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TEMOIGNAGES. "Mon corps n'est pas encore descendu en température" : jambes gonflées, fatigue, crises d'angoisse… Ils sont traumatisés par la canicule de juin 2026

Les fortes chaleurs ont de lourdes conséquences sur nos organismes. Au point que certains en ressentent toujours les effets, malgré la baisse des températures.

Le thermomètre a beau être redescendu sous les 30°C depuis plusieurs jours, mi-juillet, les jambes de Christelle n’ont toujours pas désenflé. La quinquagénaire les plonge dans des bains d’eau glacée, même au travail, et les lève en l’air une fois rentrée chez elle. Mais rien n’y fait : ses chevilles, d’ordinaire dessinées, ont « disparu à force de gonfler », ironise-t-elle, mi-amusée, mi-inquiète. « Une nuit, j’ai eu peur de perdre mes membres inférieurs, se souvient-elle le souffle court. J’ai eu le sentiment que je n’allais pas me réveiller le lendemain, je me suis vue mourir. » Lors de cette crise de panique, le mercure est monté jusqu’à 34°C dans sa chambre.

« Je me suis aussi aperçue que des vaisseaux sanguins avaient éclaté. Cela s’est un peu atténué avec la baisse de températures, mais j’ai l’impression que cela ne partira jamais », observe cette habitante de Mayenne, peu habituée à affronter de telles chaleurs. « J’ai prévu de voir un angiologue [un médecin spécialiste des vaisseaux sanguins et lymphatiques] à la rentrée », note-t-elle, affirmant souffrir aussi de fatigue, de migraines et de troubles digestifs. « Attention à ne pas banaliser les symptômes, souligne Michaël Rochoy, médecin généraliste dans le Pas-de-Calais. Si une personne a des œdèmes importants et un essoufflement, cela peut être synonyme d’insuffisance cardiaque. Il ne faut pas attendre pour consulter. »

Jambes gonflées, fatigue, crises d’angoisse, perturbation du cycle menstruel… Comme Christelle, des dizaines de personnes ayant répondu à notre appel à témoignages ont confié à franceinfo les cicatrices que ces deux vagues de chaleur consécutives avaient laissées sur leur santé physique et mentale. D’autant que cette semaine du 27 juillet pourrait, selon Météo-France, « signer le retour des fortes chaleurs sur une majeure partie du pays ».

« J’ai encore des coups de chaud, des troubles digestifs, des douleurs articulaires et j’ai toujours besoin de me mouiller le cou, malgré la baisse du mercure », s’inquiète Stéphanie. A 53 ans, cette habitante du Val-de-Marne a « l’impression que [s]on corps n’est pas encore descendu en température. » Pour Antoine Diard, président de la Société française de médecine vasculaire, ces effets à retardement n’ont rien d’étonnant. « En principe, un œdème doit disparaître rapidement, en trois ou quatre jours chez des personnes jeunes et actives. Mais cela peut mettre huit ou dix jours chez des personnes plus âgées », explique-t-il.

A Strasbourg (Bas-Rhin), Caroline* souffre toujours de douleurs articulaires et d’une sensation « d’oppression dans la poitrine ». En outre, ses migraines chroniques s’aggravent avec les fortes chaleurs. « Si je ne prends pas mon traitement de crise, je peux rester des heures alitée dans le noir », explique cette travailleuse dans le secteur culturel. Même si son traitement est efficace, elle sait qu’elle ne peut pas en abuser. « D’habitude je ne prends qu’un ou deux comprimés par mois, pas plus, car cela peut créer une dépendance ou des migraines rebonds [des maux de tête causés par la diminution de la molécule dans le sang]. Pendant les deux vagues de chaleur, entre fin juin et début juillet, j’en ai pris sept », détaille-t-elle.

Comme beaucoup de lecteurs et lectrices ayant souhaité témoigner, elle décrit une fatigue persistante. « Je sais que les symptômes vont persister, car entre les deux canicules, j’ai été épuisée, au point que j’ai fait un malaise dans la rue », se souvient la quinquagénaire, qui s’est mise en arrêt de travail et a « passé le week-end entier à dormir ». « C’est tout à fait normal, car la canicule affecte le sommeil, explique Basile Chaix, directeur de recherche à l’Inserm. Elle ne va pas seulement diminuer le temps de sommeil, mais affecter tout son processus, notamment le sommeil profond, qui a des fonctions physiologiques essentielles, notamment pour régénérer le système cardiovasculaire ou le cerveau. Il est tout à fait normal que cela ait des répercussions sur plusieurs jours. »

Ces troubles du sommeil et les fortes chaleurs ont de lourdes répercussions sur la santé mentale. Outre le syndrome d’éco-anxiété, état psychologique de détresse mentale et émotionnelle ressentie à cause du changement climatique, « la canicule peut rendre plus vulnérable », explique la psychiatre Marine Akkaoui. Toutefois, « elle peut précipiter les choses, mais elle ne va rien déclencher à elle toute seule », nuance la chercheuse, qui a participé à une étude sur le sujet. Effectivement, les vagues de chaleur sont associées à une recrudescence des consultations pour les troubles psychotiques (comme la schizophrénie) et des troubles dépressifs.

