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Tchernobyl : la protection géante censée durer 100 ans n’assure plus pleinement sa mission

Tchernobyl, en Ukraine. Très peu de gens en avait entendu parler avant ce fameux 26 avril 1986 qui a marqué l’histoire nucléaire européenne.

Un essai mal conduit et c’est le drame. L’emballement est brutal. Le cœur du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire soviétique explose dans la nuit. En quelques secondes, la situation échappe à tout contrôle. Le bâtiment est béant et le corium, comme de la lave en fusion, laisse échapper des radionucléides. Les rejets radioactifs sont massifs.

L’urgence après l’accident

En France, l’information circule. Mais l’ampleur de la catastrophe qui vient de se jouer n’est pas comprise immédiatement. Les autorités soviétiques, elles, s’activent. Elles envoient sur place des « liquidateurs » qui, au péril de leur vie, vont pallier l’urgence. Moins de huit mois plus tard, un « sarcophage » d’acier et de béton enveloppe le réacteur éventré.

Personne ne croit qu’il suffira à empêcher la radioactivité de s’échapper davantage du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Il n’est pas réellement fait pour ça d’ailleurs. Mais il doit au moins permettre de contenir les débris et les poussières hautement contaminées, de réduire les infiltrations d’eau et d’éviter des dégradations structurelles qui pourraient favoriser de nouveaux rejets dans l’environnement.

Un simple pansement d’urgence, donc. Et qui ne tiendra finalement pas les 30 ans espérés à l’époque. Rapidement, l’édifice se dégrade. Des fissures apparaissent et la menace d’effondrement devient réelle. Alors que plusieurs milliers de tonnes de matière hautement radioactive se trouvent encore dessous. De la radioactivité s’échappe de nouveau. La communauté internationale se mobilise. Dans un premier temps, on stabilise le sarcophage. Puis, l’idée d’un nouveau confinement se concrétise.

Une arche pour protéger et plus encore

Les experts l’appellent le New Safe Confinement (NSC). Il faudra attendre 2016 pour sa mise en place effective. Une arche métallique qui pèse deux fois et demie la tour Eiffel. Une structure immense de plus de 160 mètres de long et 105 mètres de haut pour une portée de presque 260 mètres. Pas moins de 36 000 tonnes au total. Conçue pour durer 100 ans, elle est scellée au-dessus de l’ancien sarcophage. Elle doit résister à des températures aussi bien de -43 °C que de +45 °C. Également à des vents allant jusqu’à 330 km/h et à des séismes de magnitude 7 sur l’échelle de Richter.


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Vous l’aurez compris, cette arche gigantesque doit d’abord coiffer l’ancien sarcophage, le protéger des agressions climatiques dont il avait souffert jusqu’alors. Et aider ainsi à assurer un confinement plus durable du réacteur numéro 4 de Tchernobyl, de son combustible nucléaire fondu et des déchets et débris qui restent. Mais elle ne se limite pas à un simple dôme posé là pour cacher la misère.

L’arche est équipée de ponts roulants et d’outils multifonctions manipulables à distance. Elle intègre un système de ventilation adapté au nucléaire ou encore des réservoirs et des pompes à incendie. Un ensemble indispensable au démantèlement du sarcophage et au retrait des matières radioactives en toute sécurité. On parle là de quelque 400 000 mètres cubes de déchets, dont 200 tonnes contenant du combustible nucléaire.

Malgré les efforts d’ingénierie déployés pour contenir les radiations, l’objectif final de transformation du site en « une zone écologiquement sûre » promet encore de prendre plusieurs décennies. Au moins, un contrôle à long terme semblait avoir été pris sur le fragile ouvrage d’urgence construit en 1986.

La guerre qui change tout

C’était sans compter le déclenchement par la Russie d’une guerre en Ukraine. Parce que l’arche a été imaginée pour résister aux attaques du temps. Pas aux attaques d’engins militaires. Et par une nuit froide de février 2025, ce qui devait arriver est effectivement arrivé. Un drone a endommagé le New Safe Confinement. Les éléments porteurs majeurs n’ont pas souffert. Mais il y a bien eu des dégâts : un trou d’une quinzaine de mètres carrés et plusieurs centaines de perforations dans le revêtement externe. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), un incident « extrêmement préoccupant » qui souligne les risques persistants pour la sûreté nucléaire en période de conflit armé.

Voilà comment la centrale nucléaire de Tchernobyl est repassée, presque 40 ans après l’accident dramatique, du statut de vestige d’une catastrophe que l’on avait presque oublié à zone de nouvelle incertitude. Un site qui est et doit rester sous étroite surveillance.

