Oslo (Norvège), 2006. C’est l’histoire d’un Norvégien de 44 ans qui apprend sa séropositivité au VIH, le virus du sida.
Au mois d’août 2010, il commence un traitement antirétroviral (TAR). Cette thérapeutique a pour but d’inhiber la capacité du virus à se répliquer dans l’organisme et à empêcher l’infection d’évoluer vers le sida. Et cela fonctionne : le traitement ramène sa charge virale dans le sang à des niveaux indétectables. Il ne peut plus transmettre le virus par voie sexuelle.
Double épreuve médicale
Mais en 2017, l’état de santé de l’homme commence à se dégrader : il est de plus en plus fatigué et le nombre de ses cellules sanguines chute. On finit par lui diagnostiquer un « syndrome myélodysplasique », une maladie cancéreuse touchant la moelle osseuse. Cette dernière ne produit que des cellules sanguines (globules rouges, globules blancs et plaquettes) restant immatures, qui ne peuvent exercer leurs fonctions.
Les médecins lui prescrivent alors un médicament pour traiter son syndrome myélodysplasique qui entre en rémission. Mais quelques mois plus tard, rebelote : le Norvégien fait une rechute. Les médecins envisagent alors une greffe de moelle osseuse afin de remplacer ses cellules malades (on parle aussi de « greffe de cellules souches hématopoïétiques »).
L’option de la dernière chance
À 58 ans, le patient est hospitalisé dans le service d’hématologie de l’hôpital universitaire d’Oslo, dirigé par le Dr Anders Eivind Myhre. Avec son équipe, ce dernier part alors à la recherche d’un donneur de moelle osseuse qui soit à la fois compatible et porteur d’une mutation rare (moins de 1 % de la population) appelée « CCR5 delta 32 ». Cette mutation permet en effet de désactiver une protéine de surface des cellules immunitaires que le VIH exploite souvent pour déclencher l’infection.
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Par le passé, des patients touchés à la fois par une infection par le VIH et un cancer du sang étaient entrés en rémission de long terme pour les deux maladies après avoir reçu des greffes de moelle de donneurs porteurs de cette mutation (plus récemment, quelques cas de rémission ont été signalés sans cette mutation CCR5 delta 32, ou avec une seule copie du gène porteur.)
Une mutation rarissime
Mais les médecins doivent se rendre à l’évidence : impossible de trouver un donneur compatible et porteur de la mutation. C’est donc le frère du patient, âgé de 60 ans, qui accepte de faire le don de moelle osseuse. Et là, miracle ! Le jour de l’intervention, l’équipe médicale découvre que le frère donneur possède… deux copies de la mutation CCR5 delta 32.

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« Un frère ou une sœur a 25 % de chance d’être compatible pour une greffe, et la fréquence de CCR5 delta 32 est d’environ 1 % , dans les populations d’Europe du Nord, a déclaré à Live Science, le Dr Anders Eivind Myhre, hématologue à l’hôpital universitaire d’Oslo, où le patient a été traité. Il s’agit donc d’un scénario improbable, et nous ne connaissions pas le statut CCR5 du donneur avant la greffe. »
Vers une guérison du VIH ?
Deux ans plus tard, les nouvelles cellules avaient complètement remplacé les cellules immunitaires d’origine du patient dans le sang, la moelle osseuse et l’intestin, ont constaté les auteurs de l’étude après une analyse approfondie. Le patient norvégien est aujourd’hui âgé de 63 ans et il est toujours en rémission du VIH.
La greffe de cellules souches a remodelé l’ensemble de son système immunitaire ; il rejoint donc la liste (courte) des personnes en rémission à long terme du VIH après une greffe de moelle osseuse. Son cas vient de faire l’objet d’une publication dans la revue Nature Microbiology.
« Gagner deux fois au loto »
Le Dr Marius Trøseid, professeur et spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital universitaire d’Oslo, a expliqué à Live Science que le patient avait déclaré « avoir l’impression d’avoir gagné deux fois au loto. Il a été guéri de sa maladie de la moelle osseuse, qui pouvait être mortelle, et il est désormais très probablement guéri du VIH », même si les scientifiques préfèrent qualifier ces cas de « rémission durable » du VIH.
Avec son équipe, il a prélevé 65 millions de lymphocytes T CD4 – les principales cibles de l’infection par le VIH – et pu constater qu’aucun d’entre eux ne portait de virus capable de se répliquer. Ainsi, deux ans après sa greffe, le patient a reçu l’autorisation d’arrêter son traitement antirétroviral.

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« Que se passera-t-il lorsque certains de ces cas de guérison atteindront un âge très avancé et que le système immunitaire commencera à s’affaiblir légèrement pour d’autres raisons ? Nous ne le savons pas, a-t-il ajouté. Je pense qu’il faudra simplement attendre de voir. Mais très probablement, il s’agit d’une guérison. »
Quoi qu’il en soit, la multitude de tests effectués dans le cadre de cette étude pourrait constituer des repères utiles pour de futures greffes, afin d’aider les médecins à déterminer quand un patient est en rémission à long terme.
Source:
www.futura-sciences.com





