Houris, récompensé par le Prix Goncourt en 2024, a valu à son auteur une condamnation « à trois ans de prison ferme [assortie de] cinq millions de dinars algériens d’amende, en application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale », d’après le texte publié par Kamel Daoud sur le réseau social X, ce mercredi 22 avril.
« Le texte réprime l’évocation publique de la guerre civile. Dix ans de guerre, près de 200 000 morts selon les estimations, des milliers de terroristes amnistiés… et un seul coupable : un écrivain », ajoute l’auteur. Depuis le mois de mai 2025, il est visé par deux mandats d’arrêt internationaux émis par la justice algérienne.
Ce même roman est aujourd’hui interdit en Algérie, parce qu’il évoque la guerre civile algérienne, entre 1992 et 2002, au cours de laquelle des affrontements très violents entre l’armée et des groupes islamistes ont fait entre 60.000 et 150.000 morts, au moins, sans évoquer les disparus, les blessés et les traumatisés.
Après cet épisode, le pouvoir algérien avait réécrit l’histoire, prononcé des amnisties et imposé l’expression « tragédie nationale » à « guerre civile ». En 2017, un nouveau cap était franchi avec l’interdiction par la loi de mentionner cette période.
La Charte pour la paix et la réconciliation nationale évoquée par Kamel Daoud remonte à 2005, alors portée par le président Abdelaziz Bouteflika (1937-2021), président de 1999 à 2019, et adoptée par référendum. Le texte permettait notamment aux terroristes islamistes de bénéficier de mesures d’amnistie, tout en instaurant un récit officiel sur le sujet.
Un texte controversé
Peu après l’attribution du Prix Goncourt à Houris, Kamel Daoud a été visé par plusieurs accusations, formulées par l’Algérienne Saâda Arbane, qui assurait s’être reconnue dans le roman, à travers le personnage d’Aube, une des figures du récit. Elle indiquait que l’auteur avait « dépossédé une victime du terrorisme de son histoire, de sa vie, contre son gré », et ce malgré « les refus catégoriques de ses parents de leur vivant ».
« Ma cicatrice. Ma canule. Les conflits avec ma mère. L’opération que je devais subir en France, la pension que je reçois en tant que victime [du terrorisme islamiste]. L’avortement, je voulais avorter. La signification de mes tatouages [au niveau de la nuque et du pied]. Le salon de coiffure, j’avais un salon de coiffure et d’esthétique et c’est dans le livre. Le lycée Lotfi. L’allusion romancée à ma passion pour l’équitation », déroulait celle qui a été victime d’une attaque menée par des terroristes islamistes en 1993, alors qu’elle était âgée de 6 ans.
Kamel Daoud avait vivement réfuté ces accusations : « Cette jeune femme malheureuse clame que c’est son histoire. Si je peux comprendre sa tragédie, ma réponse est claire : c’est complètement faux », indiquait-il à l’occasion d’une tribune dans Le Point. Il reliait d’ailleurs le sujet à une campagne de diffamation orchestrée par le régime algérien, précisément parce que Houris évoquait la guerre civile algérienne.
« Dès la publication du livre, nous avons déposé deux plaintes contre Kamel Daoud et son épouse Aicha Dehdouh, la psychiatre qui a soigné la victime », avait pour sa part précisé Fatima Benbraham, avocate de Saâda Arbane. Cette dernière visait en effet l’épouse de Kamel Daoud, psychiatre, en assurant qu’elle l’avait suivi dans le cadre d’une thérapie, et avait par ailleurs évoqué le projet de livre de l’écrivain.
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Les plaintes, déposées en août 2024, quelques jours après la parution du roman, visaient notamment « la violation du secret médical, puisque le médecin [l’épouse de M. Daoud, NdR] a remis tout le dossier de sa patiente à son mari », ainsi que « la diffamation des victimes du terrorisme et la violation de la loi sur la réconciliation nationale », précisait alors Me Benbraham.
Début 2025, Saâda Arbane avait porté plainte, en France, contre Kamel Daoud, naturalisé français en 2020. Il était alors visé pour « atteinte à la vie privée », tout comme les éditions Gallimard, tandis que Me Lily Ravon et Me William Bourdon, avocats de la plaignante, parlaient d’un « abus de confiance », d’un « pillage » et d’une « violation très grave de l’intimité ».
Photographie : Kamel Daoud (© Francesca Mantovani, Gallimard)
Par Antoine OuryContact : ao@actualitte.com
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