Le confinement du réacteur numéro 4 de Tchernobyl menacé ?

Le confinement de Tchernobyl menace-t-il de tomber ? C’est ce qu’un récent rapport de Greenpeace peut laisser penser. Mais il faut surtout le lire comme un avertissement. Parce que non, l’ouvrage n’est pas près de s’effondrer. Certainement pas comme un seul bloc. Et les sources techniques convergent sur un point : un effondrement de l’arche ne ferait pas se rejouer l’épisode dramatique de 1986.

L’inquiétude n’en est pas moins réelle et justifiée. Parce que des dégradations lentes et insidieuses peuvent apparaître sur le New Safe Confinement. Avec le temps, les matériaux vieillissent, la capacité de l’ouvrage à isoler correctement peut se dégrader, l’eau peut s’infiltrer. Petit dommage après petit dommage, l’arche finit par ne plus vraiment confiner le réacteur effondré.

Le chien-robot Spot a mesuré les radiations à Tchernobyl. © Chornobyl NPP

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Un robodog de Boston Dynamics aperçu à Tchernobyl


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Et puis le NSC peut faire l’objet d’une agression extérieure. Même s’il a été pensé pour durer plusieurs décennies, l’actualité vient de démontrer qu’il y aurait des conséquences sur la capacité de l’ouvrage à remplir sa mission.

L’AIEA a confirmé que, suite à la frappe de février 2025, « l’arche a perdu ses principales fonctions de sécurité, notamment sa capacité de confinement ». Des réparations temporaires ont été réalisées. Pour éviter le scénario du pire, les experts appellent maintenant à une restauration complète de l’arche : réparation des blindages, des fonctions de confinement, de l’isolation et de l’étanchéité, ainsi qu’une remise en état des systèmes internes (ventilation, déshumidification, suivi de corrosion). C’est aussi finalement ce qu’il faut surtout retenir du rapport de Greenpeace : tant que l’arche est fragilisée et que sa fonction de confinement n’est pas pleinement rétablie, le site demeure exposé.

Que pourrait-il arriver de pire à Tchernobyl ?

Le scénario du pire ? Pas de répétition de l’accident de 1986, répétons-le. Mais une perte de confinement tout de même suffisante pour que des contaminants radioactifs présents sous l’arche soient réémis dans l’environnement. Des poussières radioactives pourraient alors être remises en suspension et les eaux se mettre à circuler de manière non contrôlée sur le site et au-delà. Le risque, donc, est bien celui d’une contamination diffuse et… d’autant plus difficile à contrôler. À la fois pour l’environnement, les populations locales – voire régionales – et les équipes de maintenance et de démantèlement qui fréquentent le site.


Le saviez-vous ?

Le scénario qui inquiète le plus les ingénieurs n’est pas l’effondrement théâtral de l’arche de protection construite au-dessus du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, mais la rupture en chaîne d’un confinement fragilisé. Dessous, le sarcophage pourrait finir par céder. Le bâtiment voisin du réacteur numéro 3 pourrait être endommagé lui aussi.

Pas de nouvelle fuite d’iode -131, cette fois. Sa période radioactive n’est que de 8 jours, alors 40 ans après l’accident, il a disparu du site depuis longtemps. Heureusement parce que c’est lui qui inhalé ou ingéré se fixe préférentiellement sur la thyroïde avec un risque accru de cancer.

Les comprimés d'iode sont fournis gratuitement par les pharmaciens aux populations à risques. © Anna, Adobe Stock

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Pourquoi prendre des comprimés d’iode contre la radioactivité ?


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Ceux que les experts surveillent surtout encore, ce sont le césium -137 et le strontium -90. Les deux ont une période bien plus longue, d’environ 30 ans. En d’autres mots, il faut 30 ans pour que la moitié de leurs atomes se désintègrent et disparaissent naturellement. On comprend comment ils sont devenus des marqueurs de la contamination résiduelle du site à long terme.

Tchernobyl : la contamination des sols et les effets sur la faune et la flore

Le vrai risque sanitaire en cas de rupture du confinement du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl est surtout celui d’une contamination interne, par inhalation ou ingestion. Le césium -137 peut remonter la chaîne alimentaire via les plantes puis les animaux. Le strontium -90 peut, lui, se fixer dans nos os. Le danger dépend alors de la dose, de la durée d’exposition et de la voie d’entrée dans l’organisme.

Ainsi, 40 ans après l’accident nucléaire qui a marqué l’Europe et le monde, le passé reste très présent à Tchernobyl…

 

 


Source:

www.futura-sciences.com

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