C’est par exemple le cas de Raiss Bailly, qui, à 20 ans, est sous traitements pour l’anxiété, depuis plusieurs années. Il affirme avoir vécu « un enfer » et continue d’avoir « peur de sortir » de chez lui. « Je ne m’attendais pas à le vivre aussi mal, confie-t-il. Pendant les pics de chaleur, j’étais enfermé dans le noir, allongé sur un matelas. Je ne pouvais rien toucher ni manger. » Un moment de détresse amplifié par ses médicaments contre l’anxiété. En effet, certaines molécules (dont les antidépresseurs) peuvent aggraver les effets des fortes chaleurs sur l’organisme, rappelait l’Agence nationale de sécurité du médicament mi-juin. « Je n’ai jamais été sensibilisé sur le sujet. J’étais dégoûté d’apprendre ça seulement maintenant et dans de telles conditions », déplore Raiss Billy.

« Il ne se passait pas un jour sans que je dise à ma colocataire que j’allais mourir, soit en me donnant la mort, soit parce que je disais que ce n’était plus supportable de continuer à vivre dans ces conditions », se rappelle l’étudiant, qui vit à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). « Ces dernières années, je n’avais plus du tout d’idées suicidaires. Mais la chaleur les a fait ressortir. » Si une nouvelle canicule était annoncée, pas de doute : « Je ferais une nouvelle crise d’angoisse. Quand je vois une image avec une carte météo et toute la France en rouge, ça y est. Mon cerveau se dit : ‘C’est fini pour moi’. »

Comme pour les jambes enflées et les maux de tête, les spécialistes appellent à consulter si des symptômes tels que les crises d’angoisse, le fait de vivre dans le noir, une fatigue intense ou les insomnies persistent. « Ce sont des signaux d’alarme, insiste Marine Akkaoui. Il faut en parler a minima à son médecin généraliste, un psychologue, un psychiatre ou une plateforme d’écoute. Plus on consulte tôt, au plus tôt on peut prendre ces symptômes en charge. »

Alexane Visconti ne sait pas encore si elle parlera à son psychologue de ses « pensées négatives et de l’absence de positivité » qui l’envahissent. Une chose est sûre, ces vagues de chaleur ont laissé des traces durables dans son esprit. « Dès que je vois une carte météo en rouge, je panique, mon cerveau se dit que ça y est, on est repartis ! », raconte cette jeune femme de 28 ans qui travaille dans le médico-social. Pendant la canicule de juin, elle a passé ses congés seule, dans le noir. Fini, les balades sur la plage, qui se trouve pourtant à quelques pas. Exit, aussi, les sorties entre amis et les séances de sport. « A 23 heures, il faisait encore 34°C, j’ai essayé de sortir, mais je me vidais de mon eau. Ce temps qui devait être un moment de fête et de plaisir est devenu une source de stress », regrette-t-elle, ressentant encore « une immense frustration ».

Au milieu du vignoble bourguignon, les fortes chaleurs ont laissé des séquelles chez Hugo Fiévé et sa famille. Cet ingénieur a temporairement installé les lits de toute sa famille au sous-sol de sa maison pour trouver des températures « acceptables ». Avec 26°C affichés sur le thermomètre, les nuits ont été particulièrement compliquées, au point de mener sa petite fille de 4 ans et demi à l’hôpital pour un coup de chaleur. « On a eu très peur », confie le père de famille qui, depuis, « regarde la météo presque toutes les heures, pour savoir quand il doit ouvrir les fenêtres ». Et ce « même la nuit », pour ne pas manquer une vague de fraîcheur. Y compris à 2 heures du matin.

Enceinte de sept mois, Lucile Berthe se fait beaucoup de souci. Quelles conséquences auront ces fortes chaleurs sur son bébé ? « Cela me stresse énormément. Je suis beaucoup plus vigilante sur l’impact de ses coups, qu’elle bouge bien, confie la trentenaire, qui vit au cinquième étage d’un immeuble lillois. Dès que je la sens bouger, cela me rassure à nouveau. » Des inquiétudes qui ne sont pas totalement infondées. « Certaines études suggèrent que l’exposition des femmes à la chaleur pendant la grossesse peut entraîner des naissances prématurées, développe Basile Chaix. Elles ne surviennent pas nécessairement immédiatement après cette exposition, mais certaines études émettent l’hypothèse que l’exposition à la chaleur dès les premières semaines de grossesse pourraient ensuite entraîner des naissances prématurées, même des mois plus tard. Mais cela doit être confirmé. »

Lucile Berthe et son mari espèrent déménager avant l’été prochain pour une maison à la campagne, plus au frais. « Cela me rassure beaucoup de me dire que notre fille ne connaîtra pas cet appartement, confie la trentenaire. Même si elle a changé de travail en 2020 pour mieux « gérer son éco-anxiété », après ces trois vagues de chaleur, c’est la colère qui domine chez elle. « Je demandais à ma grand-mère, qui a eu cinq enfants, si elle avait connu ne serait-ce qu’une vague de chaleur. Elle n’en a connu aucune. Alors que moi, pour ma première grossesse, j’en suis déjà à la troisième, raconte cette employée d’une association environnementale. On ne peut pas juste dire qu’on a besoin de clims dans les écoles et les hôpitaux. Il faut de la rénovation thermique, repenser nos bâtiments et nos modes de vie ! »

* Le prénom a été modifié.


Source:

www.franceinfo.fr

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