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Audiobook : Spotify impose l’abonnement, les auteurs réclament des comptes

L’essor de l’audiobook par abonnement relance au Royaume-Uni une question plus ancienne que la vague du streaming : comment rémunérer correctement l’écriture quand l’accès illimité devient l’argument commercial central.

Le débat s’est durci avec l’installation de Spotify dans le livre audio, tandis que les auteurs réclament davantage de transparence sur la façon dont les écoutes se transforment, ou non, en revenus.

L’abondance d’usage ne garantit pas la juste part

Comme le relève The Guardian, Spotify affirme avoir versé « des dizaines de millions » aux ayants droit depuis l’intégration de quinze heures d’écoute dans son abonnement Premium. La plateforme défend un modèle fondé sur les titres effectivement écoutés et sur la durée d’écoute. Mais la Society of Authors dit rester préoccupée par l’opacité des accords conclus et par l’effet réel de ces offres sur les revenus des écrivains.

L’organisation professionnelle ne conteste pas la progression de l’audio. Elle conteste l’idée selon laquelle la croissance d’un usage suffirait à prouver l’équité de sa redistribution et pose une question décisive : s’agit-il de ventes additionnelles, ou d’un déplacement de valeur depuis d’autres circuits, notamment Amazon et le téléchargement unitaire, sans bénéfice net pour les auteurs ?

D’ailleurs, la SoA demande que les recettes liées à Spotify apparaissent séparément sur les relevés de droits, afin que les auteurs puissent mesurer l’impact concret du dispositif.

La bataille du relevé de droits

Cette inquiétude n’a rien de théorique. Dans une ressource publiée en avril 2025, la Society of Authors explique que la croissance du livre audio constitue un motif de satisfaction, mais qu’elle oblige aussi à « interroger les modèles de paiement » et à examiner l’équité du paysage qui se met en place. Le syndicat y présente l’abonnement à la demande comme un basculement structurel, non comme un simple canal supplémentaire.

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Le contexte rend ce débat encore plus sensible. Les revenus tirés des audiobooks pour les éditeurs britanniques ont progressé d’environ un tiers entre 2023 et 2024, ce qui confirme le poids grandissant de ce format dans l’économie générale du livre. Autrement dit, le litige ne porte pas sur une pratique marginale : il touche désormais une activité devenue centrale pour les groupes éditoriaux, les plateformes et les détenteurs de droits.

Dans ce cadre, la promesse d’accessibilité change de sens. Le streaming facilite l’entrée dans les catalogues, allonge les temps d’écoute et installe le livre parmi d’autres contenus par abonnement.

Or, plus l’accès se banalise, plus la valeur unitaire du texte risque de se dissoudre dans un calcul opaque, négocié entre plateformes et éditeurs, puis répercuté en bout de chaîne. C’est précisément ce point que vise la Society of Authors lorsqu’elle réclame des comptes distincts et une meilleure lisibilité contractuelle.

Le précédent musical hante déjà l’édition

Le parallèle avec la musique, sans être parfait, pèse sur toutes les discussions. La question n’est pas seulement le volume global reversé, mais « l’effet tangible sur les poches des auteurs ». Traduite en termes éditoriaux, l’équation est brutale : davantage d’écoute ne vaut progrès que si la remontée financière demeure intelligible, vérifiable et suffisamment rémunératrice.

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Pour l’édition britannique, l’enjeu dépasse donc la seule querelle tarifaire. Il concerne la capacité de la filière à empêcher qu’un format en expansion rapide se construise sur une rémunération secondaire, diluée dans des licences globales que l’auteur ne maîtrise ni dans leur négociation ni dans leur lecture comptable. À mesure que l’audio devient indispensable, la bataille porte moins sur l’adoption du modèle que sur ses règles de partage.

L’Europe a réponse à tout 

Au niveau européen, cette situation risque de se corser pour les audiobooks, suite à la décision récente de la Cour de justice (affaire C-496/24) qui porte justement sur le statut juridique des copies « hors ligne » réalisées par les services de streaming. Netflix et Spotify sont donc en tête de liste.

Lorsque vous téléchargez un contenu dans une application pour l’écouter ou le regarder sans connexion, une copie temporaire est créée sur votre appareil. La question juridique était la suivante : ces copies peuvent-elles être considérées comme des « copies privées », ce qui ouvrirait droit à une rémunération pour les ayants droit (comme c’est le cas pour les CD, clés USB, etc.) ?

La CJUE a tranché net et considéré que non, ces copies ne relèvent pas du droit de reproduction (article 2 de la directive InfoSoc), mais du droit de communication au public (article 3). Et même si on les considérait comme des reproductions, elles ne rempliraient pas les critères de la copie privée, car : l’utilisateur ne contrôle pas réellement la copie et le fichier reste enfermé dans l’application.

En outre, le titulaire des droits garde la maîtrise complète, mais surtout l’usage est strictement limité par le service. Aux Pays-Bas, un système mis en place en 2018 prévoyait de percevoir des millions d’euros de compensation pour ces copies hors ligne. Un modèle que la décision de la CJUE invalide totalement, attendu qu’il n’existe pas de base juridique pour ces prélévements.

Crédits photo : Focal Foto CC BY SA 4.0

Par Clément SolymContact : cs@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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