Le printemps est là, parfois les vacances et bientôt les ponts de mai. Entre deux promenades ou en déplacement, voici quelques séries que vous aurez plaisir à rattraper. Elles rappellent toutes qu’il ne faut pas se fier aux apparences car elles peuvent être trompeuses.
« Paradise » : leur monde à eux
Le meurtre d’un président des États-Unis – le séduisant Cal Bradford à qui James Marsden prête ses traits– est toujours une situation délicate. C’est le point de départ de la série Paradise, dont la deuxième saison vient de s’achever et qui est déjà renouvelée pour une troisième. Le principal suspect dans cette affaire n’est autre que son garde du corps, Xavier Collins interprété par Sterling K. Brown (This is us), en qui il avait une confiance absolue. Dans le sillage du président, Sinatra, une inquiétante milliardaire incarnée par Julianne Nicholson : la femme d’affaires, qui a fait fortune dans la tech, n’est pas étrangère à l’ascension politique de Cal Bradford. Et Xavier Collins a assisté à leur dernier échange.
Peu à peu, grâce à de nombreux flashbacks, Paradise dévoile l’envers du décor (au sens propre du terme) et comment le pouvoir politique peut être instrumentalisé par le monde de l’argent. La fortune des milliardaires semble les rendre prisonniers de leurs propres traumas, au point d’imposer des solutions particulières. La dystopie de Dan Fogelman, qui a débarqué sur Disney en 2025, est un projet vieux d’une quinzaine d’années. À l’origine de la série, une question : que feraient tous ceux qui entourent des gens puissants face à une menace qui les poussent à choisir entre les leurs et leur loyauté professionnelle ? Sterling K. Brown, à qui Dan Fogelman a fait de nouveau appel après leur collaboration dans This is us, est formidable dans cette partition. Elle le fait naviguer entre loyauté professionnelle, contraintes familiales (celle d’un père et d’un mari) et une forme de responsabilité sociale et sociétale, celle qui incombe à tout un chacun au nom de notre humanité commune face à toute forme d’aliénation. Se choisir parce que l’on en a la capacité financière ou matérielle ou se choisir tout en prenant compte des besoins de sa communauté : c’est l’une des problématiques de Paradise qui tient véritablement en haleine pour ses deux premières saisons. D’autant que le monde décrit par la fiction ressemble étrangement à la réalité. En regardant Paradise, on ne peut s’empêcher de penser à la photo de ces milliardaires de la tech entourant le président américain Donald Trump lors de son investiture.
« Heated Rivalry » : je t’aime, moi non plus
Imaginez les capitaines de deux équipes nord-américaines de hockey qui s’affrontent régulièrement sur le terrain mais qui, sur le plan personnel, semblent hautement s’apprécier. Sur une décennie, on suit Shane Hollander des Montréal Métros et Ilya Rozanov des Boston Raiders batailler sur la glace et combattre ensuite leur attraction mutuelle. D’autant que leur orientation sexuelle n’est pas un atout dans leur sport ni dans le pays d’origine d’Ilya, la Russie. La série est adaptée du deuxième tome, Heated Rivalry, de la saga littéraire Game Changers, récits de romances homosexuelles dans le milieu du hockey, signés Rachel Reid. Le Canadien Hudson Williams et l’Américain Connor Storrie, qui offre un superbe accent russe à Ilya, sont sublimes dans cette torride mais attachante romance sportive. Leurs personnages sont taquins – la vanne est permanente entre les deux sportifs qui n’oublient jamais vraiment qu’ils sont des adversaires sur la glace –, gouailleur pour Ilya, hésitant pour Shane et perclus de doutes. Les deux hommes restent également attentifs à leurs sentiments et à ceux qui les entourent.
