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Hausse du prix du carburant : "La seule possibilité, c'est le blocage du prix à 1,80 euro", estime Manon Aubry, députée européenne LFI

Manon Aubry, députée européenne (LFI), était l’invitée des 4V sur France 2, jeudi 16 avril.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.

France Télévisions : Le Premier ministre a promis une solution pour que les boulangers puissent travailler le 1er mai, dès cette année, les boulangers, et uniquement les boulangers, puisqu’il a refusé l’examen de la loi pour ouvrir davantage. Si les boulangers pouvaient ouvrir le 1er mai et embaucher un salarié, est-ce que ce serait grave ?

Manon Aubry, députée européenne (LFI) : J’observe d’abord que le gouvernement a reculé et c’est une première victoire des travailleurs, des syndicats qui sont mobilisés, qui portent l’effort autour de l’histoire du 1er mai, qui est un jour de lutte pour les droits des travailleurs, qui est né en 1889 à Chicago et qui a permis de nombreuses conquêtes sociales dans notre histoire. C’est le seul jour de l’année qui est chômé et payé. Il n’y a aucune raison que ça change. Le problème, c’est qu’au début, vous commencez avec les boulangers, et puis après, c’est un peu comme le travail du dimanche, petit à petit, ça s’étend à tout le monde. Petit à petit, ce n’est pas payé davantage. J’estime, comme l’ensemble des syndicats d’ailleurs, que ce jour doit être sacralisé, y compris pour les boulangers. Les boulangers peuvent ouvrir. Ils ne peuvent embaucher personne parce que les salariés sont protégés par le droit du travail. Mais si un patron veut ouvrir, il peut ouvrir. C’est Gabriel Attal, qui portait ce projet de loi. Pour moi, c’est vraiment le projet de loi qui est né avec la volonté de faire travailler des salariés lors du 1er mai, et c’est issu de quelqu’un qui n’a jamais connu le monde du travail, qui n’a connu que le 6e arrondissement et qui, je pense, ne connaît rien en réalité des travailleurs.

Mais si des boulangers ou des fleuristes ouvrent et font travailler quelqu’un, est-ce que vous souhaitez qu’il soit poursuivi ?

Il y en a eu, je crois, trois qui ont été poursuivis l’année dernière. Vous voyez que c’est relativement marginal et que l’enjeu, c’est de protéger ce 1er mai comme un jour qui est chômé et payé.

Vous souhaitez un blocage du prix des carburants. Je crois que vous avez dit 1,70 euro pour le super, 1,80 euro pour le gasoil. Comment ça fonctionne ? Parce que le pétrole est plus cher que ça sur le marché. Comment on fait d’un prix plus cher un prix moins cher ?

Il y a deux étapes dans la vente du pétrole. Il y a la dernière étape qui est l’étape de vente, et il y a l’étape en amont qui est l’étape du raffinage. Et c’est cette étape-là sur laquelle les entreprises pétrolières font le plus de profit. Les quatre principales entreprises pétrolières sont passées de 14 euros sur la tonne à 101 euros sur la tonne de marge, et donc, si on bloque ces marges-là, c’est de cette manière-là que vous allez pouvoir, derrière, bloquer le prix de l’essence.

Là, aujourd’hui, ça doit être à peu près 2,20 euros. On peut arriver à un gasoil à 1,80 euro, gagner 40 centimes par litre juste en prenant les marges des raffineurs.

Je vous donne un exemple très concret, qui est celui de Total, qui, depuis un mois, a fait plus d’un milliard d’euros de profit, parce que le pétrole qu’ils ont vendu depuis un an, en réalité, c’est du pétrole qu’ils ont acheté avant le début de la crise et donc qu’ils n’auraient jamais dû vendre à ce prix-là. Le blocage des prix, c’est pensé comme une mesure évidemment court-termiste, le temps que le prix des marchés redescende. Mais c’est une urgence sociale pour des millions de gens. Il faut qu’ils sachent qu’aujourd’hui, une majorité des groupes politiques, du Parti socialiste jusqu’à l’extrême droite, se refusent à bloquer les prix, et protègent les intérêts des grandes entreprises pétrolières. Ce n’est pas un hasard si un certain nombre de députés possèdent des actions dans des entreprises pétrolières, c’est le cas de Total.

