Roland Séférian : Cette question renvoie à ce que les climatologues appellent le « réchauffement engagé » : autrement dit, la manière dont le climat continue d’évoluer après l’arrêt total des émissions. Lors des troisième et quatrième rapports du Giec, l’idée dominante était qu’en raison des rétroactions du système climatique, les émissions passées continuaient à produire du réchauffement pendant longtemps, un peu comme une boule de billard qui roule bien après que le coup a été porté. Nous avons énormément progressé sur ces questions, en particulier depuis le rapport spécial du Giec sur le réchauffement à 1,5 °C, en 2018. Les modèles permettent désormais d’explorer beaucoup plus précisément ce scénario.
Roland Séférian est spécialiste des sciences du climat au Centre national de recherches météorologiques.
Que disent-ils ?
Si l’on considère le seul CO2 (principal acteur du réchauffement anthropique), ils montrent qu’au cours des 50 ans suivant l’arrêt total des émissions, les températures globales cesseraient d’augmenter. Cette stabilisation résulte de l’équilibre entre un phénomène refroidissant, et un autre réchauffant. Après l’arrêt des émissions, la végétation et l’océan continueront d’absorber du CO2. À mesure que sa concentration diminuera, le réchauffement associé aux gaz à effet de serre s’atténuera. À l’inverse, les océans, qui ont stocké une énorme quantité de chaleur, vont la restituer lentement dans l’atmosphère.
Ce qui est déterminant, c’est le moment où l’humanité atteindra les émissions nettes zéro, c’est-à-dire quand les activités humaines n’ajouteront plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, les émissions résiduelles étant compensées par ce qui est retiré de l’atmosphère. Tant que le réchauffement reste limité, arrêter les émissions suffira à stabiliser les températures. Mais plus on atteint la neutralité carbone tard, plus certains mécanismes d’absorption vont s’enrayer et l’effet de la chaleur accumulée dans les océans va devenir prépondérant. Si les émissions nettes ne tombent à zéro qu’autour de 3 à 4 °C de réchauffement global, un réchauffement résiduel d’environ 0,2 °C se produirait sur les cent prochaines années.
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Si l’on élargit la question à l’ensemble de nos émissions ?
Il faut alors prendre en compte les gaz comme le méthane, d’une durée de vie courte de 10-12 ans. Si on arrête d’émettre ces gaz, on pourrait revenir d’ici 2100 à des valeurs proches des valeurs préindustrielles grâce aux mécanismes oxydatifs de l’atmosphère. La diminution du seul méthane pourrait entraîner un refroidissement d’environ 0,5 °C à l’échelle mondiale d’ici à la fin du siècle.
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Restent les aérosols ?
Une question plus complexe, parce qu’ils ne sont pas homogènes et peuvent avoir un effet refroidissant ou réchauffant. Les aérosols refroidissants, notamment les sulfates issus de la combustion des énergies fossiles, sont prépondérants. Or, ces particules réfléchissent une partie du rayonnement solaire et contribuent à refroidir les continents. L’arrêt brutal de leurs émissions amènerait sans doute, dans un premier temps, à un réchauffement transitoire du climat.
Il y aurait ainsi une phase d’ajustement du système durant dix à quarante ans, le temps que les aérosols soient lessivés de l’atmosphère. Deux scénarios se dessinent : soit un léger réchauffement rapide lié à la disparition des aérosols refroidissants ; soit, dans le cas théorique d’un monde gouverné uniquement par le CO2, une stabilisation presque immédiate des températures.
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