Au-delà de ce constat global, des travaux récents des agences spécialisées viennent en préciser l’évolution et les tendances.
Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la fréquence, l’intensité et la durée des épisodes de chaleur extrême ont fortement augmenté au cours des cinquante dernières années, et les risques pour les systèmes agroalimentaires et les écosystèmes devraient s’accroître considérablement à l’avenir.
Le document décrit les aspects scientifiques de la chaleur extrême, les vulnérabilités, les impacts observés et prévus sur l’agriculture, les stratégies d’adaptation, des études de cas, et propose des recommandations politiques.
« Plus qu’un simple aléa climatique isolé, la chaleur extrême agit comme un facteur de risque aggravant qui amplifie les faiblesses existantes dans les systèmes agricoles », a déclaré dans un communiqué, Celeste Saulo, Secrétaire générale de l’OMM.
La sécheresse cause des pertes économiques importantes pour les agriculteurs à travers le monde.
Des rendements menacés par l’intensification du réchauffement
Selon le rapport, l’intensité de la chaleur extrême double environ avec un réchauffement climatique de 2 °C et quadruple avec 3 °C, par rapport à une augmentation de 1,5 °C des températures moyennes mondiales.
Pour la plupart des principales cultures agricoles, les rendements commencent à baisser au-delà de 30 °C – voire à des températures plus basses pour certaines cultures comme la pomme de terre et l’orge.
Cette sensibilité des cultures aux températures élevées varie toutefois selon les conditions locales et les épisodes de chaleur. Le rapport mentionne qu’au printemps 2025, une partie de la chaîne de montagnes de Fergana, au Kirghizistan, a connu une période prolongée de 30,8 °C, soit 10 °C de plus que la normale.
Cela a provoqué un choc thermique sur les cultures fruitières et céréalières, contribuant à une invasion de criquets, à une évaporation accrue qui a réduit la capacité d’irrigation, et finalement à une baisse de 25 % des récoltes de céréales.
Pour les espèces d’élevage les plus courantes, le stress commence au-delà de 25 °C, et un peu plus bas pour les poulets et les porcs, qui sont incapables de se rafraîchir en transpirant. Au-delà de ce seuil, les animaux commencent à souffrir.
« Ce travail met en évidence le fait que la chaleur extrême est un facteur multiplicateur de risques majeur, exerçant une pression croissante sur les cultures, le bétail, la pêche et les forêts, ainsi que sur les communautés et les économies qui en dépendent », a insisté Qu Dongyu, Directeur général de la FAO.
Effets cumulés
Cette notion de facteur multiplicateur de risques est également centrale pour comprendre la nature des impacts de la chaleur extrême. Les sécheresses soudaines sont souvent déclenchées par des épisodes de chaleur extrême qui épuisent l’humidité de la couche arable.
Des cas notables se sont produits aux États-Unis en 2012 et 2017, en Russie en 2010, en Australie en 2018 et 2019, en Chine en 2022, ainsi qu’au Brésil fin 2023 et en 2024, où les rendements de soja ont chuté de près de 20 % alors que les températures moyennes ont atteint jusqu’à 7 degrés de plus pendant des périodes prolongées.
La chaleur extrême a également des conséquences néfastes sur les êtres humains, en particulier les travailleurs agricoles, pour qui elle peut être mortelle. Le nombre de jours par an où il fait tout simplement trop chaud pour travailler pourrait atteindre 250 dans une grande partie de l’Asie du Sud, de l’Afrique subsaharienne tropicale et de certaines régions d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, selon le rapport.

Des agriculteurs comme ici au Malawi ont été formés à cultiver dans le contexte du changement climatique.
Recommandations
Face à ces impacts sur les populations et les conditions de travail, le rapport met en avant plusieurs pistes d’adaptation. Il s’agit de mesures telles que la sélection génétique et le choix de cultures adaptées à la nouvelle réalité climatique, l’ajustement des périodes de plantation et la modification des pratiques de gestion susceptibles de protéger les cultures et les activités agricoles contre les effets de la chaleur extrême.
Des solutions techniques sont nécessaires, mais elles ne suffiront pas à elles seules si l’on ne s’attaque pas aux obstacles socio-économiques omniprésents dans les pays à faible et moyen revenu, notamment l’accès limité à l’information, à l’éducation, à la sensibilisation et à la formation.
« Protéger l’avenir de l’agriculture et garantir la sécurité alimentaire mondiale exigera non seulement de renforcer la résilience des exploitations agricoles, mais aussi de faire preuve de solidarité internationale et de volonté politique collective pour le partage des risques, ainsi qu’une transition décisive vers un avenir à faibles émissions », conclut le rapport.
Source:
news.un.org





