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“Les Rayons et les Ombres”, une polémique qui mine le débat sur la France de Vichy

Instrumentalisé par l’extrême droite, le film de Xavier Giannoli, qui raconte le parcours d’un patron de presse collaborationniste issu de la gauche, se retrouve au milieu d’une foire d’empoigne qui le dépasse. Et sape le travail des historiens.

Jean Dujardin interprète le collaborationniste Jean Luchaire dans le film de Xavier Giannoli, au cœur d’une polémique alimentée par l’extrême droite. Curiosa Films/Waiting for Cinema

Par Valérie Lehoux

Publié le 25 avril 2026 à 10h00

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En ancrant son film au cœur de la collaboration, Xavier Giannoli savait qu’il avançait sur un terrain miné. Mais il n’imaginait pas, dit-il, l’ampleur de la controverse. Nous non plus. Les Rayons et les Ombres, critiqué par plusieurs historiens, n’en finit plus de susciter des tribunes, des récupérations politiques, des commentaires violents sur les réseaux sociaux — même le Guardian s’en fait l’écho. Quel serait son crime ? Faire preuve d’indulgence envers le personnage de Jean Luchaire, journaliste collaborationniste présenté comme un opportuniste dénué d’idéologie.

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Si Giannoli s’est inspiré de faits réels et entouré de solides conseillers telle l’historienne Barbara Lambauer, jamais il n’a prétendu faire un documentaire. Ni même un biopic de Luchaire, puisque l’intrigue s’articule autour de trois figures — la sienne, celle de sa fille Corinne et celle du nazi Otto Abetz, rencontré dans les années 1930 autour d’idéaux pacifistes. Pour son scénario, le cinéaste a joué avec la chronologie, parfois avec les circonstances. Tant qu’il ne falsifie pas l’essentiel, c’est sa liberté d’artiste. On lui reproche aussi, en ayant choisi Luchaire, d’insister sur le seul fourvoiement politique et moral de collabos issus de la gauche. Or ils ont existé, même s’ils étaient très minoritaires. Il n’en fait pas un archétype.

Reste qu’à l’extrême droite on s’en frotte les mains. Dans la foulée d’Éric Zemmour, qui s’y emploie depuis des années, l’instrumentalisation de la polémique sape une fois de plus le débat historiographique autour de Vichy. Et voici le film propulsé au milieu d’une foire d’empoigne qui le dépasse. Nervosité des temps : on l’aimerait à droite, on le rejetterait à gauche, ce qui est grotesque. Au-delà des critiques légitimes, les œuvres fortes ont la vertu de bousculer, de susciter des interprétations qui parfois divergent. Quand d’aucuns jugent par exemple que montrer Luchaire et sa fille souffrant de tuberculose est une façon d’attirer sur eux la compassion, nous y voyons le symbole de leur pourrissement intérieur. Et si certains regrettent l’ambiguïté dans laquelle Giannoli tient ses personnages, nous y trouvons une formidable matière à réflexion. Car la grande question que pose son film, c’est celle de la responsabilité individuelle. Et des compromissions qui, un jour, peuvent s’avérer irréparables. Dans la période qui est la nôtre, cette question-là est plus aiguë que jamais.

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Source:

www.telerama.fr

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