Après Grasset, à qui le tour ?
Ce que l’affaire Olivier Nora m’inspire en tant qu’éditrice indépendante : il est temps de mettre en place une clause de conscience pour les auteurs, comme celle dont bénéficient les journalistes.
Leçon 1
Le capital reste propriétaire des moyens de production et quand bien même les auteurs de Grasset se pensaient protégés par la présence de leur cher éditeur Olivier Nora, celui-ci n’en restait pas moins salarié et donc à la merci de son actionnaire, susceptible d’être licencié. C’est ce qui finit par arriver. Aussi brutale soit-elle, cette issue est finalement peu surprenante.
Leçon 2
Les contrats d’édition lient les auteurs à une maison d’édition pour la durée de la propriété intellectuelle et artistique, c’est-à-dire jusqu’à 70 ans après leur mort. Ces termes sont très engageants et se défaire d’un tel lien ne peut être obtenu que pour de bonnes raisons : si l’éditeur n’exploite plus les droits d’un livre, par exemple en ne réimprimant pas, ou si le contrat est racheté par une maison selon une offre dont les montants restent à définir…
Leçon 3
Il faut donc inventer de nouvelles formes de contrats qui puissent permettre aux auteurs de se libérer de leur éditeur (y compris pour les livres déjà parus) lorsque les conditions d’exploitation de ces droits changent fondamentalement.
Leçon 4
On ne sait jamais ce que va devenir une entreprise, mais on sait que quand Bolloré rachète des maisons, ce n’est pas pour les laisser tranquilles ad vitam. Ainsi, je suis très inquiète pour les auteurs des autres maisons vénérables de ce groupe (Stock, Calmann Lévy, JC Lattès, etc., en réalité une grande part de l’édition française, comme on l’avait déjà vu chez Larousse avec la censure de Guillaume Meurice…).
Leçon 5
Les choses sont en train de bouger : des auteurs Fayard sont en train d’obtenir que la maison qui a viré à l’extrême droite leur rende leurs droits. Ils appellent à l’inclusion d’une clause de conscience dans les contrats d’édition, comme c’est déjà le cas pour les journalistes. Il serait extrêmement précieux que les auteurs de livres puissent aussi en bénéficier. Leur droit moral est en jeu.
C’est le combat à suivre mené par l’historien de l’édition Jean-Yves Mollier !
Ndlr : pour approfondir les points 2 et 3 que présente l’éditrice, sous l’angle strictement juridique, on référera à notre récente enquête : Conflit idéologique : comment quitter Fayard ou Grasset sans y laisser sa plume ?
Crédits photo : Sophie Caillat (Claire Moliterni, Éditions du Faubourg)
DOSSIER – Olivier Nora évincé : ce que cache vraiment son départ de Grasset
Par Auteur invitéContact : contact@actualitte.com
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