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Quarante ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, que sait-on de son impact sur l'environnement et la santé en France ?

Dans les zones de l’Hexagone les plus touchées par les retombées radioactives, du césium 137 est encore détecté dans les sols à des niveaux plus élevés que dans le reste du territoire. Les autorités sanitaires considèrent toutefois que l’incidence sur le nombre de cancers de la thyroïde est pratiquement impossible à mesurer.

Rares sont les dates qui marquent l’Histoire avec une telle force. Le 26 avril 1986, à 1h23 du matin (heure locale), une explosion touche le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, dans ce qui est encore l’Union soviétique. Incendié, le cœur du réacteur fond, provoquant un accident nucléaire d’une ampleur et d’une gravité inédite, qui n’a connu depuis qu’un seul équivalent, la catastrophe de Fukushima, en 2011 au Japon.

Quarante ans après, la France conserve dans une partie de ses sols les traces laissées par le panache de particules radioactives qui a survolé une large partie de l’Europe et de l’Hexagone au printemps 1986. Un grand tiers est du pays a été plus particulièrement exposé, comme l’ont montré les autorités de sûreté nucléaire dans une vidéo publiée en 2015.

« Quarante ans après Tchernobyl, une substance radioactive est toujours bien présente dans les sols, c’est le césium 137, explique à franceinfo Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, chef du laboratoire de la commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). La demi-vie du césium 137 est de trente ans, c’est-à-dire qu’il faut trente ans pour que sa radioactivité soit divisée par deux. »

« Après quarante ans, le césium 137 est donc toujours bien présent, et il est détecté de façon systématique dans les sols français, en particulier de la Corse jusqu’à l’Alsace. »

Bruno Chareyron, chef du laboratoire de la Criirad

à franceinfo

Il souligne toutefois d’importantes disparités au sein de ce grand tiers est de la France. « Les mouvements des masses d’air contaminé, mais aussi l’intensité des précipitations, ont joué dans la contamination des sols », explique l’expert. « S’il a plu ou neigé au moment où ces masses d’air contaminé survolaient notre territoire, du 1er mai au 5 mai 1986, alors la quantité de becquerels [l’unité mesurant la matière radioactive] a pu être multipliée par dix par rapport à la même situation s’il n’avait pas plu », expose-t-il.

Dans les « couches superficiels du sol », les relevés en Seine-Maritime ou dans l’Eure montrent actuellement 4 becquerels par kilogramme sec (Bq/kg). Le chiffre monte à 10 Bq/kg dans la Loire et la Drôme, 40 dans le Vercors, et 60 dans le Jura, détaille Bruno Chareyron. Les champignons qui poussent dans des sols contaminés au césium 137 se retrouvent aussi chargés de façon « non négligeable ». A l’automne 2025, nous avons mesuré 350 Bq/kg sur des chanterelles en tubes de l’Ardèche, et 800 Bq/kg pour les mêmes champignons dans la Loire. Le niveau naturel, c’est 0″, souligne Bruno Chareyron. Toutefois, « le niveau de contamination de ces produits ne dépasse pas les limites réglementaires en vigueur actuellement », rappelle-t-il.

Le gibier qui vit dans ces zones est également contaminé. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) écrit, dans son rapport 2025 sur l’évaluation des conséquences de Tchernobyl en France, que « la contamination en césium 137 des denrées forestières, champignons et viandes de gibiers, est restée à un niveau élevé jusqu’à aujourd’hui ». D’après l’autorité, « il en résulte que la consommation, même occasionnelle, de ces denrées peut entraîner des doses très différentes et conséquentes », mais sans que cela ne pose de problème sanitaire.

En 2016, dans son bilan des 30 ans de la catastrophe, l’ASNR dressait déjà ce constat, après deux années de mesures préalables : « Un habitant des zones les plus touchées de l’est de la France (reçoit) une dose moyenne ​de 37 microsieverts par an (µSv/an) co​ntre 5,4 µSv/an en moyenne en France ». Soit « à peu près la dose reçue pour un aller simple entre Paris et la Martinique en avion ». L’ASNR souligne sur son site que « pour un niveau inférieur à 100 millisieverts, aucun effet à long terme sur la santé n’a été démontré ».

Si certaines régions ont été particulièrement touchées, les personnes qui y vivent ont-elles aussi été affectées ? Denis Fauconnier, médecin généraliste retraité, soutient auprès de franceinfo, et dans un rapport de seize pages, que la France a subi « une explosion des maladies de la thyroïde », notamment des cancers, à la suite de la catastrophe. Et ce, en dépit du non-lieu prononcé en appel en 2011 dans l’enquête sur l’impact du nuage radioactif en France, et du rejet du pourvoi en cassation l’année suivante.

Ce conseiller médical de l’association française des malades de la thyroïde est installé en Corse, territoire français parmi les plus touchés par les émissions de la centrale ukrainienne. L’iode 131 qu’elle a rejeté dans l’atmosphère a pu être inhalé ou ingéré par les populations exposées. Selon le Vidal, l’ouvrage médical de référence, « l’iode étant nécessaire à la production des hormones thyroïdiennes, il se concentre majoritairement dans la thyroïde », qui peut se retrouver gravement altérée par une forte concentration d’iode radioactif.

Mais ses affirmations sont contredites par les rapports des sociétés savantes et des autorités sanitaires. « Il n’y a pas d’argument scientifique qui conduise à penser qu’en France l’augmentation du nombre des cancers thyroïdiens diagnostiqués soit liée à un ‘effet Tchernobyl' », tranche la Société française d’endocrinologie. Sollicité par franceinfo, Santé publique France renvoie à son bulletin d’étude hebdomadaire publié le 26 avril 2016, pour les trente ans de l’accident. L’agence de santé publique y observe de nouveaux cas de cancers de la thyroïde de 5% par an entre 1980 et 2012, mais elle écarte l’influence de Tchernobyl.

« Une part importante de l’augmentation observée pourrait être liée à l’évolution des pratiques de diagnostic. »

Santé publique France

dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire du 26 avril 2016

Elle remarque également que « l’exposition croissante aux rayonnements ionisants liée aux examens d’imagerie médicale et dentaire » pourrait influer sur la hausse observée. Pour autant, elle observe que « l’idée selon laquelle ces retombées radioactives seraient en partie responsables de l’accroissement de ce type de cancer en France, en l’occurrence très éloignée des territoires fortement contaminés (en Biélorussie, en Ukraine et en Russie), reste solidement ancrée dans de nombreux esprits ».

L’ASNR, également sollicitée par franceinfo, aiguille vers son rapport d’étude publié en 2025. Dans ce document de 55 pages, l’instance revient longuement sur l’iode 131 et les affections de la thyroïde, écartant également toute corrélation notable avec la catastrophe. « L’exposition aux retombées radioactives de Tchernobyl a pu contribuer à cette augmentation [de cas de cancers de la thyroïde] mais pour une part tellement faible qu’elle ne peut être évaluée », a affirmé en avril auprès du magazine Epsiloon Philippe Renaud, expert de l’autorité administrative dans le domaine de la radioactivité environnementale.

L’estimation du nombre de cancers potentiellement liés à la catastrophe de Tchernobyl est « du même ordre de grandeur que l’incertitude associée au nombre de cancers attendus en l’absence d’exposition accidentelle », a abondé Enora Cléro, épidémiologiste à l’ASNR. Pour elle, l’impact est inexistant : « Cela reste indétectable d’un point de vue épidémiologique ».


Source:

www.franceinfo.fr

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