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Stress, angoisse, traumatismes… Pourquoi les séquelles psychologiques des incendies peuvent durer des années

Si la plupart des personnes touchées par les incendies retrouvent progressivement un équilibre, certaines développent un stress post-traumatique qui peut devenir chronique. Le professeur de psychiatrie Thierry Baubet rappelle que ces troubles doivent être pris en charge le plus tôt possible.


Publié le 27/07/2026 12:26

Temps de lecture : 3min

Un pompier marche sur une route à la lisière d’une zone en feu à Arès (Gironde), le 26 juillet 2026. (ROMAIN PERROCHEAU / AFP)

Il y a les blessures corporelles et visibles de ces incendies – plus de 84 pompiers blessés depuis le début de cet incendie incontrôlable en Gironde – mais il y a aussi les blessures psychologiques et qui touche aussi toute la population. Après les incendies de 2022, une étude réalisée par le département révélait que 24% des Girondins souffraient de stress post-traumatiques. Thierry Baubet est professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université Paris 13 et à l’Institut (Inserm), ces conséquences ne doivent absolument pas être minimisées même s’il y a des degrés divers.

franceinfo : quelles sont les conséquences psychologiques de ces incendies ?

Thierry Baubet : Elles sont variables et dépendent de différents facteurs dont le degré d’exposition. Ce n’est pas pareil d’avoir vécu soi-même une menace vitale ou d’avoir été témoin de ce qui se passait plus loin dans un autre quartier ou une autre ville. Les personnes qui sont à risque de développer des troubles post-traumatiques, qui sont des troubles qui peuvent devenir chroniques et très invalidants, ce sont des personnes qui ont eu à un moment un débordement complet, qui par exemple ont eu la sensation qu’elles allaient mourir ou que leurs proches allaient mourir, ou qu’elles n’avaient pas pu protéger leurs enfants, ou qu’elles allaient tout perdre.

« Ce genre de sentiment, qu’on appelle l’effroi, c’est quelque chose qui va pouvoir s’inscrire durablement chez certaines personnes et donner ce qu’on appelle le fameux trouble de stress post-traumatique. »

Thierry Baubet, professeur de psychiatrie

à franceinfo

Pendant combien de temps ces troubles de stress post-traumatiques peuvent-ils être ressentis ?

Au moment de l’événement et dans les jours qui suivent, c’est complètement attendu d’être perdu, de se sentir mal, d’être complètement désorganisé. C’est une réaction au côté terrible de ce qui se passe. Mais chez la plupart des gens, surtout si vous n’avez pas perdu votre maison, si vous n’avez pas perdu d’animaux ou de proches, etc., cela va se résorber en quelques semaines.

Mais chez certaines personnes, ça devient chronique et elles continuent de vivre dans la même détresse pendant des semaines, des mois, des années si elles ne se soignaient pas. C’est là que ça devient très critique parce que ça peut se compliquer de dépression, d’idées suicidaires, d’addictions, de différentes choses. Et souvent les gens n’osent plus en parler après une fois que la crise est passée.

Pourtant il faut continuer d’en parler justement et être pris en charge…

Il faut en parler, et aux bonnes personnes. Si les troubles durent plusieurs semaines, c’est indispensable de consulter un psychiatre, un psychologue, parce qu’il y a des techniques pour soigner ces troubles. Et ce n’est vraiment pas un signe de faiblesse ou de je ne sais quoi. Ce sont des troubles que les pompiers peuvent rencontrer aussi, que les militaires peuvent rencontrer aussi. Ça ne veut pas dire qu’on est fragile, ça signifie qu’on a été touché au-delà de ce qu’on pouvait supporter et ça ne disparaît plus tout seul à ce moment-là. Et à tout moment, même six mois après, même un an après, on peut entreprendre des soins qui permettent d’aller mieux.

Faut-il tout de suite aller vers les cellules psychologiques quand on ne se sent pas bien ?

Oui, ces cellules sont très précieuses. Ce sont des psychiatres, des psychologues et des infirmiers qui interviennent dans le cadre des Samu. Dans ces situations, elles ont vraiment une grande expertise. D’ailleurs, je salue tous les collègues locaux qui n’ont pas le temps de vous répondre au téléphone parce qu’ils sont sur le terrain. Elles ont une très grande expertise et elles peuvent recueillir l’état de la personne, aider les personnes à mettre en place des stratégies pour se réguler, commencer à aller un petit peu mieux et puis surtout elles vont répertorier les personnes qui ont réagi très douloureusement à cet événement.

Ces cellules vont pouvoir les rappeler quelques semaines après pour voir si ça va mieux et si les choses ne s’améliorent pas, des soins plus structurés vont être mis en place. Les Cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP) ont pour mission d’intervenir pendant le premier mois qui suit la catastrophe, après elles passent le relais à d’autres structures.

« C’est un travail essentiel parce que les personnes ont tendance à avoir honte d’aller mal, ce qui est très paradoxal, et ne demandent pas d’aide. »

Thierry Baubet, professeur de psychiatrie

à franceinfo

Cet événement touche bien au-delà des personnes qui sont sinistrées. Peut-on avoir des conséquences psychologiques pour les personnes qui ne le vivent pas directement mais qui voient ces images ?

Oui, elles sont différentes. Par exemple, les personnes qui sont à distance mais qui ont déjà vécu un incendie, leur trouble peut être complètement réactivé par ce qu’elles voient à la télévision. Les personnes qui ne sont pas dans ce cas-là, bien sûr, ça va générer des sentiments intenses : de la tristesse, de l’angoisse et aussi de la colère, parce que, comme on dit depuis un certain nombre d’années, notre monde brûle et on ne fait rien. Bien sûr, cela provoque un état qui peut confiner à la panique chez certaines personnes. Mais ce n’est pas un trouble post-traumatique, c’est vraiment autre chose.


Source:

www.franceinfo.fr

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