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Dua Lipa invite Gaël Faye, Patti Smith et Kae Tempest à Londres

Lorsque le Southbank Centre avait annoncé, au printemps, que Dua Lipa prendrait les commandes du London Literature Festival 2026, les contours de sa participation restaient encore flous. Le programme désormais publié permet d’en mesurer l’ampleur : la chanteuse britannique investira le Royal Festival Hall les 24 et 25 octobre et animera elle-même trois grandes conversations, tandis que son Service95 Book Club accompagnera plusieurs rencontres tout au long du festival. 

Le London Literature Festival s’inscrit cette année dans les célébrations du 75e anniversaire du Southbank Centre, héritier du Festival of Britain organisé en 1951. 

Zadie Smith, Mustafa et Patti Smith

Le premier grand rendez-vous conduit par Dua Lipa aura lieu le 24 octobre avec Zadie Smith. Leur conversation reviendra sur White Teeth (Sourires de loup, traduit de l’anglais par Claude Demanuelli, Gallimard), premier roman publié par l’écrivaine britannique en 2000, alors qu’elle avait 24 ans.

À travers les familles Jones et Iqbal, le livre racontait une société londonienne faite de migrations, de mémoires coloniales et d’identités entremêlées. 26 ans plus tard, la rencontre s’interrogera sur ce que seraient devenus ces personnages dans le climat politique contemporain, mais aussi sur la manière dont une autrice vit avec une œuvre qui a fixé très tôt sa réputation. L’échange sera enregistré pour le podcast du Service95 Book Club. 

Le même soir, Dua Lipa retrouvera le poète, chanteur et cinéaste soudano-canadien Mustafa autour de Nour, un recueil de poésie diffusé gratuitement en 2025. Son titre signifie « lumière » en arabe, et les textes abordent la foi, le deuil, l’amour et les gestes quotidiens du rituel. La discussion portera moins sur la promotion d’un ouvrage que sur les poèmes qui accompagnent une existence : Mustafa et Dua Lipa évoqueront leurs auteurs de prédilection, avec plusieurs lectures assurées par des invités.

La prise de contrôle du Royal Festival Hall s’achèvera le 25 octobre avec Patti Smith. La musicienne et écrivaine présentera Bread of Angels (Le Pain des anges, traduit de l’anglais par Claire Desserrey, Gallimard), récit autobiographique qui traverse son enfance dans l’Amérique de l’après-guerre, sa formation artistique, son émergence sur la scène punk, puis les années de retrait consacrées à sa famille.

La conversation devrait également aborder la place prise par l’écriture après les deuils qui ont marqué sa vie et la manière dont une œuvre permet de maintenir ensemble création, mémoire et liberté. Elle sera elle aussi enregistrée pour le podcast de Service95.

De la Palestine à l’Amérique de Trump

Le festival s’ouvrira, le 20 octobre, avec Michael Lewis, auteur de The Big Short (Le Casse du siècle, traduit de l’anglais américain par Fabrice Pointeau, avec la collaboration de Guy Martinolle, Sonatine, 2010), venu présenter Blockers: Rebels in the Deep State. Son nouveau livre raconte les premières semaines du Department of Government Efficiency, structure associée à Elon Musk au début du second mandat de Donald Trump, à travers les fonctionnaires qui ont tenté de résister aux suppressions et aux démantèlements administratifs. 

Le lendemain, Ta-Nehisi Coates et Tareq Baconi discuteront de la Palestine, de la liberté et de la décolonisation avec la journaliste Nesrine Malik. La rencontre accompagnera la parution en poche de The Message (Le Message, traduit de l’anglais américain par Karine Lalechère, Autrement, 2025), de Ta-Nehisi Coates, et présentera le nouvel essai de Tareq Baconi, What Now: On Palestine, Freedom, and Our Global Future.

Le rendez-vous, organisé en association avec Service95, entre en résonance avec les prises de position publiques de Dua Lipa. Signataire, dès 2023, de l’appel d’Artists4Ceasefire en faveur d’un cessez-le-feu, de la libération des otages et de l’acheminement de l’aide humanitaire, la chanteuse a expliqué que l’histoire de sa famille, contrainte de quitter le Kosovo pendant la guerre, la rendait particulièrement sensible au sort des populations déplacées.

Tout en condamnant les attaques du Hamas du 7 octobre et en déplorant les vies israéliennes perdues, elle a appelé à plusieurs reprises à un cessez-le-feu humanitaire à Gaza. En mai 2024, après les frappes sur Rafah, elle a de nouveau exprimé sa solidarité avec les Palestiniens.

Le 22 octobre, la lauréate du prix Nobel de la paix Nadia Murad présentera I Choose My Beginning: A Story of Activism and Courage. Rescapée du génocide des Yézidis et de l’esclavage sexuel organisé par l’organisation État islamique, elle y raconte non seulement les crimes qu’elle a subis, mais le travail nécessaire pour reconstruire une existence qui ne soit pas entièrement définie par le statut de victime. 

La fiction dite spéculative trouvera également sa place avec Hernan Diaz, prix Pulitzer pour Trust (Trust, traduit de l’anglais américain par Nicolas Richard, Éditions de l’Olivier, 2023), qui viendra présenter Ply. Situé dans un avenir profondément transformé, ce troisième roman mêle musique punk, vol d’électricité, expériences scientifiques et interrogation sur le capitalisme technologique. 