La réalisation fine de Heated Rivalry souligne à la fois l’érotisme de la relation et le sentiment amoureux qui s’installe progressivement entre Hollander et Rozanov. La mise en scène, elle, est rythmée par le calendrier sportif des héros. Elle alterne magistralement la vie au grand jour sur le terrain, marquée par la blancheur de la glace, et les moments volés dont l’intimité semble être protégée par une photo plus sombre. La bande originale, truffée de nombreux titres francophones, est entraînante et ajoute au caractère survolté de cette passionnante idylle. Heated Rivalry vient d’être renouvelée pour une deuxième saison sur HBO Max. Dans la saga de Rachel Reid, deux autres tomes sont consacrés à la relation entre Hollander et Rozanov.
L’assassinat de Nancy (Kate Mara) plonge ses deux meilleures amies, Eleanor (Kerry Washington) et Mary (Elisabeth Moss) dans l’horreur et l’incompréhension totale, persuadées qu’elles savaient tout l’une de l’autre et surtout qu’elles pouvaient toujours compter sur ce trio amical qui se pensait fusionnel. Les huit épisodes de la série en cours de diffusion sur Apple Plus racontent l’étendue des secrets qu’il peut y avoir entre des êtres qui pensent bien se connaître. À chaque nouvelle révélation, on tombe des nues tout en réalisant que la catastrophe était imminente, voire prévisible.
Imperfect Women plonge dans l’intimité sordide de ses protagonistes, des désirs inavouables que l’on porte en soi et des couleuvres que l’on avale pour faire bonne figure. La série est adaptée du roman éponyme de l’Américaine Araminta Hall. C’est Elisabeth Moss (The Handmaid’s Tale) qui a acheté les droits du livre. La comédienne co-produit la série,avec Kerry Washington, la mémorable Olivia Pope, l’héroïne de Scandal. Imperfect Women est aussi une exploration inattendue de la fragilité économique des femmes, notamment dans le mariage et les microviolences qui en découlent. Au total, la série combine agréablement glamour et suspens.
« Bandi »: jamais sans ma famille
A table, leur mère brûlait l’argent si elle soupçonnait qu’il provenait de la drogue. Son leitmotiv : « L’argent de la drogue, c’est pas notre vie ». Mais à la disparition de cette femme potomitan (« pilier central » en créole), le trafic de stupéfiants devient une option incontournable pour la survie d’une fratrie composée de 11 enfants, âgés de 7 à 25 ans. Notamment pour Kingsley (King) et Kylian (Kiki). Le dernier, sous ses airs de gentil adolescent de 16 ans, est l’un des caïds du trafic de drogue sur cette splendide île de la Martinique. Eric Rochant, le créateur du Bureau des légendes, s’est associé à sa fille Capucine Rochant pour créer cette série qui s’appuie sur une réalité sociale dans les Antilles. L’île subit la violence des dealers, souvent des jeunes sans horizon qui trouvent dans la vente de substances illégales une source de revenus rapide pour régler une multitude de problèmes, y compris ceux des leurs.
Pour cette première série Netflix produite en Martinique, Eric Rochant retrouve Jonathan Zaccaï (Le Bureau des légendes), l’un des rares acteurs professionnels d’une distribution qui repose sur de jeunes acteurs dont Bandi est la première grande expérience. La série s’articule autour de la double vie de Kylian. Les huit épisodes de la série répondent à sa préoccupation majeure : celui de ne pas mêler les siens à sa dangereuse entreprise. Peine perdue surtout quand King, qui tente de se faire une place dans le business de la drogue, est dans les parages. On s’attache à la famille Lafleur embarquée par deux des siens, de jeunes adultes qui tentent de survivre dans la cour des grands, dans le cycle de la violence. Les Lafleur survivront-ils à tous les dangers qui se profilent ? La curiosité est le fil d’Ariane pour s’aventurer dans Bandi dont les protagonistes rappellent parfois une bande de Pieds nickelés. Djody Grimeau, qui incarne Kylian, est une véritable révélation et ses partenaires donnent chaleureusement chair à son attachante famille. Une famille qui fait penser à celles de Games of Thrones dont l’un des personnages avait déclaré en commettant le pire : « Things we do for love » (Ce que l’on fait par amour). Bandi, lancée sur Netflix le 9 avril, fait un carton sur la plateforme.
