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AccueilCultureLivres & Littérature“Défendre le livre c’est défendre la liberté de penser et de créer”

“Défendre le livre c’est défendre la liberté de penser et de créer”

Faire pack avec la filière du livre pour garantir notre liberté collective

Face aux turbulences croissantes qui agitent le monde de l’édition et l’ultime épisode que constitue l’affaire Grasset/Nora,

Face au sentiment de malaise persistant, au-delà des ferronneries du Grand Palais et alors que le Festival du Livre de Paris a fermé ses portes,

il est de notre responsabilité collective de réaffirmer des principes essentiels, au premier rang desquels le maintien de la diversité éditoriale.

Celle-ci n’est ni un luxe, ni un simple marqueur de vitalité culturelle. Elle constitue le socle même d’une société démocratique, capable de faire coexister des voix plurielles, parfois discordantes, toujours nécessaires.

En tant que président de L’Agence Unique, Occitanie Culture accompagnant les filières du livre, du cinéma et du spectacle vivant en Occitanie, je souhaitais rappeler ici, avec force, notre engagement en faveur de toute la filière du livre en région : auteurs/autrices, maisons d’édition, librairies indépendantes, diffuseurs, distributeurs, bibliothèques, manifestations littéraires et salons du livre. Chacun de ces maillons participe à un écosystème fragile, mais essentiel, qui garantit la bibliodiversité, permet la circulation des idées, la découverte de nouveaux imaginaires, et l’ancrage d’une culture vivante sur nos territoires (et au-delà).

L’Occitanie est riche de cette diversité. C’est d’ailleurs toute son histoire. Elle repose sur une multitude d’acteurs engagés, souvent indépendants, qui prennent des risques économiques et éditoriaux, soutiennent des écritures singulières et donnent leur place à des récits qui, autrement, resteraient invisibles.

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 Parmi les 250 maisons d’édition présentes en Occitanie, nous cultivons ce droit à la différence. De la maison d’édition Dépaysage dont le sujet est la littérature autochtone d’Amérique du Nord à la maison SUN/SUN qui édite des ouvrages singuliers, entre art contemporain et récits poétiques inclassables. Mais c’est aussi le cas de Vent Terral qui valorise langue et culture occitanes ou encore de Benjamins médiaqui fait du cousu main pour optimiser l’accessibilité de la littérature jeunesse, sans oublier une de nos références en matière de bande dessinée, Six Pieds sous Terre.

Défendre cette diversité, la Région Occitanie s’y emploie à travers son dispositif de soutien à la création éditoriale. Défendre cette création éditoriale, c’est aussi défendre une certaine idée de la liberté : celle de créer, de publier, de lire sans pression idéologique, ni enjeu purement économique…

Défendre cette diversité, l’État s’y emploie aussi via le CNL (Centre national du livre) et via la DRAC en particulier par la mise en œuvre du contrat de filière livre.

Les évolutions récentes du paysage éditorial interrogent profondément cet équilibre. Lorsque les logiques de concentration s’intensifient, lorsque certaines orientations idéologiques semblent prendre le pas sur l’exigence de pluralisme, c’est toute la chaîne du livre qui se trouve fragilisée. Si la vigilance était hier de mise, nous sommes désormais en guerre et il y a lieu non seulement de se défendre mais de contre attaquer.

En décembre 2021, j’avais signé aux cotés de Marion Mazauric, éditrice du Diable Vauvert et vice présidente de notre Agence une tribune intitulée STOP BOLLORÉ contre, entre autres, la fusion Hachette/Vivendi. Rappelons ici que la tentation hégémonique de ce monsieur dépasse le monde de l’édition et se retrouve avec les mêmes méthodes discutables et les mêmes effets dévastateurs dans le monde du cinéma et des médias presse/radio, appauvrissant l’offre et martelant la même idéologie mortifère. Nous assistons bien à la mise en pratique d’un plan d’action méthodique.

À titre plus personnel, je tiens à réaffirmer et à assumer ici mon engagement plein et total dans la lutte contre la banalisation et la diffusion des idées d’extrême droite.

Ce combat qui est aussi et depuis toujours celui de notre Présidente de région, Carole Delga. Pour cette raison et bien d’autres je suis fier d’être engagé à ses côtés depuis déjà cinq ans.

Ce combat est plus que jamais nécessaire quand la liberté d’expression et la liberté de création sont menacées. À Toulouse hier avec la mobilisation du parti Reconquête pour faire interdire des lectures par des drag-queens en médiathèque. À Vauvert aujourd’hui où le festival de jazz et une exposition photographique se retrouvent censurés par la mairie RN. À Carcassonne enfin où le Festival International du Film Politique se trouve en grande difficulté dans une ville désormais tenue par l’extrême droite…

Pour revenir au livre, des autodafés de l’Histoire au roman Fahrenheit 451, n’oublions pas qu’il ne s’agit pas d’un objet neutre : il est porteur de visions du monde. À ce titre, il peut éclairer, émanciper, mais aussi enfermer ou exclure. Nous avons collectivement la responsabilité de promouvoir des œuvres qui ouvrent, qui questionnent, qui enrichissent le débat public, plutôt que de céder à des logiques de repli sur soi ou de stigmatisation. Le livre est une arme d’émancipation massive… Et c’est bien là le problème pour d’aucuns.

Il ne s’agit pas ici de restreindre la liberté d’expression de ceux qui ne pensent pas comme nous, mais bien de défendre un cadre dans lequel cette liberté s’exerce avec exigence, avec responsabilité et conscience de ses effets. La diversité éditoriale est précisément ce qui permet d’éviter toute forme d’hégémonie intellectuelle ou culturelle.

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Dans ce contexte, le rôle des pouvoirs publics et des institutions culturelles est crucial. Soutenir les éditeurs indépendants, accompagner les librairies de proximité, encourager l’action des bibliothèques publiques et la création littéraire sous toutes ses formes : autant d’actions indispensables pour garantir un paysage éditorial riche et équilibré. La stratégie de la politique culturelle régionale et celle de l’État s’y inscrivent pleinement. Cofinancée par la Drac et la Région Occitanie, L’Agence Unique, Occitanie Culture est l’outil indispensable mis à disposition des professionnels pour garantir une bibliodiversité radieuse et exigeante.

Plus que jamais, nous devons faire bloc autour de la filière du livre. Non pas par réflexe corporatiste, ni par volonté de défendre un entre-soi, mais par conviction profonde que la culture, dans sa diversité, est LA condition de notre liberté collective.

Je continuerai donc de porter cette ambition avec détermination en Occitanie aux cotés des professionnels du livre.

J’ai pu d’ailleurs, au Festival du Livre de Paris, le confirmer chaleureusement aux nombreux auteurs et autrices régionaux présents, à nos amis des éditions du Diable Vauvert, Anacharsis et Verdier mais aussi au responsable de la Comédie du livre, le festival montpelliérain qui fait notre fierté et où nous nous retrouverons toutes et tous en mai…

Nous ne céderons rien, ni à l’uniformisation des voix, ni aux pressions idéologiques, car défendre le livre c’est défendre la liberté de penser et de créer. Libertés qui ne se négocient pas, que l’on doit conquérir et protéger chaque jour…

Jérôme Sion

­Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0

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Par Auteur invitéContact : contact@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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