Construit sur les bords du fleuve Kwanza, à deux heures de route de Luanda la capitale, ce sanctuaire très populaire dans le pays accueillera le Pape Léon XIV dimanche 19 avril dans l’après-midi pour la prière du Rosaire. Il symbolise la dévotion mariale dans le pays autant que les aspirations à la réconciliation et à plus de justice sociale.
Olivier Bonnel – Envoyé spécial à Muxima
Posée sur les rives du fleuve Kwanza, la petite église du sanctuaire de Muxima semble un peu perdue à côté du chantier géant aux alentours. Derrière le bâtiment à l’architecture coloniale portugaise, la future cathédrale de Muxima, déjà évoquée par Benoit XIV lors de sa vite au pays en 2009, sort enfin de terre. Au pied des grues qui font deux fois la hauteur de l’édifice, des dizaines d’ouvriers s’activent à préparer l’estrade géante où Léon XIV est attendu dimanche après-midi pour présider la prière du rosaire et prononcer un discours.
Pour la première fois un Pape viendra ici sur les berges de ce fleuve qui a donné son nom à la monnaie locale, et la venue proche du Souverain pontife provoque excitation et ferveur. « Mamã Muxima », comme l’appellent affectueusement les fidèles est le cœur battant du catholicisme angolais. Depuis la venue des colons portugais au début du XIV ème siècle, le sanctuaire attire les foules qui viennent vénérer la vierge devant laquelle le pape s’agenouillera dimanche.
Un lieu de convergences
Situé à 130 kilomètres de Luanda la capitale, Muxima est depuis longtemps un lieu de convergences. C’est d’ici que pendant près de trois siècles, les esclaves étaient rassemblés par le colonisateur pour ensuite remonter le Kwanza jusqu’à l’Atlantique. Dominant le sanctuaire, un petit fort qui sevrait de transit au trafic d’ivoire et aux marchands d’hommes.
Les mois d’août et de septembre sont ceux du pèlerinage national, rassemblant jusqu’à deux millions de fidèles. Outre les prières aux pieds de la vierge et les processions aux chandelles, ces jours-là permettent aussi aux évêques d’interpeller les pèlerins sur les défis du pays. L’an dernier, alors que l’Angola fêtait les 50 ans de son indépendance, l’archevêque de Luanda, Mgr Filomeno do Nascimento Vieira Dias a ainsi expliqué que ce pèlerinage à Muxima était l’occasion de «remercier, de réfléchir et de nous engager pour l’avenir de notre pays», invitant les fidèles à poser des actes concrets de justice et de solidarité.
«C’est un lieu très important pour les Angolais, l’histoire de ce sanctuaire marche avec celle du pays, explique le père Alberto Mpindi Lubanzadio, recteur du sanctuaire, la Vierge de Muxima a pris soin des Angolais, elle a pris soin de nous quand notre pays était en guerre». Pour le père Lubanzadio, Marie intercède ici pour peuple angolais mais aussi «pour le monde entier».
Réconciliation et transformation sociale
«L’Angola a vécu une terrible guerre civile et vit maintenant en paix, poursuit le recteur du sanctuaire, mais il y a encore des efforts à faire dans la réconciliation pour aller de l’avant».
La venue du Souverain pontife est ici attendue avec impatience. Ni Jean-Paul II en 1992, ni Benoît XIV en 2009 ne sont venus jusqu’à ces rives. Quarante-huit heures avant l’arrivée du Pape, plusieurs dizaines de pèlerins ont déjà installé leurs tentes ou posé des tissus colorés sur la latérite, cette terre rouge si caractéristique de ces terres tropicales. Malgré la chaleur écrasante, le sourire est sur tous les visages, les scouts venus aider à l’organisation, où les femmes, venues en nombre et installant des réchauds pour préparer leur repas.
«Le Pape Léon va bientôt arriver», s’enthousiasme Marcellina Joao Monteiro, venue de Luanda, un foulard à l’effigie de la Vierge de Muxima sur la tête. «J’espère que l’Angola connaîtra la paix, le bonheur, que les dirigeants aient de l’amour pour le peuple qui souffre, que leur cœur, change et que Dieu apporte la paix et la sérénité dans nos cœurs». Un peu plus loin, Pedro Juvenil est en train de monter sa tente. Chaque année il vient à Muxima pour le pèlerinage national: «La venue du Pape va nous apporter un message de foi, d’espoir, et je crois qu’il va changer beaucoup de choses dont nous avons besoin ici en Angola, explique le jeune infirmier, comme les services sociaux ou les structures sanitaires de base dont nous avons le plus besoin».
En Kimbundu, l’une des principales langues parlées dans la région -et le pays- Muxima signifie « coeur ». Il correspond au coeur de la Vierge vénéré en ces lieux. Le coeur aussi de tant d’Angolais qui attendent d’être touchés par le message de l’évêque de Rome.
Source:
www.vaticannews.va







