu’envers moi », conclut-elle. Selon l’administration pénitentiaire, sur 30 000 surveillants, 40 % sont des femmes et les sanctions disciplinaires les concernant restent très minoritaires.
Source:
www.franceinfo.fr





