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"L’attentat du vol Pan Am 103": une série sensible et intelligente qui reconstitue fidèlement l’enquête sur l’attentat de Lockerbie

Après « Lockerbie : attentat en plein vol », une série diffusée l’an dernier sur Apple mettant en scène Colin Firth, « L’attentat du vol Pan Am 103 » revient à son tour sur l’attaque la plus importante à ce jour perpétrée sur le sol britannique.

Des phares trouent la nuit, zigzagant entre des bagages éparpillés sur une route… Image saisissante dans le silence de cette nuit écossaise de décembre 1988. Nous sommes quelques jours avant Noël, et les préparatifs vont bon train, dans la joie simple de la petite ville de Lockerbie où tout le monde se connaît ou presque.

Jusqu’à ce tremblement qui fait tinter les verres du pub où tous se sont attablés pour finir la journée… La lumière tressaille, les conversations s’interrompent, et peu à peu les habitants sortent, et assistent effarés à l’atterrissage d’une boule de feu sur le quartier de Sherwood Crescent, où un gigantesque incendie se déclenche. Le pâté de maisons a comme subi un bombardement.

Ce ne sont pas les premières images de L’attentat du vol Pan Am 103, série originale co-produite par la BBC, et diffusée sur Netflix à partir du 30 juillet. Mais ce sont bien évidemment les plus impressionnantes. Une séquence longue, visuellement époustouflante et tournée de manière spectaculaire dont le calme, le silence, et la durée posent ce qui sera la marque de fabrique de la réalisation : un rythme adéquat, sans lourdeur, tout en retenue, grâce auquel on va pouvoir suivre la reconstitution minutieuse de l’enquête qui s’amorce dès les premières constatations.

Un avion s’est donc écrasé sur la petite ville écossaise. Accident ? Ou attentat ? Le commissaire principal écossais John Orr, joué par un toujours excellent Peter Mullan, résume l’intrigue à la fin du premier épisode : « Nous trouverons les coupables, et nous les traduirons en justice. C’était un acte de guerre, et nous allons trouver contre qui nous allons nous battre. »

Sur place, le sergent Ed McCusker (Connor Swindells) vient de prendre son service, à Sherwood Crescent où habite son père. Il est donc l’un des premiers policiers à intervenir. Dès la nuit commencent des battues pour retrouver des survivants, puis très vite uniquement des corps. Les débris de l’avion se sont éparpillés sur plus de 2200 km², ce qui déterminera la plus grande scène de crime jamais examinée.

Le mérite de la série tient en trois points : s’attacher avec pudeur aux victimes, accompagner la communauté locale, admirable, qui a partagé la douleur des familles des 259 passagers et membres d’équipage, en perdant également 11 des siens. Et enfin, suivre sans discontinuer l’enquête aux mille ramifications sur l’attentat, sans que cela ne soit jamais ennuyeux, mais au contraire passionnant. Le but des enquêteurs est en effet de minutieusement relever le moindre détail pour amasser des preuves en vue d’un procès. Rien n’est donc laissé au hasard, et la reconstitution de leur travail est édifiante.

Ce 21 décembre 1988, le vol était parti en fin d’après-midi de Londres et devait rallier New York. Il ramenait 190 Américains qui allaient passer les fêtes en famille. L’enquête sera donc bilatérale, entre les Écossais et le FBI, puis se déploiera en Allemagne, en Jordanie et finalement à Malte de manière conjointe. La responsabilité fut attribuée aux services secrets libyens, mais seul un homme fera quelques années de prison avant d’être accueilli en héros à Tripoli par le gouvernement Kadhafi. En pleine enquête, l’un des moments forts de la série est d’ailleurs lorsque le DC 10 d’UTA s’écrase dans le désert du Ténéré, au Niger, neuf mois plus tard, selon des modalités qui font tout de suite penser aux protagonistes de l’histoire à ce qu’ils ont déjà vécu.

Les équipes qui ont réalisé la série ont interrogé des dizaines d’habitants, d’enquêteurs, et de victimes, avant d’écrire le scénario. Les personnages sont parfois la somme de plusieurs personnes réelles pour des questions de lisibilité et de dramaturgie, mais l’histoire qu’elle raconte est au plus proche de la réalité. Ainsi du sort de celui qu’on a appelé « l’orphelin de Lockerbie », Steven Flannigan, sorti réparer un vélo pour sa petite sœur chez un voisin, et qui lorsqu’il revient ne retrouve plus sa famille disparue dans les flammes.

Le personnage d’Ed McCusker est lui aussi la somme de plusieurs enquêteurs ayant réellement existé, mais on s’attache à cet homme modeste, droit, sensible et intelligent qui ne varie jamais d’un iota de l’accomplissement de son devoir. La scène assez courte où il rentre à la maison après une longue et éprouvante journée d’enquête, et où il pose simplement sa tête sur les genoux de sa femme qui est en train de regarder le journal télévisé, est extrêmement touchante sans en faire trop. Elle montre bien l’énormité de ce à quoi Ed et ses collègues font face, qui contraste avec leurs petites vies plutôt tranquilles d’avant. L’ampleur de la tâche crée tout au long de la série une tension dramatique fascinante.

Peter Mullan dans « L’attentat du vol Pan Am 103 » (BBC/WORLD PRODUCTION)

L’autre axe de la série, outre l’aspect humain, est la coopération entre les enquêteurs des deux côtés de l’Atlantique, une coopération qui n’allait pas forcément de soi, mais qui devient au fil des mois et des épisodes une histoire autant humaine que judiciaire.

Il y a enfin les victimes, que l’on voit finalement assez peu, la série faisant le pari d’être majoritairement focalisée sur l’enquête. Mais on en voit assez pour deviner quel fut leur abandon par les autorités américaines. Le personnage de Kathryn Turman (Merritt Wever) qui fait le lien entre elles et les enquêteurs, obtiendra grâce à sa ténacité des avancées de géant dans l’aide aux victimes, jusqu’au procès en 2001 auquel nombre d’entre elles purent assister. Des avancées qu’elle mettra malheureusement en pratique bien trop tôt, six mois seulement après la fin du procès de l’attentat de Lockerbie, lors des attentats du 11 septembre.

Affiche de la série "L'attentat du vol Pan Am 103" (NETFLIX)

Affiche de la série « L’attentat du vol Pan Am 103 » (NETFLIX)

« L’attentat du vol Pan Am 103 », série en 6 x 52mn, réalisée par Jonathan Lee, avec Connor Swindells, Peter Mullan, Patrick J. Adams, Eddie Marsan… Disponible sur Netflix à partir du 30 juillet.


Source:

www.franceinfo.fr

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