Le 15 août 2014, entre midi et 15 heures, la quasi-totalité des hommes et des garçons pubères de Kocho, un village yézidi posé sur une plaine poussiéreuse au pied des monts Sinjar, en Irak, berceau historique de cette communauté ancestrale, ont été exécutés par des hommes en armes venus des villages arabes voisins qui portaient le drapeau noir de l’organisation Etat islamique (EI). Dans les heures qui ont suivi, l’ensemble des femmes, des jeunes filles et des enfants ont été emmenés dans des camions, puis triés en fonction de leur âge pour être réduits en esclavage.
En quelques heures, la vie avait déserté ce village de 1 200 habitants. Plus du tiers de sa population – 422 hommes et adolescents et 86 femmes âgées – a été assassiné ; les femmes et les filles considérées comme anatomiquement matures ont été vendues, dès l’âge de 9 ans, comme esclaves sexuelles, tandis que les garçons étaient convertis à l’islam et enrôlés de force. Le massacre de Kocho, le plus meurtrier de tous ceux perpétrés par l’EI dans 81 villages des monts Sinjar en ce mois d’août 2014, inaugurait le 74e firman (génocide) des yézidis, selon le macabre décompte transmis de génération en génération par ce peuple persécuté depuis des siècles.
Samih Taha est l’un des survivants de cette tuerie de masse, point de départ du vaste plan d’extermination de cette minorité religieuse orchestré par la hiérarchie de l’EI. Il fait partie des 19 hommes de Kocho à avoir réussi à s’enfuir. Il avait 17 ans. Il a vu le canon du fusil M16 se lever pour l’exécuter, tandis qu’il était aligné avec une trentaine de villageois, puis, en se retournant, les cadavres entassés dans une fosse commune derrière lui, et il a couru.
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Source:
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