Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Lundi 20 avril 2026, le comédien et humoriste Stéphane Guillon. Il interprète Robert Badinter dans la pièce, « Robert Badinter, l’enragé de justice », au Théâtre Antoine le 5 mai.
On connaît Stéphane Guillon pour son humour grinçant, incisif, parfois dérangeant, qui n’a jamais hésité à bousculer les lignes, notamment sur France Inter où il a marqué toute une génération d’auditeurs. Mais son parcours ne s’arrête pas là, comédien, auteur, homme de scène, il a toujours cultivé un goût pour le verbe et pour la parole qui dérange. Le 5 mai 2026, il sera sur la scène du Théâtre Antoine pour incarner Robert Badinter dans la pièce Robert Badinter, l’enragé de justice écrite par Nina Pynson et mise en scène par Jeremy Lippmann. C’est un spectacle hommage, mais aussi une réflexion sur la justice, la mémoire et sur ce que l’on fait des grandes voix qui continuent de traverser. Le 9 octobre 2025, Robert Badinter est entré au Panthéon, un geste hautement symbolique, venu consacrer l’homme qu’il a été, son combat et l’empreinte qu’il laisse dans notre histoire collective.
franceinfo : Est-ce qu’en le travaillant, vous avez été surpris par sa complexité, par ce qu’il pouvait avoir de plus intime et finalement de plus vulnérable ?
Stéphane Guillon : Ce qui est intéressant quand on travaille ces personnages qui sont aujourd’hui des monuments, ce sont leurs doutes et leurs fragilités. La pièce, elle porte sur l’abolition de la peine de mort, sur cette période-là où il va sauver la tête de Patrick Henry.
Ce qui est très touchant dans la pièce, ce sont ses doutes avant sa plaidoirie et ses doutes après sa plaidoirie.
Stéphane Guillonà franceinfo
C’est-à-dire qu’il se demande s’il n’a pas oublié un argument, un fait, une circonstance, est-ce qu’il a eu les mots justes ? Badinter a compris très vite qu’il n’arriverait pas à sauver Patrick Henry et qu’il fallait qu’il déplace le curseur sur le fait de, peut-on se faire justice soi-même ? Est-ce qu’on peut tuer un homme parce qu’il a tué ? Est-ce que nous sommes dans une société de barbares ?
Ce qu’on découvre dans ce spectacle, c’est qu’il a une forme de radicalité dans la justice, une ligne morale très forte. Est-ce que ça vous impressionne ?
Il a besoin de cette rigueur, c’est ça qui fait qu’il arrive finalement à défendre des causes qui l’ont même parfois dépassé. Mais il y a la même rigueur chez les grands juges d’instruction, il faut cette rigueur.
Ça représente quoi pour vous de monter sur scène, d’être au théâtre, vous qui avez toujours eu ce besoin d’écrire, de proposer une vision du monde, d’ouvrir le dialogue, le débat ?
J’ai l’impression d’une continuité parce que mon humour était quand même relativement sociétal. Politique, je ne sais pas, mais engagé. Je parlais de la société, je parlais des gens qui étaient au pouvoir quand je pratiquais cet exercice. J’ai le sentiment que ce soit avec Inconnu à cette adresse que je viens de terminer avec Jean-Pierre Darroussin ou avec le Badinter, d’être quand même dans cette lignée de texte utile.
J’ai le sentiment que vous avez trouvé la place qui vous correspondait le plus aujourd’hui.
C’est assez paradoxal parce que j’ai une formation d’acteur classique et que j’ai toujours été comédien. Ce qui a pris le pas, ce sont mes chroniques. J’ai encore des gens qui viennent me voir au théâtre, qui me regardent et qui me disent : « Ah, vous êtes acteur ! » Vous avez des marqueurs forts, qui vous enferment dans des catégories et ce qui est compliqué après, c’est d’en sortir. Est-ce que je me suis trouvé ? Je suis très heureux de défendre de grands textes, de jouer avec des partenaires, parce que quand vous êtes seul en scène, vous êtes quand même par définition assez isolé. Pour le moment, on ne sait jamais, je suis soulagé de ne plus commenter cette époque parce que je la trouve beaucoup trop violente.
On vous sent beaucoup plus apaisé, il y avait ce besoin d’aller chercher l’essentiel et de dire les choses à voix haute, ce que beaucoup ne pouvaient pas faire. Aujourd’hui, on sent qu’à travers les voix que vous incarnez, vous tenez le même engagement, mais de façon plus adoucie et moins frontale.
Moi-même, je me suis trouvé très frontal.
Quand je vois des séquences de moi il y a 10 ans, que ce soit à Inter ou à Canal, je me dis, mais c’est qui ce mec ?
Stéphane Guillonà franceinfo
Alors je ne renie pas ce que j’ai fait, mais je pense que si c’était à refaire, je le ferais certainement de façon peut-être plus modeste et moins frontale.
Est-ce que ce spectacle, c’est une façon de transmettre un héritage aussi, une façon de réinterroger Robert Badinter ?
Oui, transmettre un héritage parce que je m’aperçois qu’il y a des gens qui ont la mémoire de la peine de mort, mais pas comme moi, pas comme ma génération. J’ai été jusqu’à mes 18-20 ans avec la peine de mort, qui existait en France, c’était une réalité. C’est important de rappeler ce combat qui aujourd’hui paraît tellement évident, mais qui ne l’était pas du tout à l’époque. Dans l’intro du spectacle, on voit tous ces gens connus qui se positionnent pour ou contre la peine de mort, aussi bien dans les politiques que dans les artistes. On se dit que ce n’était pas du tout gagné et je pense que rappeler ce combat, c’est important.
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