36% des parents français déclarent avoir puni physiquement leur enfant au moins une fois au cours de ces 12 derniers mois, selon une étude de la Fondation pour l’enfance publiée ce vendredi.
Publié le 17/04/2026 11:16
Mis à jour le 17/04/2026 15:18
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« Une petite tape sur les fesses ou sur la cuisse… » Angélique reconnaît avoir parfois recours à des punitions corporelles sur ses deux enfants de 6 et 9 ans. « Ils sont parfois infernaux. Ils n’écoutent pas », partage Angélique, qui regrette ce comportement lorsqu’elle est à bout.
« Je donne une petite fessée lorsqu’il a fait une grosse bêtise », explique un père de famille qui juge que ces punitions corporelles peuvent « dissuader » l’enfant. Comme lui, beaucoup de parents banalisent la violence.
D’après l’étude publiée ce vendredi par la Fondation pour l’enfance, les punitions corporelles sont légitimes pour 39% des parents lorsque l’enfant est violent, et pour 21% d’entre eux lorsqu’il est désobéissant. Par ailleurs, 32% des parents pensent que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter.
Cette conception de l’éducation a de graves conséquences sur les plus jeunes, selon Lhassa Hulot, éducatrice spécialisée à l’association Oeuvre de secours aux enfants. « Certains enfants peuvent être dans une sur-adaptation pour ne pas créer ces situations où ils risqueraient d’être violentés », explique-t-elle. « Il y a aussi beaucoup d’enfants pour qui ça va être des passages à l’acte, des mises en danger d’eux-mêmes ou des autres », complète l’éducatrice.
Les parents qu’elle accompagne ont parfois eux-mêmes été violentés dans leur enfance. « Tout le travail peut consister à leur faire comprendre que leur vécu n’a pas été normal afin de permettre qu’ils ne reproduisent plus ces violences », complète Lhassa Hulot, qui appelle les parents en difficulté à demander de l’aide aux assistantes sociales scolaires pour éviter toute violence.
L’étude pointe également une différence notable entre les pères et les mères : « Les hommes se montrent nettement plus enclins à légitimer les punitions corporelles : 40% estiment que certains enfants en ont besoin pour apprendre à bien se comporter, contre 25% des femmes, témoignant d’écarts importants dans les représentations éducatives », rapporte l’étude. Depuis 2019, un texte, surnommé la « loi anti-fessée », avait inscrit noir sur blanc dans le code civil le fait que « l’autorité parentale » s’exerce « sans violences physiques ou psychologiques ».
« Il y a encore beaucoup de travail à faire sur les violences éducatives ordinaires », estime également sur franceinfo Jérôme Dumortier, directeur de crèche à Villeneuve-d’Ascq (Nord), et membre de l’association Stop VOE (violence éducative ordinaire). L’enjeu du baromètre n’est pas de « faire culpabiliser les parents », mais de les « aider à faire autrement dans des moments où eux-mêmes débordent », explique Jérôme Dumortier. S’il reconnaît qu’il n’y a pas « d’outils à proprement dit », ce sont « des postures et des attitudes à avoir vis-à-vis de l’enfant, respectueuses, empathiques, bienveillantes ».
Pour mieux faire, il faut commencer « par mettre à plat sa propre éducation, c’est primordial. Parce qu’avec notre regard de 2026, on peut dire que nos parents n’ont pas bien fait ». Le directeur de crèche, qui forme aussi des professionnels intervenant auprès des jeunes et des enfants, indique par exemple que « le martinet fait parler en formation, car beaucoup ont eu une expérience avec le martinet » étant enfant. Mais il n’y a pas de fatalité, selon lui, « c’est tout à fait possible de ne pas avoir de geste physique », même lorsque l’on a soi-même été frappé par ses parents.
« Quand on déborde, quand on est fatigué, ce n’est pas qu’on est malveillant, c’est juste que des fois, on reproduit ce qu’on nous a appris », souligne Jérôme Dumortier. L’enjeu, c’est de faire comprendre qu’on peut « faire sans la punition, la menace, même parfois la violence ». Il tient à rappeler que « tous les 5 à 6 jours, un enfant décède sous les coups d’un de ses parents. Et pour ceux qui ne sont pas morts physiquement, intérieurement ça entache l’estime, la confiance en soi ».
Même sans aller jusqu’à la violence physique, les cris, par exemple, ont un impact fort, car « l’enfant va avoir peur de l’adulte ». Et si un enfant a peur d’un adulte, cela peut le pousser à modifier son comportement sans réellement avoir compris l’enjeu derrière, mais simplement « de peur qu’on crie sur lui » à nouveau, avance-t-il.
Source:
www.franceinfo.fr





