Le 25 mars, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a confirmé, dans un rapport, le dépassement des valeurs toxicologiques de référence du cadmium chez un nombre significatif de Français, les enfants étant particulièrement touchés ; l’alimentation constitue la principale source d’exposition. L’agence recommande d’agir sur les engrais phosphatés.
Elle ne conclut pas, dans cet avis, à une causalité établie entre cadmium et cancer du pancréas. Mais, sitôt le rapport publié, le débat se polarise : d’un côté, des médecins voient dans le cadmium une explication plausible de la hausse de ces cancers en France ; de l’autre, certains rétorquent que l’Anses n’établit pas ce lien, et que soutenir le contraire relèverait du militantisme.
Comme à chaque alerte sanitaire liée aux expositions aux substances chimiques, chaque camp se revendique de la science, et accuse l’autre d’idéologie. Cette polarisation révèle une confusion plus profonde : celle qui entoure le statut de la preuve scientifique, lorsqu’il s’agit de guider la décision publique en matière de santé. L’absence de preuve est en effet trop souvent interprétée par les autorités publiques et les industriels comme une absence de risque : ce raisonnement est récurrent dans l’histoire de la santé publique, avec des conséquences souvent lourdes.
Complexité du réel
Ainsi, en 2013, revendiquant une analyse objective fondée sur les données, l’économiste américaine Emily Oster concluait, dans son ouvrage Expecting Better (Penguin), qu’un verre de vin par jour pendant la grossesse est sans risque. Des spécialistes des troubles causés par l’alcoolisation fœtale ont contesté cette conclusion : les effets négatifs apparaissent, rappelaient-ils, dès lors que les enfants sont suivis au-delà de la petite enfance, et que le spectre des troubles mesurés est élargi. L’absence de résultat reflétait les limites des études, pas l’absence de risque.
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Source:
www.lemonde.fr





