Pour la première fois, l’humoriste réalise une série animée dont les dialogues ont été écrits avant d’être mis en images. Avec son humour corrosif qui demeure dans la droite ligne de ses provocations passées, il devrait sans surprise ravir ses fans et fatiguer ses contempteurs.
Publié le 07/08/2026 06:05
Temps de lecture : 4min
Ils sont quatre au poil hirsute, à la dégaine déglinguée, plus un autre, domestiqué et à l’allure soignée, qui les rejoint chaque jour pour vivre de nouvelles aventures et surtout, disserter sans discontinuer sur la vie. Après la série After Life, où il campait un veuf totalement dépressif et insupportable après la mort de sa femme, Ricky Gervais s’attaque à ce qu’il préfère sur Terre : les chats. Alley Cats est à voir sur Netflix à partir de vendredi 7 août, sans s’étouffer de rire si possible.
Tout commence par une belle matinée de printemps, des oiseaux qui chantent dans la campagne anglaise, des violons dignes de La Petite Maison dans la prairie, et puis… la caméra plonge dans l’antre d’une maison abandonnée où trois chats affalés dans un canapé regardent nonchalamment à la télévision un requin évoluer dans les fonds marins. L’air blasé, ils écoutent la voix lénifiante du documentaire animalier alors qu’un quatrième, Ponce, l’air altier, les rejoint, et se prend gratuitement un coup de patte “parce que c’est comme ça, on est des chats”. Les premiers dialogues, comme le coup de griffe, donnent le ton : “Quel est l’animal le plus dangereux au monde ? – Fastoche, le requin.- Qui bat un requin ? – Une orque ?- Non, un homme !- Quoi ? Un connard qui barbote dans la mer est plus dangereux qu’un requin ?”

Ce n’est pas la peine de dire à Ricky Gervais qu’il est misanthrope, il vous l’avouera sans problème : l’humoriste préfère de loin les chats aux hommes, et attendait comme un gamin que sa série sorte : “Je veux que les téléspectateurs rient et pleurent peut-être un peu aussi, explique-t-il à Radio Times, mais surtout, je veux qu’ils aiment ces chats.”
Il a eu l’idée de cette série animée pendant le confinement du Covid, alors que ses spectacles étaient reportés : “J’ai d’abord dessiné un petit croquis de Gus (le gros chat roux) qui était, je pense, un croisement entre mon chat Pickle et moi.” Puis, il a vendu la série à Netflix avec le résumé suivant : “Il y a des chats et ils jurent beaucoup. Et qu’est-ce qu’il se passe ? Il ne se passe rien.” Et Gervais d’ajouter : “Il n’y a pas eu besoin de coiffeur ou de maquillage. J’ai écrit, et ensuite, on s’est assis et on a juste joué. C’était fun. Il n’y avait aucune restriction.”

La série suit donc les tribulations de Gus (joué par Ricky Gervais) et de sa bande, dans une Angleterre au décor délabré. Quand ils ne sont pas en train de chercher à manger au cimetière, les félins passent leurs journées à disserter sur des thématiques tirées par les poils, mais ô combien cruciales, comme par exemple : comment se suicider quand on est un chat et qu’on a neuf vies… et que de surcroît, on retombe toujours sur ses pattes ? Ou encore : “Quelle victime allons-nous trouver à martyriser aujourd’hui ? – Un petit gros, si possible.” Amateurs d’humour fin, passez votre chemin : Ricky Gervais ne s’interdit rien, c’est même sa marque de fabrique. Nous aurons donc droit aux cinquante nuances de scatologie et de sexualité interespèce. À chaque fois, nous croirons atteindre le fonds, mais c’est le tour de force de l’humoriste : il creuse toujours plus, au lance-flammes si possible.
Et pourtant, ces chats ont beau être détestables, ils sont tellement humains qu’on finit immanquablement par s’attacher à eux (nonobstant le gros chat gris dont le personnage est le seul à n’être pas assez travaillé). On retrouve dans la série les ingrédients qui ont fait le succès de Ricky Gervais : des moments hilarants, un humour parfois gênant, des rires à retardement, et des personnages ni blancs ni noirs (mais roux).

Comme dans ses spectacles, il est ici permis de rire de tout, avec un humour noir si possible et un cynisme toujours mordant. Les dialogues sont dans le plus pur style Gervais : crus, vulgaires, et sans concession. Et les moments de franche rigolade alternent avec les séquences plus touchantes, car comme dans After Life, la mort n’est jamais loin, et c’est bien sûr d’elle qu’il faut rire le plus, faute de quoi on ne cesserait d’en pleurer. Derrière la vulgarité et l’hilarité qu’elle provoque, c’est ainsi la philosophie de vie de Gervais qui transparaît dans ses chats. Brute de décoffrage, certes, mais pas moins valable qu’une autre.
Le sale gosse de l’humour britannique qui a, à maintes reprises, égratigné, voire saigné à blanc, le gratin de Hollywood, signe ainsi sa première série animée, dont l’animation a été réalisée en 2D après que les dialogues ont été enregistrés. Un humour qui ne plaît déjà pas à tout le monde : le journal britannique The Guardian a ainsi, dès la semaine dernière, brocardé une “comédie grossière et vulgaire” où on ne rit pas une seule fois. Mais accompagnés de la musique de… Cat Stevens et des Smiths, ces chats qui jurent dans des dialogues absurdes, font face à la mort et n’osent toujours pas s’engager en amour nous semblent des doubles bien attendrissants.

Alley Cats (6 épisodes de 15 minutes), série animée créée par Ricky Gervais, avec Ricky Gervais, Tom Basden, Andrew Brooke… À partir du 7 août 2026 sur Netflix.
Source:
www.franceinfo.fr






