Pénétrer dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, c’est basculer dans une autre dimension. Un espace où le temps semble s’être à la fois figé et accéléré depuis quarante ans. Un checkpoint barre l’entrée de ce territoire interdit de 2 600 kilomètres carrés entourant la centrale nucléaire depuis l’explosion du réacteur n° 4, le 26 avril 1986, à 1 h 23.
Ce matin du mardi 21 avril, à cinq jours de la commémoration de la plus grave catastrophe nucléaire de l’histoire, Le Monde n’est pas seul à se présenter devant les portes. Une trentaine de « liquidateurs » d’une soixantaine d’années patientent eux aussi. Ce sont eux qui, avec 800 000 autres personnes, ont, au péril de leur vie, déblayé et enterré les débris nucléaires propagés par l’explosion, survenue à la suite d’un test de sécurité de routine. Ils se prennent en photo, posent en groupe. Derrière les sourires se révèlent l’impatience et l’émotion de revenir sur les lieux de la catastrophe qui a bouleversé leur vie.
La zone d’exclusion donne cette impression tenace d’un entre-deux. Entre étrangeté et banalité, espace de mort et vitalité. La végétation y est dense, la faune abondante : chevaux sauvages et loups y circulent librement, en l’absence de pression humaine.
Ne rien toucher, ne rien emporter
Voilà quarante ans que la zone est interdite, car tout est contaminé pour des générations. L’explosion du réacteur a relâché plus d’une centaine de substances radioactives différentes. Aujourd’hui, si la centrale concentre l’essentiel du danger, ailleurs, les niveaux d’exposition aux isotopes radioactifs restent tolérables pour le corps humain sur de courtes périodes. Les consignes n’en demeurent pas moins strictes : ne rien toucher, ne rien emporter avec soi.
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Source:
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