« Un très mauvais pressentiment » : mariage en rouge sang
Dans cette série horrifique qui a débarqué le 26 mars sur Netflix, le titre sonne comme une promesse. Rachel, qui s’apprête à épouser Nicky auprès de son extravagante famille dans leur chalet isolé au milieu des bois, sait bien que quelque chose ne va pas. Quelque chose de terrible va arriver. Toute la question est de comprendre quoi.
Produite par les créateurs de Strangers Things et réalisée en partie par Weronika Tofilska à qui l’on doit le dérangé Mon Petit Reine, cette mini-série de 8 épisodes choisi l’horreur, l’angoisse et le gore pour explorer les tréfonds des relations hétérosexuelles. Si elle souffre de pirouettes scénaristiques parfois un peu faciles, Un très mauvais pressentiment brille surtout par son ambiance parfaitement détestable.
Personne n’a envie de rejoindre cette famille, ni même d’assister à ce mariage. Pourtant on regarde jusqu’au bout la série et on se délecte de la noirceur ambiante. Camila Morrone, qui incarne Rachel, nerveuse et pourtant lucide dans sa paranoïa, est la véritable révélation de cette série. Aperçue jusqu’alors dans quelques films du cinéma indépendant américain (Mickey and the bear, 2019) et la série Daisy Jones and The Six (Prime Video, 2023), il ne fait aucun doute qu’elle saura se faire une place grandissante à Hollywood.
« Apparences » : les eaux troubles de la chirurgie esthétique
Apparences est une série policière en quatre épisodes réalisée par Emilie Grandperret, diffusée sur France 2 et sur la plateforme France.tv depuis le 25 mars 2026. Elle démarre avec la découverte du corps, affreusement mis en scène, d’un chirurgien esthétique, le Dr Belmont, sur le parking d’une clinique bordelaise où il exerce avec ses deux amis et associés. La capitaine chargée de l’enquête (Léonie Simaga) réalise avec stupéfaction qu’elle connaît la victime mais n’en souffle mot. Le médecin assassiné est l’homme qui lui a redonné un visage il y a plusieurs années après une violente agression. Elle suspecte rapidement Jessica Valoire (Léa Leviant), une jeune femme partiellement défigurée suite à une intervention du Dr Belmont.
Mais n’est-elle pas une coupable trop idéale ? Incarnée par Hélène de Fougerolles, une journaliste d’investigation capée et altruiste va aussi mener son enquête et plonger dans les eaux troubles de la chirurgie esthétique, univers qui vend du rêve mais tourne parfois au cauchemar. Un suspense plutôt bien mené avec les chausse-trappes nécessaires à ce type d’intrigue, doublé d’une réflexion sur les injonctions (et non les injections) à une beauté normée entretenues par les réseaux sociaux. Celles qui poussent des personnes de plus en plus jeunes à recourir à la chirurgie esthétique, dans l’espoir vain d’y trouver le remède à leur mal-être.
« Privilèges » : la liberté à tout prix
Dans le cadre d’un programme qui permet à des détenus de jouir d’une semi-liberté, Adèle interprétée par Manon Bresch, rejoint un palace parisien, Le Citadel. Elle suinte le désespoir et c’est ce que le patron du luxueux hôtel, Edouard incarné par Melvil Poupaud, perçoit en elle. Il compte bien en profiter. Mais Adèle a-t-elle les codes pour se sortir de ce monde de requins qui sévissent dans ces endroits où tout semble briller de mille feux ? A priori, non. Manon Bresch est flamboyante dans cette série actuellement diffusée sur HBO Max. À tel point que l’on se demande parfois si Adèle n’est pas trop désespérée. Les incommensurables risques qu’elle prend pour échapper à une prison où ses écarts risquent pourtant de la renvoyer, finissent par rendre fébrile. Le premier épisode de la série en laissera plus d’un bouche bée. En prime, Privilèges est une incursion dans la vie d’un palace. On y croise notamment un jeune joueur de foot incarné par Mamadou Sidibé, jeune comédien qui porte admirablement la série inspirée du film de Jacques Audiard, Un prophète.
Source:
www.franceinfo.fr