Les langues, les sons et la censure

Pour le lectorat français, l’un des rendez-vous les plus intéressants sera consacré à la littérature traduite. Le 28 octobre, Gaël Faye, Samanta Schweblin, l’écrivain suisse Nelio Biedermann et l’Indonésienne Intan Paramaditha liront et commenteront leurs textes. Le Southbank Centre présente cette rencontre comme une réponse au poids persistant de l’anglais dans l’édition britannique, alors même que les ventes de fiction traduite auraient progressé de 31 % entre 2016 et 2025 et que plus de la moitié de ces livres seraient achetés par des lecteurs de moins de 35 ans. 

Service95 et English PEN consacreront une rencontre aux formes contemporaines de censure, en donnant à entendre des textes visés et des témoignages d’auteurs, journalistes, musiciens et militants soumis à des pressions judiciaires, politiques ou militantes.

D’autres rendez-vous exploreront la langue comme matière sonore, avec Kae Tempest, Jacqueline Crooks, Omar Musa et Sufiyaan Salam, ou la manière d’écrire la vulnérabilité masculine, avec Caleb Azumah Nelson et Tomasz Jedrowski. Le festival s’achèvera enfin sur une conférence de Xiaolu Guo consacrée à la fiction à l’ère de l’intelligence artificielle.

En marge des rendez-vous portés par Dua Lipa, le festival maintient une programmation plus institutionnelle, centrée sur la poésie, l’ouverture sociale de l’édition et la jeunesse. Les Forward Prizes, les quarante ans de Poems on the Underground, la poésie somalienne britannique et la National Poetry Library y côtoieront des rencontres avec Alice Oswald, Kwame Dawes ou Max Porter.

D’autres événements mettront en avant des auteurs incarcérés ou anciennement détenus, des écrivains sous-représentés, les maisons indépendantes et les nouvelles voix distinguées par Wasafiri. La programmation jeunesse réunira notamment Katherine Rundell, Malorie Blackman, V. E. Schwab et une adaptation scénique de The Smeds and the Smoos, tout en ouvrant une réflexion sur les liens entre littérature et jeu vidéo.

Le programme présenté ici est celui publié au 31 juillet 2026 et reste susceptible d’évoluer d’ici l’ouverture du festival.

Une nouvelle star… du monde littéraire

La présence de Dua Lipa répond autant à un enjeu de visibilité qu’à une crise réelle de la lecture. Alors que 2026 a été proclamée National Year of Reading, les dernières données disponibles montrent qu’en 2025, seul un tiers des Britanniques de 8 à 18 ans déclarait aimer lire pendant son temps libre, 25 % des garçons, contre 39 % des filles. Le Southbank Centre mise donc sur la puissance de prescription d’une artiste suivie par des millions de personnes pour faire circuler les livres au-delà des réseaux habituels de la critique, des librairies et de l’université.

Le pari reste ambigu : la célébrité de la curatrice peut éclipser les écrivains, tandis que les grandes rencontres coûtent au moins 29 £, contre environ 17 pour des événements plus modestes. Plusieurs rendez-vous gratuits et retransmissions en ligne atténuent toutefois cette logique.

La présence de Dua Lipa ne surgit pas de nulle part. En 2023, l’artiste a créé le Service95 Book Club, prolongement littéraire de sa plateforme culturelle Service95. Chaque mois, elle choisit un livre, le présente à sa communauté et reçoit généralement son auteur dans un podcast. Le projet a également organisé des rencontres physiques, dont une étape parisienne en février 2026, construite autour d’un échange de livres et d’un atelier de céramique.

Ce dispositif rapproche Dua Lipa d’une tradition de clubs de lecture portés par des célébrités, d’Oprah Winfrey à Reese Witherspoon, en passant par Emma Watson, Florence Welch ou Natalie Portman. Service95 entend par ailleurs mettre en avant la littérature traduite, les lecteurs confrontés à la censure ou à l’incarcération, ainsi que des écrivains dont la diffusion demeure plus limitée dans le monde anglophone. La programmation londonienne reprend précisément ces orientations. 

À Porto, Dua Lipa a par ailleurs inauguré la Manifesto Library, une bibliothèque permanente consacrée aux livres censurés, contestés ou retirés de certaines institutions. Installée dans la Livraria Lello, elle réunit près de 100 titres sélectionnés avec le Service95 Book Club. Les ouvrages sont classés selon quatre axes : pouvoir, contrôle, voix et mémoire. La sélection rassemble notamment La Servante écarlate, Les Versets sataniques, Fahrenheit 451, Maus, Persepolis et La Couleur pourpre.

À LIRE – Ce club littéraire n’envoie que des livres autrefois interdits ou détruits

Elle aborde des thèmes comme le racisme, la sexualité, les identités LGBTQIA+, la violence politique et la mémoire collective. La Manifesto Library constitue la première déclinaison physique permanente du Service95 Book Club.

Crédits photo : Dua Lipa lors du 50e gala annuel des Chaplin Awards à l’Alice Tully Hall, en 2025 (PhilipRomanoPhoto, CC BY 4.0)

Par Hocine BouhadjeraContact : **@********te.com


Source:

actualitte.com

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