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AccueilCultureLivres & LittératureDominique Fernandez : portraits d’écrivains et souvenirs du monde littéraire

Dominique Fernandez : portraits d’écrivains et souvenirs du monde littéraire

« Je n’évoquerai que celles et ceux qui nous ont quittés ; plus deux personnages qui n’ont rien écrit mais ont occupé le devant de la scène littéraire ; enfin un grand compositeur de musique, familier d’écrivains et féru de littérature. L’autre condition pour faire partie de cette galerie est que nous ayons échangé de longues années, dix ans au moins, de rencontres, de discussions, d’émotions ; partagé des valeurs essentielles ; parfois voyagé ensemble ; que soit née entre nous une amitié forte et durable, au-delà de la simple camaraderie littéraire. »

Tant de créateurs figés dans leur légende s’animent ici sous nos yeux que ce livre d’hommage, d’une encre classique magnifique d’élégance et de précision, qui ravira tout lecteur curieux du patrimoine littéraire dont nous sommes les héritiers. 

À vous, troupe légère (Grasset) présente une galerie d’instantanés de figures côtoyées par l’auteur qui nous invite à l’accompagner au fil de ses amitiés dans le monde littéraire et artistique. Son travail approche celui de l’archiviste et de l’historien. Il y a des attitudes, des conversations, des moments de complicité, des récits de voyage, au gré des joies et des peines, des honneurs et des revers, où se révèlent ses chers disparus palpitant de vie. Et aussi des paysages, des œuvres d’art, et des destins croisés.

Apparaissent dans l’ordre dans la vie de l’auteur, vingt chapitres révélant vingt visages, et donc, vingt rencontres déterminantes : Marguerite Duras, Darius Milhaud, François Mauriac, Le cercle de la NRF (Jean Paulhan, Georges Lambrichs, André Pieyre de Mandiargues, Marcel Jouhandeau, Eugène Ionesco, Robert Abirached, Pierre Oster, Marcel Arland, Dominique Aury, France Ermin), Alberto Moravia, Yves Berger, Jean-Claude Fasquelle, Le cercle des écrivains romains (Carlo Levi, Giorgio Bassani, Mario Praz), Ungaretti et Pasolini, Leonardo Sciascia, Gala Barbisan, Angelo Rinaldi, Frédéric Mitterrand, Milan Kundera, Michel Tournier, Edmonde Charles-Roux, Jorge Amado, Anne Wiazemsky, Hélène Carrère d’Encausse, Yves Pouliquen.

Chaque chapitre découvre une personnalité, un voyage, un échange. Fernandez présente ici des fragments d’autobiographie. Ou plutôt faut-il y lire ce que ses relations, avec lesquelles il a entretenu des liens plus que cordiaux, révèlent de lui.

On notera la présence de nombreux amis italiens, car l’Italie est une des patries de cœur de Dominique Fernandez.

J’ai bien aimé les chapitres consacrés à la Russie, à Marguerite Duras, à François Mauriac puis la façon dont sont racontées les candidatures à l’Académie Française de Jean Paulhan, et Marcel Arland. Lui-même, Fernandez, raconte que ce sont des gens comme Florence Delay ou Angelo Rinaldi qui l’ont incité à en briguer les suffrages. Jusqu’à son élection.

Il rappelle qu’un écrivain est toujours seul, entouré de ses livres. Et que le réel n’est qu’à l’intérieur de soi.

Très bon livre feuilletonnesque dont on savoure les fragments de vie selon son bon vouloir.

En 1960 et dans les années qui suivirent, lors de plusieurs séjours à Rome, j’ai eu la chance de pouvoir fréquenter, grâce à Moravia autour duquel ils gravitaient, parmi les plus importants écrivains italiens, dont beaucoup sont devenus des amis. De son logis situé dans les bambous du parc de la villa Strohl Fern qui surplombe la place Du Peuple, descendait, bonhomme et majestueux, Carlo Levi. L’auteur du Christ s’est arrêté à Eboli habitait un atelier, car il se voulait peintre avant d’être écrivain. Autant ses livres sont enchanteurs, autant ses tableaux de paysans, de travailleurs, me paraissaient relever d’un pesant réalisme socialiste. La chronique de son exil en Lucanie, où Mussolini l’avait envoyé au confino, puis les récits de ses voyages en Sicile, en Sardaigne, en Russie, témoignent d’une extraordinaire facilité d’empathie poétique avec les hommes et les femmes qu’il rencontrait. Il écrivait comme il parlait. On pouvait écouter pendant des heures sa faconde. Il avait l’éloquence juive des conteurs orientaux. Dans sa bouche, les misérables du sud de l’Italie, les bergers de Sardaigne, les mineurs de Sicile, les prolétaires soviétiques se teignaient de couleurs chatoyantes, jusqu’à ressembler à des personnages des Mille et Une Nuits.

 

Extrait : Le cercle des écrivains romains Carlo Levi, Giorgio Bassani, Mario Praz

Dès l’enfance, je dois l’avoir connue, car elle faisait partie de la mythologie familiale. Elle me raconterait plus tard que, lorsqu’elle et sa sœur aînée Cyprienne, jeunes filles de bonne famille, venaient de Marseille à Cassis se baigner et prendre le soleil, leur gouvernante les mettait en garde contre un bel homme, de blanc vêtu, à la noire chevelure gominée, que sa réputation de séducteur rendait des plus dangereux pour leur vertu. Elle leur défendait de passer à sa portée, de porter les yeux sur lui, de se laisser dévisager, de répondre à ses saluts. Cet homme, c’était mon père, dont je possède une photo révélatrice. Etendu sur une chaise longue au fond de la calanque, dans un costume blanc, il feint de lire le journal, tout en lorgnant les jolies baigneuses venues se rafraichir dans la mer ou somnoler sous leur ombrelle.  Extrait : Edmonde Charles-Roux

 

Par Christian DorsanContact : contact@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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