Publié le 18/04/2026 15:57
Mis à jour le 18/04/2026 16:04
Temps de lecture : 3min – vidéo : 3min
Remise au goût du jour par les jeunes, la tradition équestre est de retour dans les rues de Dublin (Irlande). Mais si le spectacle a de quoi séduire les touristes, l’envers du décor cache parfois une réalité difficile pour les animaux.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Des airs de western dans la capitale irlandaise. Ici, les sabots claquent sur le bitume entre les voitures et les autobus. Des rodéos urbains au sens littéral dans certains quartiers de Dublin. Une vieille tradition aujourd’hui prisée des jeunes des quartiers populaires, pour qui le cheval remplace les deux roues. « C’est bien mieux qu’une moto. L’adrénaline est différente, vraiment différente. Et puis il faut s’en occuper, ça demande beaucoup d’attention », explique un jeune homme.
Ce jour-là, c’est sur une place du centre-ville que les propriétaires de chevaux se sont donné rendez-vous. Cette foire XXL est une tradition vieille de plusieurs siècles à Dublin, qui impressionne les touristes de passage. « Ce matin, on se réveille et il y a des chevaux partout. C’est surréaliste, on n’a jamais vu une chose pareille », s’émerveille une femme. « Ce n’est pas à Paris qu’on verra ça, donc c’est chouette », estime une touriste française. Ici, chacun vient montrer fièrement son cheval. Des plus agiles, aux mieux coiffés.
Des familles dublinoises élèvent souvent les chevaux depuis plusieurs générations. La plupart vivent dans des quartiers défavorisés, mais tiennent à montrer qu’ils gardent leurs animaux en bonne santé. Comme Jordan Ryan, qui consacre beaucoup de temps et d’argent à ses juments. « Regardez-la, elle a le ventre bien rond. Après ma journée de travail, quand je rentre à la maison, je vais les nettoyer et les nourrir. J’y passe bien trois heures chaque soir. Qui a envie de faire ça, franchement ? Si je le fais, c’est évidemment par amour des chevaux », affirme-t-il.
Mais comment élever des chevaux en pleine ville ? À Dublin, certaines arrière-cours d’immeubles résidentiels ont été transformées en écuries. C’est là que Darragh Quigley, 20 ans, prend soin de sa jument. Il estime qu’elle le maintient dans le droit chemin : « Sans les chevaux, je serais sûrement en train de vendre de la drogue ou de commettre des délits. C’est ma thérapie, mon échappatoire. Je passe du temps ici. Je nettoie, je les monte, ça me change les idées ».
Tous ne voient pas cette tradition populaire d’un bon œil. Sur les réseaux sociaux circulent des vidéos de rodéos nocturnes. Des chevaux lâchés en pleine circulation, qui parfois paniquent et provoquent des accidents. Quand cela se produit, Ciara Malone est appelée sur place. Elle est responsable d’une association de défense des animaux. « Nous sommes intervenus sur des accidents où le cheval a traversé un pare-brise, parce que les jeunes ne mesuraient pas la gravité des risques qu’ils faisaient courir à leur animal et à eux-mêmes », déplore-t-elle.
Dans la campagne irlandaise, son refuge recueille quelque 400 chevaux. La plupart ont été saisis à Dublin, parfois après avoir subi de mauvais traitements, comme River, un cheval atteint d’une maladie de peau qui le rend aujourd’hui vulnérable au soleil. « On lui applique une crème spéciale tous les jours pour apaiser sa peau. Cette maladie vient d’une plante toxique pour le foie qui l’a empoisonné. Là où il se trouvait, il était de toute évidence affamé pour en arriver à manger ça », indique Ciara Malone. Des inquiétudes sur le bien-être des animaux qui nourrissent le débat. Faute d’infrastructures adaptées, la présence traditionnelle des chevaux à Dublin apparaît de plus en plus anachronique.
Source:
www.franceinfo.fr





