Les bibliothèques aiment les chiffres qui circulent autant que les livres. En Grèce, l’OSDEL, organisme de gestion collective des œuvres de l’écrit, en a publié un plutôt flatteur : 876.885 emprunts recensés en 2025, contre 846.225 un an plus tôt. Soit 30.660 opérations supplémentaires et une hausse de 3,6 %, présentée comme la deuxième progression annuelle consécutive.
On pourrait s’en tenir là et saluer le retour des lecteurs. Ce serait oublier que le thermomètre, lui, reste capricieux. L’organisme avait sollicité 247 bibliothèques publiques, municipales, jeunesse ou communautaires. Ont répondu la Bibliothèque nationale de Grèce, 25 établissements publics, 54 municipaux et cinq structures destinées aux enfants : 85 contributeurs au total.
La couverture atteint 55,56 % parmi les bibliothèques publiques, 31,21 % pour les municipales et 16,67 % du côté des établissements jeunesse. La participation varie fortement selon les régions, plus soutenue en Macédoine occidentale et centrale, beaucoup moins ailleurs. Plusieurs équipes ont surtout reconnu qu’elles ne pouvaient ni extraire ni transmettre leurs statistiques. Un chiffre qui monte, donc, et un appareil de mesure qui tousse.
L’OSDEL estime qu’une extrapolation à l’ensemble des bibliothèques publiques et municipales porterait le volume national aux environs de deux millions de prêts en 2025, hors établissements scolaires et universitaires. L’ordre de grandeur est utile ; il ne saurait être confondu avec un décompte exhaustif.
Les romans raflent la mise
Les bibliothèques municipales concentrent 577.410 opérations, soit 65,85 % du total déclaré, contre 299.475 pour les établissements publics. Quant aux préférences, elles ne ménagent guère le suspense : la fiction adulte représente 389.638 sorties, ou 44,5 % de l’ensemble.
Suivent les romans pour la jeunesse, avec 152.688 emprunts — 17,4 % —, puis les albums illustrés pour enfants, à 120.276, soit 13,7 %. Les ouvrages scientifiques arrivent loin derrière, avec 61.343 opérations et 7 % du total. À elles seules, les trois premières catégories dépassent les trois quarts des usages enregistrés.
Lena Manta domine le classement des titres : ses ouvrages occupent les cinq premières places et seize positions parmi les cinquante livres les plus demandés. En tête, To spiti dipla sto potami — que l’on pourrait traduire par La Maison près de la rivière — suit cinq sœurs élevées par leur mère dans un village de l’Olympe, avant que leurs trajectoires ne les dispersent aux quatre coins de l’horizon. L’autrice n’est pourtant que deuxième au palmarès général des écrivains grecs, derrière Eugenios Trivizas et devant Rena Rossi-Zairi.
L’éditeur Psychogios règne avec une aisance comparable : 38 des 50 titres les plus empruntés portent sa marque. Il devance Metaichmio, Patakis, Dioptra et Livanis, dans un classement dont les dix premières places n’ont pas changé depuis 2024. Chez les auteurs étrangers, Jürgen Banscherus arrive premier, suivi d’Elisabetta Dami et Jeff Kinney. René Goscinny se classe quatrième, Agatha Christie dixième.
Le succès discret des fonds qui vieillissent
Les livres publiés au cours des cinq dernières années ne représentent que 24,5 % des transactions. La proportion est identique pour les parutions âgées de six à dix ans ; 18 % ont entre onze et quinze ans, 13,2 % entre seize et vingt ans, tandis que 19,8 % ont dépassé les deux décennies.
Belle fidélité aux ouvrages de fond ? Pas seulement. L’OSDEL souligne que les moyens consacrés aux acquisitions sont « extrêmement limités » et que les titres récents manquent sensiblement dans les collections. Autrement dit, l’âge des volumes empruntés traduit autant leur longévité que la difficulté des bibliothèques à renouveler leurs rayonnages.
Depuis la loi 4996/2022, le prêt public ouvre en Grèce droit à une rémunération annuelle de 350.000 €, répartie à 70 % entre les créateurs et à 30 % entre les éditeurs. ActuaLitté avait suivi l’adoption du texte, dont la mise en œuvre avait encore attendu la décision ministérielle organisant les versements.
Le 30 octobre 2025, l’OSDEL a annoncé une première distribution, rétroactive pour les années 2023 et 2024. Les ouvrages sont identifiés dans la base BookPoint, puis la répartition prend en compte leur nombre d’emprunts, leur pagination et leur prix. Les statistiques ne servent donc plus seulement à observer les pratiques : elles déterminent aussi la rémunération des auteurs, traducteurs, illustrateurs et maisons d’édition.
La qualité du relevé devient dès lors un enjeu financier très concret. Sur les 247 bibliothèques sollicitées pour l’exercice 2025, 162 n’ont pas fourni de données exploitables.
Crédits photo : Bibliothèque nationale
Par Clément SolymContact : **@********te.com
Source:
actualitte.com