Vous accusez les députés de conflit d’intérêt ?

Tout à fait. Vous avez des députés comme des députés macronistes, il y en a 15 en tout, c’est déjà apparu dans la presse, qui ont des actions dans des groupes pétroliers. Et si vous avez des actions dans des groupes pétroliers […], vous n’avez pas intérêt à bloquer les prix des produits de première nécessité, vous n’avez pas intérêt à bloquer le prix de l’essence, et vous n’avez pas intérêt à ce que le cours de l’action de Total baisse. J’observe que face à la situation aujourd’hui que l’on a, la seule possibilité, la seule proposition, c’est le blocage du prix à 1,80 euro, et je regrette qu’on soit les seuls à le proposer.

La loi Yadan sera discutée vraisemblablement vendredi 17 avril à l’Assemblée nationale. Elle dit ceci en son article 437-1 : « Le fait de provoquer directement ou indirectement la destruction ou la négation d’un État est puni de cinq ans d’emprisonnement. » Qu’est-ce qui, dans cette formulation, vous empêcherait de critiquer, même sévèrement, même violemment, Netanyahou, ses ministres, sa politique, la colonisation ?

Alors, vous avez lu un des articles, il y en a quatre. Je remets en contexte la loi. L’objectif de la loi est problématique à trois égards et je vais couvrir également cet article, ne vous inquiétez pas. Premier problème, c’est que ça crée un délit d’opinion. Dans le premier article, si ma mémoire est bonne, vous avez une notion d’un délit implicite, et donc implicitement encourager à faire l’apologie du terrorisme.

Vous savez très bien que cet implicite sera discuté à l’Assemblée nationale, qu’il peut y avoir un amendement.

La notion d’implicite n’existe pas dans le Code pénal. Aucun juge ne pourra déterminer clairement ce qu’il y a dedans. Deuxième problème, c’est que dans cette loi, on associe tous les Juifs de France à l’État d’Israël. L’exposé des motifs, pour un législateur, c’est ce qui explique la loi. C’est ce qui donne l’intention de la loi pour le juge derrière.

Qu’est-ce qui empêche, dans cette formulation, de critiquer la politique ?

J’y arrive. Il y a un paradoxe, d’ailleurs, c’est que Mme Yadan, qui est rapporteure de cette loi, nie l’existence de l’État de Palestine. L’État de Palestine est reconnu par la République française et donc on voit même qu’il est contre-productif dans l’objectif qui est posé par Mme Yadan. Vous voyez bien que cette loi est floue. Elle a un objectif, c’est de créer un délit d’opinion.

Est-ce qu’on est d’accord qu’elle n’empêche pas de critiquer même durement la politique de l’État d’Israël ?

Si vous critiquez durement la politique de l’État d’Israël et que vous dites, par exemple, qu’il faut qu’il y ait un État palestinien et que les Palestiniens ont le droit de résister à la colonisation, pour avoir dit cette phrase-là, si demain la loi Yadan est adoptée, je peux être poursuivie en justice. Vous trouvez ça normal qu’aujourd’hui on crée un délit d’opinion dans notre pays ? Toutes les associations, y compris la Commission nationale consultative des droits humains, disent que ça crée un délit qui est flou, qui est absolument arbitraire. Et ce n’est pas un hasard s’il y a 700 000 citoyens qui se sont mobilisés contre cette loi, de la même manière où un million de citoyens ont signé une initiative citoyenne européenne pour suspendre l’accord d’association. Vous voyez, toutes les voix qui défendent aujourd’hui la cause palestinienne sont critiquées et pointées du doigt, et c’est aussi pour ça qu’on s’y oppose.

Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien en intégralité


Source:

www.franceinfo.fr

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